L’Eglise réformée traverse une crise d’identité en Suisse

Davide Pesenti mardi 16 juin 2020

Deux semaines après la démission de Gottfried Locher de la présidence de l’Eglise évangélique réformée de Suisse, cinq membres de l’exécutif de l’Eglise protestante de Genève (EPG) ont quitté leur fonction mercredi 10 juin, la plupart avec effet immédiat. Ces démissions témoignent d’une crise d’identité qui touche l’Eglise reformée dans son ensemble en Suisse, estime l'éthicien genevois François Dermange.

Pour l’éthicien François Dermange, professeur à la Faculté de Théologie de l’Université de Genève et membre du Consistoire, le Conseil délibératif de l’EPG, Les Eglises réformées traversent une crise sans précédent. « Il existe différentes manières de gouverner une Eglise. À Genève, l’Eglise protestante est dirigée à tous les niveaux par des laïcs et les ministres. Mais il y a 15 ans, on a voulu recentrer le pouvoir sur l’exécutif de l’EPG », a rappelé François Dermange dimanche 14 juin sur les ondes de La Première. Cette concentration de l’autorité est visiblement un des sujets qui fâchent : « Le législatif ne se reconnait plus dans un tel mode de gouvernance centralisé », a constaté encore le professeur. Le coup de tonnerre causé par la démission de cinq membres du Conseil du Consistoire (l’exécutif), est le signe d’un débat beaucoup plus profond qui touche aujourd’hui toutes les Eglises réformées helvétiques : celui de la gestion du pouvoir et de sa visibilité à l’extérieur.

Tradition ou innovation ?

« L’Eglise doit diminuer considérablement sa voilure, elle doit se simplifier, faire preuve de transparence. Elle doit faire face à des choix : faut-il continuer à appliquer un modèle de gouvernance presbytéro-synodal collégial et participatif ou faut-il en changer ? Je plaide pour un modèle où le pouvoir principal revient au Synode, le législatif de l’Eglise. C’est un système qui est dans l’ADN des Eglises réformées », a encore affirmé François Dermange.

Les divergences sur le mode de gouvernance ne touchent pas seulement les instances de l’EPG. Elles ont aussi certainement contribué à la démission avec effet immédiat, de l’ancien président de l’Eglise évangélique réformée de Suisse, Gottfried Locher, le 27 mai dernier.

Si l’EPG doit faire face à une des crises majeures de son histoire récente, François Dermange reste cependant confiant : « Il n’y pas une carence de gouvernance. Mais il faut qu’on redéfinisse comment nous voulons articuler les rôles des différentes instances de l’EPG. Et puis n’oublions pas la devise de l’Eglise réformée : ‘réformer, toujours à réformer’. Les protestants ont donc l’habitude de remettre les choses sur le métier ! »

Davide Pesenti/RTSreligion

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