«Virage missionnel: favoriser la multiplication et la croissance» (5) par Daniel Liechti

Daniel Liechti jeudi 18 mars 2021

Si une Eglise désire grandir, elle doit se doter de l’écosystème qui permettra la croissance. Et dans ce domaine, il existe de mauvaises habitudes à abandonner et de bonnes pratiques à développer (1).

Jésus leur proposa une autre parabole : Il en est du royaume des cieux comme d’un homme qui avait semé du bon grain dans son champ. Pendant que tout le monde dormait, son ennemi sema une mauvaise herbe au milieu du blé, puis s’en alla. Quand le blé eut poussé et produit des épis, on vit aussi apparaître la mauvaise herbe. Les serviteurs du propriétaire de ce champ vinrent lui demander : « Maître, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc cette mauvaise herbe ? »

Il leur répondit : « C’est un ennemi qui a fait cela ! »

Alors les serviteurs demandèrent : « Veux-tu donc que nous arrachions cette mauvaise herbe ? »

– Non, répondit le maître, car en enlevant la mauvaise herbe, vous risqueriez d’arracher le blé en même temps. Laissez pousser les deux ensemble jusqu’à la moisson. A ce moment-là, je dirai aux moissonneurs : « Enlevez d’abord la mauvaise herbe et liez-la en bottes pour la brûler. Ensuite vous couperez le blé et vous le rentrerez dans mon grenier » (Mt 13.24-30).

*      *      *

Jésus donne l’explication de cette parabole. Et c’est une excellente définition de notre travail au sein de la mission de Dieu : « Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont ceux qui font partie du royaume. La mauvaise herbe, ce sont ceux qui suivent le diable (Mt 13.37-38).

Il y a de la puissance dans ces paroles simples de Jésus. Le maître de la mission connaît notre monde hyper-sécularisé, post-chrétien, post-moderne et « post-vérité ». Il est à l’œuvre et il sème la Parole de vie, semence vivifiée par la puissance du Saint-Esprit.

La Parole de Dieu est transmise par écrit et au moyen de la prédication, mais pas seulement ! En effet, grâce à la puissance du Saint-Esprit et à la Parole de Dieu qui les nourrit, les chrétiens deviennent eux-mêmes une semence. Et ils sont placés par Dieu dans le monde pour témoigner. Comment peuvent-ils mettre cela en pratique de manière efficace ? Voici quelques pistes.

Deux jambes pour bien avancer

Une Eglise qui désire croître, être une bonne semence et faire des disciples, doit particulièrement veiller à deux points importants. C’est un peu comme marcher sur deux jambes :

1. La première jambe : un ministère pastoral exercé de la bonne manière. Parfois, les pasteurs pensent que tout ce qu’ils font devrait pouvoir être fait par tout le monde. Mais c’est faux ! Le ministère pastoral est spécifique, et il doit être exercé pleinement, afin que l’Eglise puisse répondre à son appel et développer toutes les facettes de son ministère dans le monde. Les pasteurs doivent assumer le fait qu’ils sont l’une de ces deux jambes.

2. La deuxième jambe : le développement de « systèmes reproductibles » dans l’Eglise. Il s’agit d’éléments de la vie de l’Eglise qui peuvent se multiplier en dehors de la présence du pasteur. Sinon, le développement de la communauté se limite aux forces et au temps disponible du pasteur. Par exemple, ces « systèmes reproductibles » doivent permettre à un chrétien – même un jeune chrétien – d’être assez autonome pour aider et conseiller une personne qui découvre la foi.

Je me rappelle d’un pasteur qui est arrivé dans une Eglise où se trouvaient trois groupes de maisons. La communauté attendait de lui qu’il anime lui-même ces trois groupes. Mais il a préféré former des responsables, et cela a permis d’augmenter le nombre de groupes de maisons dans cette communauté. Ainsi, les groupes de maisons ne dépendaient pas des soirs libres du pasteur.

Accueillir et accompagner les « chercheurs »

Aujourd’hui, la plupart des personnes qui se convertissent ne le font pas à l’extérieur de l’Eglise, mais à l’intérieur, après avoir été accueillies dans des petits groupes et au culte. Les personnes intéressées par la foi – les « chercheurs » – cheminent ainsi parmi les chrétiens de la communauté. Ils découvrent la vie de foi et posent leurs questions. Puis, à un moment, survient le miracle que seul Dieu peut faire : celui de la repentance, de la foi et de la vie de disciple. Il est donc important que ces personnes soient accueillies telles qu’elles sont dans l’Eglise, largement et généreusement. Elles ne sont pas encore membres de la communauté, mais elles en goûtent déjà les bienfaits.

