Charles-André Geiser ou l’aventure du micro-crédit de famille à famille

vendredi 20 janvier 2006

Charles-André Geiser dispose d’un nombre impressionnant de cordes à son arc ! Dessinateur technique de profession, pasteur à mi-temps dans l’Eglise évangélique libre de La Chaux-de-Fonds, photographe, journaliste... Depuis 2002, il est secrétaire de rédaction à 50 pour-cent pour le périodique « Terre nouvelle » à Lausanne. Il vient aussi de publier un guide pratique pour aider les évangéliques à construire de bonnes relations avec les médias... Passionné d’Afrique, il nous parle de micro-crédit et de son aventure dans le soutien d’une famille ivoirienne, grâce à ses propres plantations de palmiers à huile et d’hévéas sur place...

« Par ce partenariat avec des Ivoiriens, j’ai agrandi ma famille. Dans la santé comme dans la maladie ! » Assis à sa table de travail, au rez-de-chaussée du bâtiment du DM-Echange et mission à Lausanne, Charles-André Geiser termine l’édition du prochain « Terre nouvelle », le périodique des oeuvres d’entraide réformées de Suisse romande. Il évoque avec émotion son aventure dans le micro-crédit avec la famille du pasteur africain Doué Wah Anatole.

Chef coutumier en Côte-d’Ivoire
« Le 22 décembre 1997, j’ai été intronisé chef coutumier de la commune de Tabou, à l’ouest de la Côte-d’Ivoire, tout près de la frontière libérienne. Cette intronisation a changé beaucoup de choses dans ma vie ! Je m’appelle désormais Gnépa (celui qui réussit ce qu’il entreprend) ». Charles-André Geiser est un familier de la Côte-d’Ivoire. Il y a vécu de 1981 à 1987. Il est resté en contact régulier avec ce pays en exerçant de 1988 à 2001 la fonction de secrétaire de la Mission biblique en Côte-d’Ivoire et en Haïti. Fin 1997, Charles-André Geiser emmène à Tabou une équipe de foot de bons amateurs chrétiens de Suisse romande et de France. Son but : encourager les échanges avec la population locale.
Le projet ainsi que le don de 17 instruments de cuivre à la fanfare de cette ville de 12'000 Ivoiriens et de 40'000 réfugiés libériens suscite la reconnaissance des autorités locales. « Qu’offrir à un Blanc qui se démène depuis longtemps pour la population ivoirienne ? » Dans l’esprit des autorités de Tabou, la réponse jaillit. Du coeur ! « Introniser Charles-André Geiser comme chef coutumier ! » L’habitant du Fuet dans le Jura bernois est poli. Il accepte cette marque d’honneur, sans trop savoir au devant de quoi il va. Sinon le fait que tout chef coutumier doit veiller au bon développement de sa commune.

Propriétaire de palmiers à huile et d’hévéas
Aujourd’hui Charles-André Geiser est propriétaire, à 40 km de Tabou, d’une plantation de 10 hectares, dont 5 sont couverts de palmiers à huile, et d’une autre plantation de 2,5 hectares d’hévéas, l’arbre à caoutchouc. Il a acheté du terrain à un chef de village, qui avait besoin d’argent pour construire sa maison. « En fait, explique-t-il, la plantation d’hévéas existait avant que je ne l’achète. Cette plantation, par les ressources qu’elle génère, a permis de financer sur une autre parcelle l’entretien de quelque 700 palmiers à huile. Des palmiers plantés et payés en 1999 par une douzaine de jeunes du groupe de la Baraque à Morges. »
Dans cette démarche de micro-crédit, Charles-André Geiser a investi une partie de l’héritage de ses parents décédés. Ce faisant, il a retrouvé des proches en nouant une relation étroite avec la famille du pasteur Doué Wah Anatole qui gère cette exploitation. Ce pasteur ivoirien, à la santé précaire à cause d’un paludisme sévère, s’est entouré d’un personnel local : des « saigneurs » d’hévéas ainsi que des tacherons pour entretenir les plantations. « Au début, je recevais chaque trimestre le relevé de mon compte à la banque BICICI à San Pedro, la grande ville la plus proche de Tabou. Je parvenais ainsi à suivre l’évolution des affaires depuis la Suisse. » Mais depuis quelques années, Charles-André Geiser a renoncé à cette manière de faire. Suite aux difficultés que traverse la Côte-d’Ivoire, il a laissé le pasteur Doué Wah disposer de son propre compte bancaire pour gérer lui-même le devenir des plantations. Outre la précarité due à la guerre, la plantation de palmiers souffre de ne pas être raccordée à une voie carrossable. « Il nous manque 500 mètres de route, ce qui empêche l’exploitation de tourner à plein régime », ajoute le secrétaire de rédaction de « Terre nouvelle ».

La confiance ! Rien que la confiance !
« Si je voulais réagir en tant que Suisse dans cette aventure, ça deviendrait invivable. Notre système de gestion n’est pas universel, ajoute Charles-André Geiser. Nous avons fait confiance à cette famille. Ils nous ont fait confiance... et toute cette aventure de micro-crédit est basée sur la confiance ! Aucun franc CFA ne sortira de la Côte-d’Ivoire ». Pareille démarche ne va pas sans poser des questions. Le pasteur de La Chaux-de-Fonds a eu le temps d’y réfléchir pendant une formation « postgrade » de trois semestres qu’il a suivi en Suisse romande sur la gestion de projets internationaux. « Mes expériences dérangeaient parfois les enseignants, relève-t-il, mais les gens du Sud qui participaient à ce cours, se réjouissaient d’entendre un Blanc parler leur langage et pas celui des spécialistes du Nord. »
Pour Charles-André Geiser, cette expérience de micro-crédit entre particuliers présente de nombreux avantages. Elle permet tout d’abord à une famille d’être impliquée et de porter un projet de développement. Voilà 6 ans, Christophe, le fils aîné des Geiser, s’est rendu sur place avec quelques amis suisses pour participer à la préparation de la plantation. Aujourd’hui, Charles-André Geiser est convaincu que s’il venait à disparaître l’un de ses trois enfants assurerait la continuité du projet.

Une aide directe motivante
Cette démarche d’individu à individu permet aussi de réduire les coûts de l’aide à leur plus simple expression. « Lorsque je verse 100.- à mon ami Doué Wah Anatole, c’est 100.- qui lui parviennent. Rien n’est prélevé pour les frais courants de l’ONG qui achemine mon aide », explique Charles-André Geiser. Loin de vouloir discréditer le travail ordinaire des ONG qui oeuvrent à une autre échelle, le pasteur de La Chaux-de-Fonds souligne tout de même le côté très motivant de cette démarche.
Les désavantages de cette forme de micro-crédit entre individus sont nombreux. Charles-André Geiser en est très conscient. La précarité de la vie des gens du Sud ne laisse personne à l’abri d’un départ rapide. Dans ce cas-là, comment parvenir à retrouver quelqu’un de confiance pour un projet aussi risqué ? « On peut également très facilement être mené en bateau, constate Charles-André Geiser. Comment ne pas être trompé par un partenaire qui ne partagerait pas notre éthique ? C’est bien toute la question... »

Essayer quand même !
Pour le pasteur de La Chaux-de-Fonds, cette précarité ne doit pas décourager ces démarches de micro-crédit. Grâce à des amis en Suisse qui ont de la parenté avec des gens du Sud, il est possible de se lancer dans une telle aventure. Un voyage touristique dans le Sud peut aussi permettre la rencontre de gens de confiance. « Il ne faut en tout cas pas foncer tête baissée, relève Charles-André Geiser. Il faut être prêt à échouer... mais parfois le résultat en vaut vraiment la peine ! »

Serge Carrel

Publicité
  • Surmonter les abus au fil d’un conte

    Surmonter les abus au fil d’un conte

    Il était une fois… une enfant abusée, dont les larmes sont recueillies par une grenouille qui l’accompagne jusqu’au Roi d’un royaume fabuleux. Dans cette histoire, la psychologue Priscille Hunziker parle de la prise en compte de la souffrance. « Le voyage que fait la petite Emmy, c’est la métaphore d’un accompagnement psycho-spirituel », dit-elle mercredi 6 avril. Rencontre.

    jeudi 07 avril 2022
  • Noël, ou devenir des sauveurs sur les pas de Jésus

    Noël, ou devenir des sauveurs sur les pas de Jésus

    Au Liban, les habitants vivent l’intensité de la vie face à l’intensité de la mort, selon les mots du théologien et prêtre maronite Fadi Daou rencontré à Genève. Il invite notamment ses concitoyens à devenir des sauveurs… sur les pas de Jésus.

    mardi 21 décembre 2021
  • Noël, ou sortir de nos jugements

    Noël, ou sortir de nos jugements

    Thierry Lenoir est aumônier à 100% à la clinique de La Lignière à Gland. Cet ancien pasteur adventiste parle de l’esprit de Noël en termes de jugements moraux, sociaux et religieux à mettre de côté. Une réflexion qu’il partage dans l’émission Hautes Fréquences diffusée dimanche 19 décembre à 19 heures sur RTS La Première.

    mercredi 15 décembre 2021
  • « Votre couple a 2, 10, 30 ans au compteur ? Prenez-en soin ! »

    « Votre couple a 2, 10, 30 ans au compteur ? Prenez-en soin ! »

    On investit dans nos carrières professionnelles, dans nos maisons… mais pas assez dans notre couple. C’est le constat que dressent Marc et Christine Gallay, le couple pastoral de l’église évangélique (FREE) de Lonay. Qui pratique avec bonheur une méthode dite « Imago », qui met la cellule de base créée par Dieu à l’honneur. Rencontre.

    lundi 01 novembre 2021
  • « J’ai été un bébé volé du Sri Lanka »

    « J’ai été un bébé volé du Sri Lanka »

    Il y a quelques années, un trafic d’enfants proposés à l’adoption à des couples suisses secouait l’actualité. Sélina Imhoff, 38 ans, pasteure dans l’Eglise évangélique (FREE) de Meyrin, en a été victime. Elle témoigne avoir appris à accepter et à avancer, avec ses fissures, par la foi. Et se sentir proche du Christ né, comme elle, dans des conditions indignes. [Cet article a d'abord été publié dans Vivre (www.vivre.ch), le journal de la Fédération romande d'Eglises évangéliques.]

  • Des choix porteurs de vie

    Des choix porteurs de vie

    Abandonner la voiture et emménager dans une coopérative d’habitation ?... Deux couples de l’Eglise évangélique (FREE) de Meyrin ont fait ces choix qu’ils estiment porteurs de vie. « Le rythme plus lent du vélo a vraiment du sens pour moi », témoigne Thiéry Terraz, qui travaille pour l’antenne genevoise de Jeunesse en mission. « Je trouve dans le partage avec mes voisins ce que je veux vivre dans ma foi », lui fait écho Lorraine Félix, enseignante. Rencontres croisées. [Cet article a d'abord été publié dans Vivre (www.vivre.ch), le journal de la Fédération romande d'Eglises évangéliques.]

    vendredi 22 septembre 2023
  • Vivian, une flamme d’espoir à Arusha

    Vivian, une flamme d’espoir à Arusha

    Vivian symbolise l’espoir pour tous ceux que la vie malmène. Aujourd’hui, cette trentenaire tanzanienne collabore comme assistante de direction au siège de Compassion à Arusha, en Tanzanie. Mais son parcours de vie avait bien mal débuté… Nous avons rencontré Vivian au bureau suisse de l’ONG à Yverdon, lors de sa visite en mars dernier. Témoignage.

    jeudi 15 juin 2023
  • « Auras-tu été toi ? »

    « Auras-tu été toi ? »

    Elle puise dans le judaïsme de quoi nourrir sa foi chrétienne. La théologienne et pasteure Francine Carrillo écoute, calligraphie et fait parler les lettres hébraïques qui, selon elle et avec toute la tradition juive, sont porteuses de sens et d’espérance. Rencontre.

    lundi 20 juin 2022

eglisesfree.ch

  • Un·e responsable des finances (10%)

    Lun 29 janvier 2024

    Plus grande fédération d’Eglises évangéliques en Suisse romande, la FREE offre un cadre de travail dynamique et défiant, en lien étroit avec les autres acteurs du milieu chrétien évangélique romand, suisse et international. Dans ce cadre, la FREE recherche un·e responsable des finances.

  • Rencontre générale : une fédération utile

    Mer 29 novembre 2023

    La Rencontre générale du 25 novembre 2023 a permis de remercier Stéphane Bossel pour 23 ans d’engagements divers et importants dans la FREE. Elle a aussi permis à l’équipe de direction de partager quelques priorités, notamment le sens, les valeurs et la plus-value que la FREE peut offrir aux Eglises.

  • Rencontre générale de la FREE : l’équipe de direction souffle sa première bougie

    Sam 08 avril 2023

    La Rencontre générale de la FREE, qui a eu lieu le 1er avril 2023 à Aigle, a permis à la nouvelle équipe de direction de dresser un bilan, après tout juste une année de fonctionnement. Et ce qui saute aux yeux, c’est le grand nombre des défis à relever.

  • FREE : une première « Journée stratégique »

    Ven 03 février 2023

    Les personnes qui exercent un rôle dans la FREE se sont réunies en janvier pour réfléchir à la mise en œuvre de la nouvelle « gouvernance à autorité distribuée » (1). Retour sur une « Journée stratégique » conviviale et studieuse.

LAFREE.INFO

  • Le christianisme en marche pour célébrer 2033

    Ven 01 mars 2024

    Cent soixante dirigeants chrétiens, représentant cent vingt-trois mouvements de mission dans 60 pays, se sont rassemblés à Cracovie en février pour préparer la célébration des 2000 ans de la résurrection de Jésus. Fondateur de JC2033, Olivier Fleury se réjouit de la force qui réside dans l'unité.

  • Conférence : « La Fontaine des Larmes », un mémorial mettant en dialogue la Crucifixion et la Shoah

    Ven 01 mars 2024

    Le 23 février, l’artiste-sculpteur Rick Wienecke était invité dans les locaux de l’Eglise évangélique de Lonay pour présenter « La Fontaine des Larmes ». Devant une salle bien remplie, il a relaté comment sa quête spirituelle l’a amené à découvrir l’histoire et le pays d’Israël. Et comment sa rencontre avec le Christ l’a ensuite conduit à réaliser une oeuvre en hommage aux victimes de la Shoah.

  • Un grave accident de la route, en Tanzanie, touche une équipe de Jeunesse en mission

    Lun 26 février 2024

    Un accident de la route, survenu le 24 février près d’Arusha en Tanzanie, a fait onze morts et huit blessés dans une équipe de Jeunesse en mission.

  • Blaise-Alain Krebs : merci !

    Sam 24 février 2024

    Blaise-Alain Krebs est décédé le 19 février dernier. Par ses nombreux engagements, celui qui était éducateur spécialisé a marqué la vie de son Eglise, à Neuchâtel. Il a également servi la FREE comme vice-président du Bureau des rencontres générales.

Instagram

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !