«Sophie Pétronin, une mère tirée des sables» par Gabrielle Desarzens

lundi 26 octobre 2020

Sophie Pétronin, 75 ans, otage française au Sahel, a été libérée jeudi 15 octobre. Son fils, Sébastien Chadaud Pétronin, a lutté 4 ans pour sa libération. Dans Hautes Fréquences, dimanche 25 octobre, il parle des retrouvailles avec sa mère et revient notamment sur la conversion de celle-ci à l’islam et sur le décès présumé de la Suissesse Béatrice Stockly.   

 

Rencontré à Neuchâtel où il travaille, Sébastien Chadaud Pétronin va bien : « J’ai été libéré il y a une dizaine de jours en même temps que ma mère ! » Les premières images de ses retrouvailles avec Sophie Pétronin le montrent dans une grande émotion, répétant en pleurant « Maman, Maman » sur le tarmac de l’aéroport de Bamako, au Mali, avec sa mère dans ses bras. Dix jours plus tard, il les commente et avoue avoir craqué : « J’avais enfermé en moi durant 4 ans mes sentiments à double tour parce que mes émotions m’auraient empêché de faire ce que je voulais pour elle. Et là, quand elle est descendue de l’avion, mon cœur, mes tripes ont parlé et j’ai eu besoin de hurler ! » Car par le passé, Sébastien a eu plusieurs fois le sentiment que sa mère allait être libérée. « J’allais sur place. Je savais être tout près d’elle, et rien ne se passait. Il a fallu tenir jusqu’à cette libération tant souhaitée ! »

Adaptation

Aujourd’hui, Sophie Pétronin est en bonne forme, assure-t-il. Peu à peu, elle livre à son fils quelques éléments de sa détention. « C’est incroyable comme elle a pu s’adapter, témoigne Sébastien, comme elle a pu garder sa lucidité, son calme, ne pas céder à la douleur, au tourment, à la rancune. Elle essaie de nous expliquer comment elle vivait, mais c’est dur à imaginer. »

Conversion à l’islam

Les premiers mots que Sophie Pétronin a prononcés face aux journalistes ont témoigné de sa conversion à l’islam : « Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous », a-t-elle dit, en précisant qu’elle allait désormais prier Allah pour le Mali. Pour Sébastien, il s’agit là encore d’une forme d’adaptation : « Au lieu de lutter et de s’enfermer dans ses repères, elle s’est ouverte aux personnes qui étaient autour d’elle. Elle a vécu ces 4 ans, et à fortiori ces 20 dernières années, sur une terre d’islam. Forcément, elle a été amenée à comprendre les autres, à parler le même langage qu’eux. Et d’autre part, moi en tant que fils, j’espérais qu’elle se convertirait parce que je me suis beaucoup documenté. J’ai également échangé avec des ex-otages et je savais que quelqu’un qui adopte leur religion serait peut-être un peu privilégié, mieux traité. »

La religion, un facteur-clé ?

Sophie Pétronin, convertie à l’islam et libérée ; Béatrice Stockly, chrétienne, exécutée. Mais la religion ne serait pas pour Sébastien un facteur-clé dans le destin des otages au Sahel. « Et Béatrice a peut-être été exécutée, indique-t-il en insistant sur le « peut-être ». Pour l’instant, ça n’est pas factuel. Je fais d’ailleurs un clin d’œil à Werner (ndlr : frère de Béatrice) avec qui j’ai quelques échanges : des éléments nous font penser que le pire a été possible, mais ce n’est pas certain et il faut le souligner. » Quant à la libération de sa mère, il l’explique en raison de son âge, de sa faible santé, et surtout «parce qu’elle est « une humanitaire qui a sauvé à Gao des centaines d’enfants. Peut-être que ce dernier facteur a joué en sa faveur et que l’envie qu’elle soit libérée était partagée par ceux qui la détenaient. »

