Christophe Reichenbach ou quand l’Eglise va sur les trottoirs !

mardi 06 juin 2006

« Pasteur de rue », tel est le titre que Christophe Reichenbach se donne lorsqu’il parle de son travail avec l’association « Rue à cœur ». Jour après jour, ce pasteur pas comme les autres écoute et discute, dans les rues et dans les bistrots de Bienne, avec des gens de la zone. Témoignage.

La passion de Christophe Reichenbach, c’est d’aller à la rencontre des marginaux, quels qu’ils soient. Pour cela, il fréquente les lieux où se retrouvent des polytoxicomanes. Il se rend au « Yucca », par exemple, un « bistrot-zone » de Bienne, qui a un local d’injection à l’étage. Les gens peuvent venir avec leur propre produit, et on leur fournit des seringues propres. « Je parle autant de la pluie et du beau temps avec eux que de choses profondes, raconte Christophe. Mais je ne reste pas trop tard le soir. Comme les gens sont sous produit, ils ne sont plus tellement réceptifs en fin de journée. »
Christophe Reichenbach se rend aussi à la « Coupole », un espace que les marginaux apprécient pour se réchauffer. Ils y allument un feu avec des palettes en bois qu’une entreprise leur met à disposition. Par beau temps, le pasteur de rue fréquente encore le « Petit-Parc ». Et si l’un des marginaux fait une cure de désintoxication, ou bien se retrouve en prison, Christophe va lui rendre visite.

 

Repas et prière avec les marginaux
Les lundis soirs, l’association « Rue à cœur », l’employeur de Christophe Reichenbach, loue le « Passepartout », un local qui permet de distribuer des repas à une quarantaine de personnes. Une vingtaine de bénévoles organisent ces soirées. « Avant le repas, je fais une courte lecture biblique, en français et en allemand. Je ne parle pas l’allemand, mais les gens arrivent à comprendre ma lecture… Ils sont tout contents, parce qu’ils voient que je fais un effort pour eux ! », confie Christophe.
Un samedi par mois, « Rue à cœur » offre un repas au Yucca. Le lendemain a lieu le « dimanche amitié », un temps de lecture biblique en français et en allemand. « Après, on a un moment d’intercession avec un livre ! C’est génial, parce que tout le monde peut entrer dans la prière ! s’enthousiasme le pasteur de rue. Je fais une prière d’introduction, puis j’écris dans un livre le nom de gens pour lesquels je veux prier. On fait tourner le livre, et chacun dit et inscrit un nom. Enfin, je fais une prière de conclusion, puis on termine par le « Notre Père » tous ensemble. Ce sont vraiment des moments forts ! » Une dizaine de personnes participent, bénévoles et gens de la zone, ensemble.

 

Quand l’Eglise va sur les trottoirs…
Le pasteur de rue a une phrase-choc pour stimuler sa réflexion : « L’Eglise doit aller sur les trottoirs, mais ne doit pas faire le trottoir ! » L’Eglise ne doit pas se détourner de sa mission. « Nous ne sommes pas des assistants sociaux. Notre spécialité est spirituelle. On annonce clairement la couleur et les marginaux savent qu’en venant à « Rue à cœur », c’est chrétien ! »

…pour faire chemin avec les marginaux !
« Rue à cœur » met à disposition des nouveaux testaments et des calendriers bibliques. Le pasteur de rue reste cependant très prudent avec la littérature chrétienne. « Les gens consomment des psychotropes, et il y a beaucoup de psychoses et de délires mystiques. Ce qu’il faudrait, ce serait éditer une Bible sans l’Apocalypse ! lance Christophe avec humour. La recherche spirituelle des gens qu’il rencontre part souvent dans tous les sens, et il faut savoir cadrer pour ne pas aller au-delà de notre rôle. » Le but ? Faire chemin avec, et non traîner les gens là où ils ne le veulent pas !
Les gens de la rue ont une simplicité de foi qui étonne. Christophe profite de vivre avec eux les temps de fêtes chrétiennes. A Noël par exemple, ils ont tous le blues. Rappeler que Jésus-Christ s’est incarné, qu’il est venu comme bébé, est très important : cela montre que tout le monde, y compris les marginaux, peut s’en approcher. A Pâques aussi : Jésus-Christ s’incarne dans la souffrance. Il se rend proche de tous ceux qui souffrent. Bien sûr, annoncer la résurrection est le cœur et la réalité de notre vie !

