1er décembre 1955, Montgomery (Alabama): une femme noire, Rosa Parks, rentre du travail en bus. Elle refuse de se lever pour céder sa place à un Blanc. Elle est arrêtée et emprisonnée. Il s’ensuit un boycott des bus par la communauté noire de la ville qui représente le 75% de la population. Les Noirs de Montgomery vont donc à pied… durant 381 jours! Le leader de ce mouvement est un jeune pasteur noir, peu connu à l’époque: Martin Luther King Jr.
L’amour radical
Peu après, des ségrégationnistes font sauter une bombe au domicile de la famille King. Personne n’est blessé, mais une foule en colère se forme. Plusieurs sont armés et crient vengeance. Martin Luther King prend la parole: « Pas de panique. N'utilisez pas vos armes. Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. Nous ne pouvons pas résoudre ce problème par le recours à la violence. A la violence, on doit répondre par une non-violence active ». Et il ajoute: «Je vous demande d'aimer vos ennemis...» La résistance non-violente s’inspire de Gandhi, mais l’action et l’appel du pasteur sont façonnés par l’Evangile. King croit que le message radical de l’amour de Jésus-Christ permettra à des millions de Noirs d’être reconnus comme des citoyens à part entière.
L’épître aux Romains s’adresse à des chrétiens persécutés. Pourtant, Paul les appelle à bénir leurs persécuteurs, à ne pas répondre au mal par le mal, à laisser agir Dieu pour faire justice, et surtout à être vainqueur du mal par le bien (1). Martin Luther King s’engage et devient le leader d’un mouvement de résistance par la non-violence… qui n'a rien à voir avec la non-résistance! Dieu nous appelle à résister au mal, à l’oppression, à l’injustice. Mais le mal doit être vaincu par le bien.
Pas de réponse au mal par le mal
La résistance non-violente n'est pas une forme de lâcheté ou de laxisme devant le mal. Les Noirs américains eux-mêmes ont été divisés sur cette question. A la même époque, Malcom X, un autre leader noir américain, appelle à la résistance armée et violente contre l’oppresseur blanc. Il accuse Martin Luther King de transiger avec le mal et d’être faible devant les Blancs. Pourtant la non-violence n’est pas une méthode pour les lâches. La résistance non violente nécessite beaucoup de courage et de force spirituelle.
Quand Jésus appelle à tendre l’autre joue (2), il n’encourage pas la faiblesse ou la lâcheté. Tendre l’autre joue, c’est refuser de rendre gifle pour gifle, œil pour œil et dent pour dent. Car la justice appartient à Dieu. Pour Jésus, la faiblesse est de répondre au mal par le mal. Il nous montre une voie nouvelle, celle de l’amour. Jésus a démontré que l’amour est la seule force capable de nous libérer et de vaincre l'ennemi. Jésus-Christ n’était pas un faible. Il ne s’est pas laissé marcher dessus. Il a résisté au mal et a remporté la victoire… en mourant sur une croix.
La force de l'amour
Martin Luther King croyait en Jésus-Christ et en son amour: «La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour». Face à la violence et au mal, difficile de croire que l’amour peut être la réponse adéquate! Pourtant, c’est la réponse que Dieu donne en envoyant Jésus-Christ. Aux yeux du monde, Jésus vient comme un faible. Il naît dans une étable et meurt sur une croix.
La logique humaine est exprimée par les moqueurs: « Il a sauvé les autres et il ne peut se sauver lui-même. Descends de la croix et nous croirons en toi! » (3). Mais l’amour du Christ va jusqu’au bout. Il accepte la souffrance, renverse notre logique, se donne et se sacrifie. Il nous apporte la délivrance, la liberté, la vie et la victoire sur le mal. Christ a montré le chemin et nous appelle à le suivre!
Ce n’est pas un chemin pour les faibles et les lâches. Au contraire, il est étroit et difficile, pour ceux qui ont le courage d’opposer l’amour du Christ au mal et à la violence. Tendre l’autre joue, c'est être assez fous pour croire que le mal sera vaincu par l’amour. C’est le chemin de ceux qui ont le courage d’aimer, en se laissant façonner par l’amour du Christ, conduire par la Parole de Dieu, et transformer par le Saint-Esprit.