Polémiques

Sophie Pétronin a déjà provoqué la polémique en refusant de qualifier ses ravisseurs de djihadistes. Le chef d’état-major des armées françaises, François Lecointre, a réagi vivement en soulignant qu’il n’était pas possible d’en parler seulement comme d’un « groupe armé d’opposition », comme elle l’a fait. Le montant touché par les djihadistes en contrepartie des otages libérés et les plus de 200 membres de leurs groupes relâchés par Bamako ont également alimenté les critiques sur les réseaux sociaux. « On ne connaît pas les montants versés, indique posément Sébastien. Maintenant, il y a toujours une contrepartie dans une libération. Cela peut être politique, financier, un retrait de troupes… Il n’y a jamais de libération parfaite. On est toujours dans une sorte de compromis. » Face aux djihadistes, il affirme enfin avoir toujours parlé avec son cœur. « Il a fallu que je me débarrasse de mes frustrations, de ma colère, de mes traumatismes, de ma violence. Parce que cela pouvait nuire à la libération de ma mère. Je pense d’ailleurs que je suis quelqu’un d’autre, maintenant ! Cela dit, je crois que l’on se trompe tous : on veut classifier les méchants d’un côté, les gentils d’un autre. La vie d’une personne comme Sophie Pétronin, ce n’est pas très important à l’échelle du monde, la libération de djihadistes ou la conversion d’une femme à l’islam non plus. Ce qui nous intéresse par contre ma mère et moi, c’est que la paix revienne au Mali, où la guerre a déjà fait des milliers de morts ! »

Quatre libérations

Sophie Pétronin a été libérée jeudi 15 octobre en même temps que deux Italiens et qu’un homme politique malien. La Suissesse Béatrice Stockly aurait été exécutée. C’est du moins ce que la  Direction générale de la sécurité extérieure en France (DGSE) a communiqué au DFAE qui a relayé la nouvelle. Soeur Gloria Cécilia Argoti, une Colombienne, a été une compagne de détention de Sophie Pétronin. Enlevée le 7 février 2017 à Karangasso dans le sud du Mali, elle est toujours entre les mains de ses ravisseurs.

Gabrielle Desarzens

Un émission à écouter sur RTS La Première

Ce papier est paru sur RTSinfo.ch

Publicité
  • Quand le Covid percute les jeunes déjà cabossés

    Quand le Covid percute les jeunes déjà cabossés

    Tatiana vit dans un foyer depuis plusieurs années. Elle ne peut rentrer le week-end chez ses parents, décédés il y a cinq ans. « C’est compliqué », dit-elle pour évoquer son quotidien avec la pandémie. Pour Roselyne Righetti, pasteure de rue à Lausanne qui la suit depuis sa naissance, ces jeunes doivent apprendre à ne pas perdre l’espérance. Cette rencontre croisée a donné lieu à une émission diffusée dimanche 30 mai dans Hautes Fréquences sur La Première.

    lundi 31 mai 2021
  • Les soirées masculines d’Alexandre Oehen

    Les soirées masculines d’Alexandre Oehen

    Se retrouver entre hommes, bière à la main, pour parler de ses émotions, voire de ses fragilités : des soirées ou des virées entre hommes font de plus en plus parler d’elles. Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’y dit et s’y partage ? Alexandre Oehen, président du Conseil associatif de l’église apostolique CityLife Riviera à Vevey, organise des « soirées feu » depuis 2018 : « Parce que l’homme a tendance à mettre le couvercle sur ses émotions. Or il est précieux qu’il puisse ouvrir son cœur et pleurer comme n’importe quel être humain », a-t-il dit dimanche 18 avril dans l’émission Hautes Fréquences.

    mardi 20 avril 2021
  • Voyager ? Oui, mais autrement

    Voyager ? Oui, mais autrement

    Avec la pandémie, les gens du voyage se retrouvent bloqués dans leurs quartiers d’hiver. Grâce aux beaux jours qui reviennent, ils se déplacent en Suisse et espèrent franchir les frontières sous peu. Pour l’heure, leurs itinérances se font, du moins pour certains d’entre eux, en musique. Rencontre.

    lundi 15 mars 2021
  • Samuel Peterschmitt : « Mes temps de prière sont devenus merveilleux. »

    Samuel Peterschmitt : « Mes temps de prière sont devenus merveilleux. »

    Il y a un an, l’église alsacienne La Porte Ouverte de Mulhouse était accusée d’avoir répandu le coronavirus dans toute la France. Après avoir perdu plusieurs proches et été hospitalisé lui-même, le pasteur Samuel Peterschmitt témoigne aujourd’hui avoir développé son souci de l’autre. Et son envie de communiquer combien vivre sa foi en Christ au quotidien procure de la joie !

eglisesfree.ch

LAFREE.INFO

Instagram

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !