Deux jeunes Suisses dans un bidonville de Beyrouth

lundi 09 janvier 2006

En contrebas du stade de Beyrouth, un bidonville peuplé de 10'000 habitants oubliés du reste du pays. C’est là que deux jeunes Suisses découvrent le témoignage en actes d’une envoyée du Trait d’union missionnaire (TUM) des AESR, Catherine Mourtada, et de l’association Tahaddi. Témoignage.

Partir deux ou trois mois avec une organisation humanitaire... Beaucoup de jeunes en rêvent. Mais ce n’est pas toujours simple, ni pour ceux qui partent, ni pour ceux qui les accueillent sur place. Pour Ariane Lehmann et Samuel Ninck, ce fut une expérience assez géniale. Depuis un certain temps, ils avaient tous deux le projet de partir... mais où?

A la recherche d’un lieu d’engagement
Ariane, après une formation en communication visuelle à la Haute Ecole d’arts appliqués, a fait un long stage dans une ONG à Genève. Quant à Samuel, traducteur de formation, il avait déjà effectué une année de stage en Israël dans une communauté pour la réconciliation... C’est là qu’il rencontre un jour Ariane. De là aussi son intérêt pour l’arabe et son souhait de partir dans un pays arabophone.
En automne 2004, ils se mettent en piste, surfent sur l’internet, contactent diverses associations telles que Medair, le Peace Watch (association en faveur de la paix en Palestine et en Israël), des organismes internationaux tels que le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) au Yémen... Finalement, à travers le secrétaire régional des GBU au Proche-Orient, ils entrent en contact avec la petite association Tahaddi à Beyrouth (Liban).

Venez !
Dès les premiers contacts avec Catherine Mourtada (une Lausannoise issue de l’Eglise évangélique de Villard) et Agnès Sanders (médecin française travaillant avec Catherine), le courant passe. «Ce n’était pas une organisation bureaucratique. On sentait un intérêt personnel, qui nous a vraiment touchés. Agnès nous a tout de suite fait des propositions en rapport avec nos compétences. Elle nous a d’ailleurs avoué qu’elle reçoit souvent des demandes et des propositions comme les nôtres... qui vont souvent à la poubelle. Là, ça tombait vraiment bien...»
C’est ainsi que le départ est prévu fin-avril. Leur mission ? Organiser une soirée de sensibilisation au travail de l’association au Liban même, et préparer du matériel d’information qui sera utile aussi bien sur place qu’en Europe.

Est-ce bien le moment de partir?
Ils se préparent... mais le Liban est en pleine effervescence. Dans ce pays sorti il y a quatorze ans d’une longue guerre civile, les troubles recommencent. Le premier ministre Rafik Hariri est assassiné le 14 février, l’opposition s’est manifestée massivement (un quart de la population dans les rues le 14 mars). Nos amis s’embarquent pourtant comme prévu fin avril. Ils arrivent à Beyrouth le jour même du départ officiel des Syriens. Mais cela n’affectera pas trop leur séjour, ni d’ailleurs le travail de Tahaddi – c’est que la population du bidonville est hors de vue... et hors du passage des orages politiques!
Les deux premières semaines du séjour sont consacrées à la découverte du pays, du travail de Tahaddi, de l’école, du bidonville... Ensuite, il faut se mettre à l’ouvrage, collecter les informations, prendre des contacts. Samuel a le sentiment que ça se passe «à la libanaise» : «Tout est un peu flou, sans grande planification. Les choses se préparent un peu au dernier moment... mais ce qui est sympa, c’est qu’on trouve toujours des gens pour vous aider, spontanément ».  Ariane, qui a pas mal bourlingué dans les ONG, ne trouve pas cette sorte de «désorganisation» typiquement libanaise. «C’est un peu le style ONG », commente-t-elle.
Durant quelques semaines, Ariane et Samuel vont prendre les contacts nécessaires à l’organisation d’une soirée, faire des photos, préparer une présentation informatisée multilingue. La soirée est réussie. Elle rassemble une centaine de personnes, en majorité chrétiennes. C’est une première pour Tahaddi, qui sort ainsi de son anonymat. Un témoignage marque les cœurs : une patiente du dispensaire, mère de 10 enfants, raconte comment elle a été accueillie, comment elle a été touchée par des soins qui vont au-delà des seuls problèmes médicaux.

Touchés par le pragmatisme de l’amour
Nos jeunes Helvètes eux aussi sont touchés par cette soirée et par ce qu’ils ont vécu durant leurs trois mois de séjour. Emus de s’être sentis utiles : «On n’aurait jamais pu organiser cette soirée sans vous », leur dit Catherine. Touchés aussi par l’engagement de ces deux femmes, en toute simplicité. «J’étais frappé de voir comment tout cela a commencé en toute simplicité, confie Ariane. Je ne sais pas si j’aurais osé aller ainsi dans un tel bidonville, à la rencontre des gens et de leurs besoins. J’étais frustrée par les limites de la langue, mais ému par les regards des enfants, par leur joie communicative quand ils nous donnaient la main. »
«Ce qui m’a frappé, c’est le pragmatisme de l’amour en actes, reconnaît Samuel. Ces femmes ont vu un besoin et ont répondu. Et je me suis demandé comment je pourrais m’engager davantage, ici en Suisse, pour ceux qui sont délaissés. Par exemple dans le domaine de l’asile, notamment les NEM (demandeurs d’asile déboutés par une “Non Entrée en Matière”).»

Une foi engagée
Quand ils parlaient de leur projet et de Tahaddi, ils devaient parfois affronter un certain scepticisme... «Pourquoi des Européens là-bas ? Il faudrait que ce soit les Libanais qui se bougent !» En découvrant la qualité de service concret et la situation du pays, ils se rendent compte que les Libanais pourraient difficilement assumer actuellement un tel service. Mais la structure associative mise en place est appelée à se développer. La soirée organisée y contribuera, et cela permettra aussi de stimuler et de renforcer l’engagement des chrétiens sur place.
Ce séjour restera une expérience marquante sur le chemin de vie d’Ariane et Samuel. Ariane souhaite continuer une formation autour de la problématique du développement, sans savoir encore précisément dans quelle voie. Elle a entamé des études en vue de l’obtention d’une maîtrise à l’IUED (Institut universitaire d’études du développement). Elle s’est aussi engagée dans l’association Tahaddi en Suisse. Samuel est lui aussi très engagé dans la problématique de la responsabilité des chrétiens dans les domaines de la justice et du développement durable. Il est par ailleurs co-fondateur de ChristNet (www.christnet.ch).

Silvain Dupertuis

Publicité
  • Surmonter les abus au fil d’un conte

    Surmonter les abus au fil d’un conte

    Il était une fois… une enfant abusée, dont les larmes sont recueillies par une grenouille qui l’accompagne jusqu’au Roi d’un royaume fabuleux. Dans cette histoire, la psychologue Priscille Hunziker parle de la prise en compte de la souffrance. « Le voyage que fait la petite Emmy, c’est la métaphore d’un accompagnement psycho-spirituel », dit-elle mercredi 6 avril. Rencontre.

    jeudi 07 avril 2022
  • Noël, ou devenir des sauveurs sur les pas de Jésus

    Noël, ou devenir des sauveurs sur les pas de Jésus

    Au Liban, les habitants vivent l’intensité de la vie face à l’intensité de la mort, selon les mots du théologien et prêtre maronite Fadi Daou rencontré à Genève. Il invite notamment ses concitoyens à devenir des sauveurs… sur les pas de Jésus.

    mardi 21 décembre 2021
  • Noël, ou sortir de nos jugements

    Noël, ou sortir de nos jugements

    Thierry Lenoir est aumônier à 100% à la clinique de La Lignière à Gland. Cet ancien pasteur adventiste parle de l’esprit de Noël en termes de jugements moraux, sociaux et religieux à mettre de côté. Une réflexion qu’il partage dans l’émission Hautes Fréquences diffusée dimanche 19 décembre à 19 heures sur RTS La Première.

    mercredi 15 décembre 2021
  • « Votre couple a 2, 10, 30 ans au compteur ? Prenez-en soin ! »

    « Votre couple a 2, 10, 30 ans au compteur ? Prenez-en soin ! »

    On investit dans nos carrières professionnelles, dans nos maisons… mais pas assez dans notre couple. C’est le constat que dressent Marc et Christine Gallay, le couple pastoral de l’église évangélique (FREE) de Lonay. Qui pratique avec bonheur une méthode dite « Imago », qui met la cellule de base créée par Dieu à l’honneur. Rencontre.

    lundi 01 novembre 2021
  • « J’ai été un bébé volé du Sri Lanka »

    « J’ai été un bébé volé du Sri Lanka »

    Il y a quelques années, un trafic d’enfants proposés à l’adoption à des couples suisses secouait l’actualité. Sélina Imhoff, 38 ans, pasteure dans l’Eglise évangélique (FREE) de Meyrin, en a été victime. Elle témoigne avoir appris à accepter et à avancer, avec ses fissures, par la foi. Et se sentir proche du Christ né, comme elle, dans des conditions indignes. [Cet article a d'abord été publié dans Vivre (www.vivre.ch), le journal de la Fédération romande d'Eglises évangéliques.]

  • Pour les Terraz et les Félix, des choix porteurs de vie

    Pour les Terraz et les Félix, des choix porteurs de vie

    Abandonner la voiture et emménager dans une coopérative d’habitation ?... Deux couples de l’Eglise évangélique (FREE) de Meyrin ont fait ces choix qu’ils estiment porteurs de vie. « Le rythme plus lent du vélo a vraiment du sens pour moi », témoigne Thiéry Terraz, qui travaille pour l’antenne genevoise de Jeunesse en mission. « Je trouve dans le partage avec mes voisins ce que je veux vivre dans ma foi », lui fait écho Lorraine Félix, enseignante. Rencontres croisées. [Cet article a d'abord été publié dans Vivre (www.vivre.ch), le journal de la Fédération romande d'Eglises évangéliques.]

    vendredi 22 septembre 2023
  • Vivian, une flamme d’espoir à Arusha

    Vivian, une flamme d’espoir à Arusha

    Vivian symbolise l’espoir pour tous ceux que la vie malmène. Aujourd’hui, cette trentenaire tanzanienne collabore comme assistante de direction au siège de Compassion à Arusha, en Tanzanie. Mais son parcours de vie avait bien mal débuté… Nous avons rencontré Vivian au bureau suisse de l’ONG à Yverdon, lors de sa visite en mars dernier. Témoignage.

    jeudi 15 juin 2023
  • « Auras-tu été toi ? »

    « Auras-tu été toi ? »

    Elle puise dans le judaïsme de quoi nourrir sa foi chrétienne. La théologienne et pasteure Francine Carrillo écoute, calligraphie et fait parler les lettres hébraïques qui, selon elle et avec toute la tradition juive, sont porteuses de sens et d’espérance. Rencontre.

    lundi 20 juin 2022

eglisesfree.ch

LAFREE.INFO

  • Le Valais, en voie d’interdire les « thérapies de conversion »

    Ven 21 juin 2024

    Après Neuchâtel, c’est au tour du Valais de légiférer sur une interdiction des « thérapies de conversion » visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. D’autres cantons suivent cette même voie. Quelles conséquences pour nos pratiques d’Eglises ? Le point avec Stéphane Klopfenstein, du Réseau évangélique suisse (RES-SEA).

  • Trois nouveaux capitaines aumôniers issus de la FREE

    Jeu 20 juin 2024

    Trois capitaines aumôniers issus de la FREE ont été nommés le 14 juin dernier à Soleure. Tous les trois ont la conviction qu’un témoin du Christ doit être disponible, à l’écoute, capable de servir son prochain, y compris auprès des militaires.

  • FREE COLLEGE fondements 24-25: deux anciens étudiants détaillent leur parcours

    Mer 19 juin 2024

    Fin août, le FREE COLLEGE relance la formation interactive « Fondements ». Au programme du premier module (2024-2025) : histoire de l’Église, Bible et Ancien Testament. Une occasion de mieux s’équiper dans son service à l’Église ou, tout simplement, de renforcer les fondements de sa foi évangélique. Témoignages de Melissa Feuz et Christian Haller.

  • Droit de mourir, dangereuse liberté

    Mar 18 juin 2024

    La fin de vie est souvent difficile, avec selon les cas d’importantes souffrances ou divers types de démence qui peuvent donner à la personne comme à ses proches l’impression qu’elle se perd. Vaut-il alors mieux hâter la fin, avoir la possibilité de décider de mettre un terme à son existence ? Ce courrier des lecteurs du pasteur Jean-René Moret, de l'Eglise évangélique de Cologny (FREE), est d'abord paru le 12 juin dans la Tribune de Genève.

Instagram

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !