Nouvelles fermetures d’églises en Kabylie

mardi 03 septembre 2019

Le gouvernement algérien a fermé lundi 2 septembre l’église protestante évangélique d’Ighzer Amokrane en Kabylie. Celle d’Akbou est dans son collimateur. Cela porte à 8 le nombre d’églises fermées dans le pays. « Nous nous demandons tous quelle est la prochaine dans le viseur », exprimait l’un des chrétiens de la région.

 

« Nous avons le sentiment que les autorités souhaitent peu à peu fermer toutes les églises du pays », indique Salah Chalah, président de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA) qui regroupe 46 communautés. « La question qui circule sur toutes les lèvres est de savoir laquelle va prochainement être dans leur viseur », lui fait écho l’un des chrétiens de Kabylie, cette région située au nord et à l’est d’Alger et où se trouvent les deux églises récemment mises sous scellés ou sur le point de l’être. Depuis décembre 2017, cela porte à huit le nombre d’églises protestantes fermées dans le pays. Une dizaine d’églises dites « de maison » ont également été interdites dans l’ouest du pays, souligne Salah Chalah. L’EPA dénonce une intimidation de l’Etat, dont la constitution garantit pourtant la liberté de culte. Pour sa part, le gouvernement invoque le manque de normes de sécurité comme des issues de secours dans les bâtiments, par exemple, ou des questions administratives : chaque église devrait en effet être au bénéfice d’une autorisation délivrée par la Commission nationale des cultes pour les non-musulmans, selon une ordonnance de 2006. Mais les autorités n’en auraient à ce jour émis aucune. « On ne sait pas comment l’obtenir dans les faits », commente le président de l’EPA.  

Contexte contestataire

Ces nouvelles fermetures d’églises interviennent dans le climat de contestation qui secoue le pays depuis février dernier. Les citoyens continuent de se mobiliser dans la rue tous les vendredis, « et y vivent une vraie fraternité entre Algériens », estime Karima Dirèche, historienne franco-algérienne, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Fermer des églises dans ce contexte est une façon pour l’Etat de détourner l’attention des manifestants qui veulent plus de démocratie et d’essayer de la faire se porter sur des Algériens « qui ne seraient pas comme les autres », estime-t-elle. Le gouvernement réactive aussi le spectre de la Kabylie sécessionniste, où plusieurs de ces églises foisonnent et où plusieurs musulmans se convertissent au christianisme. Les églises protestantes, évangéliques pour la plupart, remettent en fait en cause le monolithisme confessionnel qui règne dans le pays, officiellement musulman à plus de 95%. Les autorités, qui n’ont pas l’habitude de la pluralité religieuse, y voient une différence menaçante, analyse Karima Dirèche.

Célébrations en plein air 

En attendant, les chrétiens qui se retrouvent privés de lieu de culte ont pris l’habitude de se réunir et de tenir leur célébration à l’extérieur, devant le bâtiment fermé de leur église respective. Une façon de résister pacifiquement. « On estime être dans nos droits », déclare le président de l’EPA. Cette visibilité affirmée n’est toutefois certainement pas du goût du gouvernement, qui souhaite plutôt montrer actuellement sa capacité à mettre de l’ordre… et à mettre au pas des églises invitées à exister sans se faire remarquer.

Gabrielle Desarzens

Une chronique sur RTS La Première

Publicité
  • Quand le Covid percute les jeunes déjà cabossés

    Quand le Covid percute les jeunes déjà cabossés

    Tatiana vit dans un foyer depuis plusieurs années. Elle ne peut rentrer le week-end chez ses parents, décédés il y a cinq ans. « C’est compliqué », dit-elle pour évoquer son quotidien avec la pandémie. Pour Roselyne Righetti, pasteure de rue à Lausanne qui la suit depuis sa naissance, ces jeunes doivent apprendre à ne pas perdre l’espérance. Cette rencontre croisée a donné lieu à une émission diffusée dimanche 30 mai dans Hautes Fréquences sur La Première.

    lundi 31 mai 2021
  • Les soirées masculines d’Alexandre Oehen

    Les soirées masculines d’Alexandre Oehen

    Se retrouver entre hommes, bière à la main, pour parler de ses émotions, voire de ses fragilités : des soirées ou des virées entre hommes font de plus en plus parler d’elles. Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’y dit et s’y partage ? Alexandre Oehen, président du Conseil associatif de l’église apostolique CityLife Riviera à Vevey, organise des « soirées feu » depuis 2018 : « Parce que l’homme a tendance à mettre le couvercle sur ses émotions. Or il est précieux qu’il puisse ouvrir son cœur et pleurer comme n’importe quel être humain », a-t-il dit dimanche 18 avril dans l’émission Hautes Fréquences.

    mardi 20 avril 2021
  • Voyager ? Oui, mais autrement

    Voyager ? Oui, mais autrement

    Avec la pandémie, les gens du voyage se retrouvent bloqués dans leurs quartiers d’hiver. Grâce aux beaux jours qui reviennent, ils se déplacent en Suisse et espèrent franchir les frontières sous peu. Pour l’heure, leurs itinérances se font, du moins pour certains d’entre eux, en musique. Rencontre.

    lundi 15 mars 2021
  • Samuel Peterschmitt : « Mes temps de prière sont devenus merveilleux. »

    Samuel Peterschmitt : « Mes temps de prière sont devenus merveilleux. »

    Il y a un an, l’église alsacienne La Porte Ouverte de Mulhouse était accusée d’avoir répandu le coronavirus dans toute la France. Après avoir perdu plusieurs proches et été hospitalisé lui-même, le pasteur Samuel Peterschmitt témoigne aujourd’hui avoir développé son souci de l’autre. Et son envie de communiquer combien vivre sa foi en Christ au quotidien procure de la joie !

eglisesfree.ch

LAFREE.INFO

Instagram

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !