« Béatrice Stockly, mort d’une chrétienne otage au Sahel » par Gabrielle Desarzens (portrait)

mardi 13 octobre 2020 icon-comments 3

Si les circonstances de la mort de la Bâloise Béatrice Stockly ne sont pas claires, son frère avait essayé de plaider sa libération en s’adressant directement aux ravisseurs. Dans une vidéo postée sur Youtube, il leur rappelait que la toute jeune sexagénaire faisait partie de la vie de nombreuses personnes à Tombouctou, dans le nord-est du Mali, en plein Sahel.

 

« Béatrice est née le 5 juin 1960 de sa mère Rosamarie. » Les épaules carrées, le verbe simple et direct, le frère de Béatrice Stockly, Werner, avait publié une vidéo le 6 octobre 2019 à l’attention des ravisseurs de sa sœur1. Il y rappelait que leur maman, aujourd’hui âgée de 85 ans, souffrait de l’emprisonnement de sa fille. S’adressant aux kidnappeurs, il leur déclarait : « Monsieur Iyad Ag Ghaly (ndlr : chef de guerre touareg malien, à la tête du groupe Ansar Eddine), et Monsieur Talha al Libi (ndlr : un chef de l’organisation al-Qaïda au Maghreb islamique, AQMI) : la vie de Béatrice Stockly est entre vos mains ! » Puis, à parler de Tombouctou où Béatrice était retournée, il a parlé d’un lieu de vie dont elle faisait partie. « Mais pourquoi donc a-t-elle été prise en otage ? A quoi bon ? Et pour encore combien de temps ? » Et le frère d’ajouter encore que sa sœur aurait commis une faute « selon ce qu’on nous a dit. Mais nous commettons tous des erreurs ! Et est-ce une erreur de vivre à Tombouctou et d’y servir les habitants, dont les femmes et les enfants ? » Et l’homme encore de citer le Coran pour rappeler que selon la sourate 49 verset 12, c’est une faute de rechercher et de révéler les erreurs d’autrui. « Avant que notre mère ne ferme les yeux à jamais, elle souhaite serrer sa fille dans ses bras pour lui dire du fond du cœur combien elle l’aime : s’il vous plaît, libérez Béatrice ! »

Femme populaire

De fait, il semble que la Suissesse était très populaire parmi les femmes de Tombouctou. Sur place depuis 2002, elle vivait comme une personne locale, dans une grande simplicité. Venue au Mali comme volontaire de l’Eglise méthodiste, elle n’était toutefois plus en lien avec une Eglise ou une mission. Elle faisait de l’évangélisation « à sa manière », selon les mots du pasteur malien Bouya Yattara. Joint par téléphone lundi 12 octobre, celui-ci a néanmoins indiqué que « Béatrice était une femme qui était ferme dans sa foi. Elle a certainement refusé de confesser la foi musulmane et a sans doute été tuée pour cela. C’est du moins ce qui se dit dans nos milieux chrétiens au Mali. » D’autres observateurs locaux se demandent si elle n’a pas été tuée lors d’une tentative d’intervention militaire. Une chose est sûre : elle représentait l’Occident détesté par les islamistes, rappelle le site alémanique Livenet.

Chasse aux chrétiens

Béatrice Stockly avait été enlevée le 7 janvier 2016. Il s’agissait de son deuxième enlèvement. Elle avait déjà été prise en otage une dizaine de jours en 2012. Tombouctou était tombée cette même année aux mains du groupe islamiste Ansar Eddine, appuyé par des éléments d'AQMI, et s’était rapidement vidée de ses chrétiens. Le pasteur Yattara avait parlé d’une véritable « chasse aux chrétiens ». Il avait expliqué aussi que pour les islamistes radicaux, Tombouctou est la capitale de l’islam au Mali voire en Afrique. Surnommée la ville aux 333 marabouts, elle est située sur la boucle du fleuve Niger. Pendant des siècles, elle a été un carrefour commercial très important au Sahara et un centre spirituel renommé de l'islam sub-saharien. Elle a aussi été un centre touristique couru par les amateurs de méharées dans le désert, jusqu'à ce que l'insécurité de ces dernières années fasse fuir les touristes occidentaux. Les rebelles d’AQMI opèrent en effet dans le secteur de multiples trafics et se livrent à une « industrie de l'enlèvement » pour obtenir de juteuses rançons. Ces combattants actifs dans le nord du pays comme dans tout le désert sahélien ne sont pourtant pas assimilables aux musulmans maliens. Pour preuve : le pays est à 90% de religion musulmane, mais ses habitants ne veulent pas d’un régime islamiste au pouvoir. Le pasteur évangélique a d’ailleurs indiqué à l’époque que même des musulmans quittaient Tombouctou, car l’islam des djihadistes leur faisait peur.

Gabrielle Desarzens

Voir le fil Twitter de Werner Stöckli, le frère de Béatrice.

Article concernant l'assassinat de Béatrice Stockly sur lafree.info:  « Béatrice Stockly 'tuée par des terroristes au Mali'»

Note

1 La vidéo postée par Werner Stöckli, le frère de Béatrice sur sa chaîne YouTube. Voir la chaîne YouTube de Werner Stöckli consacrée à sa soeur Béatrice.

3 réactions

  • Alain NORMAND vendredi, 16 octobre 2020 12:22

    Au travers de la vie et de la mort de Béatrice Stockli, Jésus nous parle : "Je suis mort pour vous, et vous, êtes vous prêts à vivre pour moi ?" Notre soeur dans la foi, dont la mort attriste tant tous ceux qui ont prié pour elle, aura répondu à la manière ultime, quand bien même vivre pour Christ passe sur l'autel du sacrifice. Et nous, quelle réponse sommes-nous prêts à vivre pour notre Seigneur, en communion de fraternité avec elle ?

  • Tahar dimanche, 18 octobre 2020 15:45

    Notre soeur en Christ est au ciel auprès de Dieu. Ceux qui l'ont tuée brûleront en enfer pour l'éternité.

  • SC mardi, 20 octobre 2020 09:57

    La grâce de Dieu en Jésus-Christ peut rejoindre le pire des criminels... Exemple: l'un des deux brigands cloué en croix avec Jésus. C'est Dieu qui est seul juge... Il y a une espérance en Christ pour tous les criminels! Y compris djihadistes... Amitiés! Serge Carrel

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