Ensuite, une fois qu’une personne est devenue chrétienne, le plus urgent n’est pas de l’écraser sous toutes sortes de connaissances bibliques. C’est plutôt de lui montrer comment elle est désormais disciple du Seigneur, comment elle peut entrer dans la mission que Dieu lui donne, suivre le Maître, lui obéir, se laisser transformer, et s’inscrire dans l’équipe du Seigneur.

Une personne devenue chrétienne a probablement des frères et sœurs, des parents, des enfants, des voisins, des amis, des collègues : l’Eglise est là pour l’aider à être témoin auprès de son entourage. Le pasteur et les autres chrétiens de la communauté sont des ressources : ils permettent aux nouveaux disciples d’entrer dans leur mission. De cette manière, l’Eglise permet l’affermissement progressif de la foi des chrétiens, ainsi que leur capacité à témoigner.

Mais il faut accepter l’idée que, pour beaucoup de chrétiens, le témoignage et l’évangélisation passent par des actes : amour, écoute et disponibilité. Certains peuvent aller plus loin et ajouter des explications. D’autres sont doués pour l’apologétique. Le corps du Christ est divers, et chacun est appelé à y jouer un rôle actif comme témoin.

Il est important de valoriser le témoignage chrétien par l’exercice des dons, lorsque l’Eglise est réunie, lors de célébrations, mais aussi lorsqu’elle est dispersée. Mettons en valeur le ministère de ceux qui témoignent lorsque l’Eglise est dispersée !

La formation des chrétiens doit privilégier l’enseignement de « systèmes reproductibles » et simples à utiliser. Chaque chrétien d’une communauté acquiert des connaissances de base qui lui permettent de témoigner et d’enseigner. Ce travail ne doit pas être réservé au pasteur.

Les petits groupes, clé de la croissance

Ensuite, la formation des chrétiens doit permettre à plusieurs de prendre des responsabilités au sein de la communauté, par exemple dans les groupes de maisons. C’est bien souvent dans ces groupes que nous voyons émerger et sortir du lot des chrétiens avec des capacités particulières : des talents, un zèle, une fidélité, une vision. C’est peut-être là que se trouve le futur pasteur de la communauté.

Dès l'Eglise ancienne, les chrétiens ont compris que les petits groupes permettent aux communautés de se développer. C’est là que les chrétiens et les « chercheurs » se retrouvent, partagent, mangent, prient, enseignent. Ces petits groupes permettent à chacun de révéler ses dons et ses capacités, dans des systèmes reproductibles. Certains animent, d’autres enseignent, accueillent, soutiennent… Il y a une diversité de dons et de talents.

Ces petits groupes font également émerger de nouveaux ministères, afin que l’Eglise puisse développer toutes ses facettes : apôtres, prophètes, évangélistes, enseignants, coordinateurs, responsables régionaux. C’est là que nous trouvons l’ensemble des ministères qui permettent l’avancement du Royaume, et pas seulement les pasteurs bergers. Si, dans une communauté, les petits groupes ne font jamais émerger de nouveaux ministères, c’est que quelque chose ne fonctionne pas.

Une Eglise doit croître

Comment faut-il mesurer la croissance d’une communauté. Par la taille de la salle ? Par le nombre de chaises occupées ? Les Actes des Apôtres montrent que la croissance d’une Eglise comprend toujours une composante numérique, même si des stagnations inexpliquées peuvent intervenir. Dieu est souverain, et tout n’est pas mesurable. Mais l’absence de fruits dans l’évangélisation doit nous conduire à nous poser des questions.

La croissance, dans une communauté, passe par le développement d’un écosystème favorable à la multiplication de disciples et de ministères : des disciples forment d’autres disciples. Méfions-nous des situations où des Eglises grandissent grâce à des transferts de chrétiens.

Il faut même aller plus loin et se demander combien de jeunes ont reçu une vocation au sein de la communauté. Combien de ministères, y compris pastoraux, les responsables ont-ils repérés et accompagnés ? Trop d’Eglises sont plus préoccupées par les forces qu’elles peuvent prendre ailleurs, plutôt que par les forces qui peuvent émerger d’elles-mêmes.

Certaines communautés se contentent de remplacer ceux qui partent et de chercher de nouveaux bénévoles. Que se passe-t-il ? Où sont les appels ? Comme l’a dit le pasteur et implanteur d’Eglises Robert Logan : « Le fruit d’un pommier, ce n’est pas seulement de produire une pomme. C’est de produire un autre pommier ! »

Les missions du pasteur

Dans notre union d’Eglises, nous avons défini ainsi le ministère pastoral : « La principale mission des pasteurs, consiste, grâce à leur charisme, leur exemple, leur vision et leur enseignement, à faire grandir spirituellement et à développer le potentiel de chaque membre ». Car le Christ « a fait don de ces hommes pour que ceux qui appartiennent à Dieu soient rendus aptes à accomplir leur service en vue de la construction du corps du Christ » (Ep 4.11).

En effet, le pasteur n’est pas là pour faire tourner un programme – même si un programme est nécessaire – mais pour équiper les autres. Mais les Eglises savent-elles suffisamment que le pasteur n’est pas là pour faire tourner un programme ? Les unions d’Eglises disent-elles clairement à quoi servent les ministères pastoraux ?

Le Nouveau Testament nous enseigne que l’Eglise est structurée en trois catégories :

1. D’abord, elle est formée de chrétiens au service les uns des autres. C’est le sacerdoce universel.

2. Ensuite, elle est administrée par des anciens et des diacres, issus de la communauté. Ils n’ont pas forcément étudié à l’institut biblique, mais ils donnent une solidité, une colonne vertébrale à l’Eglise. Ils ont un côté « grands frères » : solides, capables de reprendre ou d’encourager.

3. Enfin, les pasteurs se distinguent des anciens et des diacres par quatre traits distinctifs :

  • Par leur leadership, ils aident l’Eglise à développer une vision biblique de sa mission.
  • Ils enseignent et forment les membres de l’Eglise, les responsables et les futurs ministères, chacun en fonction de ses dons.
  • Ils incitent les chrétiens à grandir en maturité spirituelle et en consécration. Ils les encouragent et, si besoin, les reprennent.
  • Ils aident chacun à trouver et à développer son ministère au sein de la communauté et dans le monde.

Les pasteurs doivent exercer leur ministère et se libérer des tâches qui incombent à d’autres personnes. Ils prennent exemple sur Jésus qui s’est occupé de la foule, mais qui a concentré son action sur douze disciples et, plus particulièrement, sur quelques disciples proches.

Savoir sortir de chez soi

Parfois, les chrétiens des Eglises sont comme des paysans qui surveilleraient la moisson sans sortir de chez eux. Ils pensent que leur communauté doit gérer ce qui existe à l’intérieur, ce qui est déjà dans la grange. Cependant, la moisson se trouve à l’extérieur, et elle concerne tous les ministères, pas seulement les spécialistes de l’évangélisation, évangélistes ou implanteurs. Ainsi, celui qui a un ministère de berger utilise son don pour que l’Eglise soit « berger dans sa région ». Celui qui est pasteur l’est aussi dans son quartier et dans sa ville.

Daniel Liechti

Note

1) Ce texte est l’adaptation écrite d’une conférence donnée par Daniel Liechti lors d’une retraite de la pastorale de la FREE en novembre 2018. Il fait suite aux articles: « Virage missionnel : être chrétiens dans un monde qui ne l’est plus » (1), « Virage missionnel: l'Eglise une communauté missionnelle » (2), « Virage missionnel: mission de Dieu et mission de l'Eglise » (3) et « Virage missionnel: le mandat de faire des disciples » (4). La transcription de ces conférences a été réalisée par Claude-Alain Baehler.

  • Encadré 1:

    Daniel Liechti (bio express)

    Daniel Liechti est professeur en évangélisation et implantation d’Eglises à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, près de Paris. Il est également enseignant à l’Institut biblique de Genève, président de la commission d’implantation d’Eglises nouvelles du Conseil national des évangéliques de France, membre du Réseau de missiologie évangélique pour l’Europe francophone. Actuellement directeur du développement de l’Union d’Eglises Perspectives, il a été pasteur-implanteur en France, dans la région Hauts-de-France et dans la région parisienne.

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