Des pistes pour améliorer son bilan environnemental

mardi 27 septembre 2005
Le développement durable est plus que jamais d’actualité au vu des catastrophes naturelles qui s’enchaînent. Olivier Jolliet a enseigné cette branche-là à l’EPFL. Il vient d’être nommé aux Etats-Unis, pour y poursuivre ses recherches et son enseignement. Avant de quitter la Suisse, il a terminé un travail qui permet à chaque Helvète de réduire son impact sur l’environnement au travers d’actions concrètes.

Pluies diluviennes, inondations, typhons ou ouragans... L’heure est à l’interrogation par rapport à l’impact de l’activité individuelle sur l’environnement. Olivier Jolliet vient d’être nommé professeur en risques environnementaux et santé à l’Université du Michigan aux Etats-Unis. Ce professeur de 46 ans a enseigné cette matière à l’EPFL pendant 6 ans. Son souci fondamental, en matière de développement durable ? Mettre au point des outils scientifiques pour évaluer l’impact des biens de consommation et des services sur la santé comme sur l’écosystème. Ces dernières années, il a voulu permettre à chacun d’améliorer son bilan environnemental personnel. Avec un de ses collègues, Josef Kaenzig, il va faire paraître, en lien avec l’Office fédéral de l’environnement (OFEFP), un document très pratique intitulé « Scénarios de consommation respectueuse de l’environnement ».

70 esclaves à la disposition de chaque Helvète
« Aujourd’hui en Suisse, explique Olivier Jolliet, chaque individu consomme quotidiennement l’équivalent de 70 esclaves énergétiques, 70 « Lance Amstrong » qui pédaleraient à fond 12 heures par jour pour assouvir nos besoins en énergie. » Aux Etats-Unis, les besoins de chaque individu avoisinent les 100 esclaves énergétiques et au Bengladesh 1 esclave énergétique. « Dans notre pays, ajoute l’ancien professeur de l’EPFL, nous pouvons descendre nos besoins d’esclaves énergétiques de 70 à 50, sans que cela nous coûte quoi que ce soit de plus ! » En conclusion de sa dernière publication, Olivier Jolliet affirme même que tout habitant d’un pays industrialisé peut améliorer son bilan environnemental en diminuant de 1000 francs ses coûts annuels, s’il suit les pistes proposées dans l’étude.
« Premièrement, toute personne désireuse d’améliorer son bilan environnemental ne devrait acheter que des appareils électriques portant l’étiquette « classe A ». Acheter du « classe A + » est encore mieux », ajoute-t-il. Le même produit de la classe A+ consomme la moitié moins d’électricité que celui de la classe C. Pour l’éclairage, Olivier Jolliet plaide la cause des ampoules basse consommation (classe A). Elles sont profitables tant aux niveaux environnemental que financier, même s’il existe un surcoût à l’achat. En final, les dépenses s’avèrent 5 fois inférieures avec des ampoules basse consommation. « Pour les ampoules et les appareils électriques, la Confédération devrait interdire d’ici 2007 tous ceux qui n’obtiendraient pas au minimum l’étiquette de la classe B, avec un objectif d’appareils classe A pour 2010 », plaide Olivier Jolliet.

Priorité aux transports publics
Un autre domaine où le Suisse pourrait améliorer fortement son bilan environnemental personnel, c’est celui de la mobilité privée. « Priorité aux transports publics et au vélo ! Bannissons les véhicules tout terrain ou autres 4 x 4 ! », lance fermement Olivier Jolliet. Dans son document publié par l’OFEFP, il cite l’exemple d’un voyage à Paris. Les différences d’impact sur l’environnement et de consommation énergétique sont considérables entre les divers moyens de transport. « Le train est à tous les coups le moyen de transport le plus favorable, explique Olivier Jolliet. La voiture peut commencer à trouver un brin de justification, si on est 4 à bord. Pour de moyennes distances comme celle-là, on devrait systématiquement bannir l’avion, parce que chaque voyageur consomme 30 à 40 pour-cent d’énergie en plus ! »
Dans le domaine de l’habitat, Olivier Jolliet plaide la cause du label « Minergie ». « Une maison bien isolée, selon ce standard, permet d’économiser 50 pour-cent de l’énergie nécessaire au chauffage d’une maison construite selon des normes ordinaires. » A quelques encablures de l’EPFL, le spécialiste du développement durable s’est fait construire une maison Minergie. « Une telle maison est en moyenne 5 pour-cent plus chère que les maisons conventionnelles, mais dans la durée elle permet de couvrir la majeure partie de son surcoût avec un gain sensible sur le confort! »