Réconciliation plutôt qu’humiliation
Martin Luther King est convaincu d’une chose: la fin ne justifie pas les moyens. On ne peut pas atteindre des buts justes par des moyens injustes. Réconciliation, justice et paix sont impossibles, si l'on utilise la violence, le mensonge ou l’intimidation. Il dira en 1962: «L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine; seul l’amour le peut ». Un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits. La violence ne peut apporter la paix et l'harmonie.
Jésus-Christ amène la réconciliation avec Dieu et, par là, la réconciliation des humains entre eux. La résistance non-violente que prône Martin Luther King ne cherche pas l’humiliation, mais la réconciliation. Il ne veut pas vaincre les Blancs, mais les convaincre, les amener à la compréhension des souffrances de la communauté noire et de l’injustice dont elle est victime. King n’a jamais cherché à abaisser les Blancs pour élever les Noirs. Il n’a pas souhaité que les Noirs dominent les Blancs. Il a espéré qu’un jour, tous se reconnaissent comme enfants de Dieu et se considèrent comme frères. King ne se trompe pas d’ennemi. Il cherche la victoire de l’amour et de la justice, et non la victoire des uns sur les autres. Il s’agit de combattre les forces du mal, et non les personnes qui commettent le mal (4).
L'amour au quotidien…
King disait: «La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit ». La force de l’amour, c’est qu’elle fait du bien autour de nous et en nous. Aimer son ennemi, c’est refuser de se laisser gagner et dominer par le mal. Et essayer, avec l’aide de l’Esprit Saint, d’être vainqueur du mal par le bien. La non-violence, dans nos relations avec les autres et avec nous-mêmes, c’est résister au mal sous toutes ses formes.
Avons-nous le réflexe de répondre à la violence verbale par la non-violence verbale, dans notre famille, avec nos collègues? Mais attention, la non-violence n’est pas synonyme de non-résistance! Il y a des silences plus violents que des paroles… Si vous choisissez, pour la punir, de ne plus parler à une personne qui vous a froissé, où est l'amour des ennemis?
…face à la violence quotidienne!
La violence morale se traduit par des abus de confiance, des abus de pouvoir, des manipulations. Là aussi, le mal doit être dénoncé. Nous sommes appelés à y résister, tout en nous remettant à Dieu et en lui laissant le soin de rendre la justice.
La violence s’exprime de façon subtile, pour justifier les moyens employés par le but recherché. Là, le mensonge est particulièrement tentant: rien de tel pour nous assurer une vie harmonieuse, pensons-nous…
Martin Luther King s'attaque aussi à la critique. Sommes-nous capables de dire du bien de nos collègues, des frères et sœurs de l’Eglise? Savons-nous demander à Dieu de bénir notre patron, notre père ou notre belle-mère?
Notre monde est violent
Le message de King est pertinent aujourd’hui dans ce monde où les injustices sont nombreuses. Car la justice est l’amour mis en action. Le mal et le péché ont une dimension personnelle, mais aussi collective, sociale. Nous devons y résister, en nous engageant pour plus de justice.
Satan est à l’œuvre au travers de sociétés et de systèmes oppressifs que l’on peut qualifier de démoniaques. Nous devons être conscients de cela, afin de résister à ces formes sociales et collectives du mal et du péché: par exemple, le racisme, le matérialisme, l’exploitation économique, la domination et l’oppression politique ou religieuse, mais aussi les choix éthiques de notre société. Toutes ces choses diminuent et amoindrissent l’être humain. Car elles s’opposent à l’amour du Dieu créateur et rédempteur.
Martin Luther King disait: « Ce qui m'effraie, ce n'est pas l'oppression des méchants; c'est l'indifférence des bons ». Face au mal, la force de l’amour n’est pas de rester silencieux. La force de l’amour n’est pas la tolérance ou l’indifférence. La force de l’amour, c’est de suivre les traces de Jésus-Christ: aimer jusqu’au bout, non seulement nos amis, mais aussi nos ennemis. Comme Christ, avec Christ, nous serons vainqueurs du mal par le bien!
Cédric Chanson, pasteur dans l'Eglise évangélique La Colline à Crissier (VD)
Notes :
1) Ro 12.14, 17-21.
2) Mat 5. 38-44.
3) Marc 15, 31-32.
4) Voir Ep 6.12.