Un pasteur aimé des marginaux !
Christophe Reichenbach s’investit à fond dans son travail… et les marginaux le lui rendent bien ! « Un gars m’appelle Jésus ! raconte le pasteur de rue. La différence entre les acteurs sociaux et moi, c’est que les gens de la rue ne me doivent rien et moi non plus. Ils peuvent me raconter ce qu'ils veulent. Il n’y aura pas de conséquences sur leur consommation ni sur leur budget. Ils savent aussi que je suis tenu au secret professionnel. A la fin des entretiens, je propose toujours qu’on apporte ensemble leur situation entre les mains de Dieu. Mais je m’adapte au rythme où vont les gens ! »
Christophe Reichenbach dispose d’un petit bureau dans la vieille ville, tout près du Yucca, où il peut recevoir ceux qui souhaitent un entretien. Globalement, les personnes qui croisent son chemin ont une grande sensibilité et une grande soif de spirituel… pas toujours bien cadrée !« Du moment que tu les respectes, que tu ne leur dis pas : « Tu fais faux. Tu dois faire ceci ou cela », ils arrivent à bien entrer dans la relation ».

Un pasteur de la rue expérimenté
En 1993, peu après sa conversion, Christophe Reichenbach se promène à Lausanne, avec une équipe de jeunes de la Baraque à Morges. A la vue de gens de la zone, ils sont interpellés. « On a réalisé que si on n’était pas devenus chrétiens, on aurait très bien pu finir comme eux. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. On a commencé le samedi soir à St-Laurent. J’y ai fait une dizaine d’années », se souvient Christophe.
Au fil du temps, un besoin de formation se fait sentir. Christophe s’inscrit à l’Institut biblique Emmaüs. Durant ses études, il effectue un stage à la pastorale de la rue à Lausanne. A la fin de ses études, il accomplit une année de stage à l’aumônerie de rue à Neuchâtel, en collaboration avec les AESR. Durant ce stage, il apprend que Marc-Etienne Petter va arrêter son travail pastoral avec « Rue à cœur ». « J’ai donc postulé pour reprendre sa place. J’ai commencé en septembre 2005, un emploi à 50% », explique Christophe Reichenbach.

Un lien étroit avec les AESR
L’an dernier, l’association « Rue à cœur » a failli arrêter ses activités, faute de financements. Un appel a été lancé au Trait d’union missionnaire des AESR (TUM), mais celui-ci ne pouvait assumer le salaire de Christophe. Une « Action de Noël » a été lancée pour financer une partie de ce ministère… une action qui a été entièrement couverte : un bel encouragement !
De son côté, « Rue à cœur » se démène aujourd’hui pour trouver un financement. « On a monté une action spéciale pour les repas au Yucca, appelée 10 fois 10 : on vise des jeunes qui auraient à cœur de soutenir un repas durant 10 mois, en payant 10.- chaque mois », indique Christophe.
Depuis son installation à Bienne, Christophe Reichenbach s’est rattaché à l’Eglise évangélique des Ecluses. « Je bénéficie d’une supervision du pasteur Laurent Cuendet, explique-t-il. C’est un cadeau de la communauté de Bienne ! Il faut apprendre à ne pas tout prendre sur soi, à garder une distance thérapeutique, ça c’est la règle… mais des fois, il ne faut pas rêver. Il y a trop ! » Le ressourcement ? C’est beaucoup dans la prière, et la supervision est une aide pour cela. « Il y a aussi des gens de l’Eglise chez qui je peux aller boire le café. Je suis bien reconnu dans mon Eglise. C’est super chouette ! » conclut Christophe Reichenbach, un pasteur qui, derrière son look, a un cœur gros comme ça !
Anne-Catherine Piguet, rédactrice responsable du journal « Vivre »

  • Encadré 1:

    « Rue à cœur » en bref
    « Rue à cœur » est une association évangélique indépendante, soutenue par différentes Eglises et particuliers. Elle a été créée en 1995 pour effectuer un travail social chrétien, puis s’est orientée plus spécifiquement vers l’aumônerie de rue.
    Contact : acoeur(queue de singe)bluewin.ch.

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