Développement durable et consommation de nourriture
Améliorer son bilan environnemental personnel passe aussi pour Oliver Jolliet par l’examen de sa consommation de nourriture. La production animale étant moins efficace du point de vue énergétique que la production végétale, le Suisse soucieux de développement durable devrait réduire de moitié sa consommation de viande. « Je ne suis pas végétarien, ajoute Olivier Jolliet, mais une telle décision permet de réduire sa consommation quotidienne d’énergie de un ou deux esclaves énergétiques. Cela peut paraître peu de chose par rapport au logement ou à la mobilité privée où une modification de comportement peut réduire de 10 à 15 esclaves énergétiques notre consommation, mais c’est à prendre en compte tout de même ! »
Dans son étude, Olivier Jolliet s’est aussi intéressé aux boissons. Il est péremptoire sur le sujet : « A quoi bon consommer de l’eau en bouteille ou des boissons gazeuses ? L’eau du robinet, rafraîchie au frigo, vous coûte 1000 fois moins cher et pollue 1000 fois moins ! »

Il faut agir sans peur catastrophiste
Olivier Jolliet est un chrétien engagé dans l’Eglise réformée vaudoise. Son engagement de foi le pousse à agir en faveur de la Création. « Il y a urgence à améliorer notre bilan environnemental personnel, relève-t-il, sans tomber dans des perspectives catastrophistes. Il nous faut agir sans avoir peur. On a notre rôle à jouer, tout en sachant que ce monde demeure entre les mains de Dieu. »
Au moment de passer son bac, Olivier Jolliet hésitait entre des études de théologie et de physique. Il envisageait de devenir pasteur. Finalement il a opté pour la physique, tout en s’interrogeant sur la pertinence d’étudier la matière, alors que l’essentiel dans sa vie était plutôt d’ordre spirituel. « Pendant mes études, grâce aux Groupes bibliques des écoles et des universités (GBEU), j’ai découvert que le premier appel que Dieu adresse à l’homme dans le récit de la Genèse, c’est de gérer la terre. Quand je m’occupe de choses concrètes comme le développement durable, je réponds à cet appel premier que Dieu nous adresse. »

Serge Carrel

  • Encadré 1:

    Bio express d’Olivier Jolliet
    Olivier Jolliet est physicien. Il est depuis cet automne professeur en risques environnementaux et santé à l’Université du Michigan à Ann Arbor. Il a été le premier professeur explicitement nommé en développement durable à l’EPFL. Il a mis sur pied une équipe d’une quinzaine de chercheurs, qui a notamment travaillé avec Daimler-Chrysler, BMW, Alcan ou les Transports lausannois... Son mandat de 6 ans s’est terminé cet été. A l’issue de cette période à Lausanne, il a créé avec ses chefs de projet une start-up Ecointesys-Life Cycle Systems, active dans le management de l’environnement. Elle est sollicitée par des entreprises suisses ou internationales, qui souhaitent évaluer l’impact de leur production industrielle ou de leurs services sur l’environnement.

  • Encadré 2: Le document à paraître
    Olivier Jolliet et Josef Kaenzig vont publier prochainement en lien avec l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage : « Scénarios de consommation respectueuse de l’environnement : facteurs, décisions et acteurs clés », Ecublens, EPFL, 113 p.
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