«Analyse des cultes online: un bilan» par Henri Bacher

Henri Bacher mercredi 13 mai 2020 icon-comments 6

Il est toujours délicat de se risquer à évaluer les pratiques cultuelles dans les Eglises évangéliques. Le vidéaste Henri Bacher en a fait l’expérience la semaine dernière avec l’évaluation des cultes online de Eglises FREE. Bilan d’une démarche qui se voulait bienveillante.

Le clip vidéo intitulé «Cultes confinés - Petit survol», qui accompagnait l’article «Evaluation des cultes online des Eglises FREE» a été retiré de la chaîne de diffusion. Certaines personnes se sont senties «jetées en pâture» par le clip, alors qu’il était question de faire réagir les lecteurs et de ne pas caresser les intervenants dans le sens du poil.

En lien avec l’analyse des cultes online des Eglises FREE, nous avons également réalisé un sondage auprès de quelques pasteurs à l’aide d’un questionnaire. Il en est ressorti que les plus grands problèmes de nos responsables d’Eglise étaient de trouver des gens compétents, de gérer de nouveaux instruments techniques et d’adapter le contenu.

La vidéo, un intrus triomphant et «chahuteur»

En fait, le monde des images et de la vidéo, c’est comme ce bonhomme de la caricature qui surgit au milieu d’un texte. Il le déchire en partie. L’image vidéo qu’on a été obligé d’utiliser a fonctionné comme un intrus, triomphant et chahuteur. Elle ne valorise pas le texte et toute la manière de rendre compte de ce texte. En bref : il est difficile de transposer nos cultes sur support numérique.

L’image par rapport au texte est toujours plus imposante dans sa manière de dire ou de ne pas dire les choses. Ce n’est pas pour rien que Dieu interdit le recours à l’idole, puissant rouleau compresseur de la spiritualité. L’image, c’est comme une loupe grossissante de ce qui est bien, mais aussi de ce qui est mal (du point de vue de l’image). Si vous lisez un texte à l’écran, comme un élève dans sa classe d’école, un certain public ne vous le pardonnera pas, parce qu’il est habitué à des stand-upper (quelqu’un qui donne l’impression d’improviser, alors que que son texte est composé pour la diffusion orale et appris par coeur).

Lorsque vous écrivez, vous faites attention à la grammaire. Avec l’image, c’est pareil. Il y a une «grammaire visuelle» et nos spectateurs-auditeurs sont des gens de plus en plus au clair avec les mises en images. Ils n’acceptent plus n’importe quoi. Comme pour l’écriture, on ne s’improvise pas présentateur ou prédicateur TV. Il y a certaines personnes qui passent bien à l’écran – c’est leur talent! –, et d’autres pas.
J’avais l’impression, en visionnant des bouts de culte online, que certains protagonistes se sont dit: «Bon, on est entre nous. Les gens comprendront! Vite fait, bien fait sur le gaz.» Seulement, ce dont on ne s’est pas rendu compte, c’est qu’au travers des réseaux sociaux, comme Youtube, Facebook ou Zoom, on est sur la place publique, au vu et au su de tout le monde.
Cette pandémie nous a mis devant une réalité existentielle différente. On découvre à nouveau notre fragilité humaine, mais dans le domaine de l’Eglise se découvre une autre fragilité, celle de la difficulté du contact avec notre prochain, dans un univers qui nous est étranger. C’est plus facile de prêcher devant un public captif, vissé sur sa chaise, qui ne peut pas aller fumer une clope ou boire un café, pendant que le prédicateur finit son speech ennuyeux. En guise d’excuse, c’est plus simple de décréter que le monde est postmoderne et qu’il ne s’intéresse plus à Dieu.

Comment continuer?

C’est comme si, à la Réforme, sous prétexte de l’émergence de l’imprimerie, les réformateurs avaient transformé leur église en librairie. On aurait lu et commenté des livres. On aurait partagé nos expériences avec le livre. On se serait échangé des bouquins. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait. Par contre, ils se sont inspirés de la manière de parler, d’analyser et de communiquer du livre pour rencontrer leur auditoire. Nous sommes appelés à nous inspirer du plateau de télévision pour communiquer, sans transformer l’Eglise en show télévisuel. Ce qui veut dire qu’il ne faut pas forcément continuer à diffuser nos cultes sur le net. Ça demande beaucoup de compétences.

Toutefois, dans nos murs, on ne pourra pas s’éviter un relookage qui s’inspire de la télévision. Il faut que le prédicateur arrête de lire un texte composé pour le livre, alors qu’il communique mieux en stand up, micro à la main et sans chaire. La chaire n’existe plus que pour les politiques et les pasteurs. Il faut coller au rythme télévisuel.

Les réseaux sociaux nous ont appris à participer, à communiquer et à commenter. Où se trouve dans nos rencontres du dimanche matin la possibilité d’intervenir? On est encore dans le cadre de l’école. L’élève est là pour apprendre et écouter le maître. Mais même ce modèle est caduc dans l’école laïque où on enseigne de plus en plus par participation et par expérimentation.

Henri Bacher

6 réactions

  • Philippe Henchoz mercredi, 13 mai 2020 18:08

    Quelques mots, à titre personnel, concernant l' « Analyse des cultes online: un bilan» par Henri Bacher.
    D'abord, merci pour cet article et pour le précédent.
    A vous lire, je constate qu'il n'est pas facile d'être passé au crible à l'heure où nous apprivoisons encore ces techniques nouvelles et où bien des choses sont bousculées. Et pourtant, c'est nécessaire, c'est le moment, avant que les plis ne soient trop pris ou de fausses assurances données.
    Les remarques constructives et participatives d'Henri Bacher sont utiles, pertinentes, solidaires et elles émanent à mon sens d'un homme respectueux, humble, compétent, expérimenté en la matière et qui, à bien des égards, propose une voix prophétique pertinente... même si parfois Henri rencontre chez moi aussi quelques résistances. Mais j'ai besoin et envie de l'entendre !
    J'ai été sensible à son article, j'espère que localement nous pourrons en tirer parti et améliorer ce que nous avons lancé à la mi-mars et qui semble appelé à durer et à se développer. Reste que certains paquebots sont plus difficiles à manœuvrer que d'autres... j'en fais encore l'expérience ;-)

    Je n'ai pas réagi sur le premier article, même si nous étions mentionnés du côté de l'EEM avec un fond de salle et une silhouette facilement reconnaissables ;-)
    Ma seule remarque sur le perfectible est qu'il aurait peut-être été utile / prévenant d'avoir préalablement un retour personnalisé (que j'avais par ailleurs sollicité en répondant au questionnaire).
    Pour le reste, la remise en question, accompagnée de bien des prévenances, n'est jamais inutile si nous savons l'accueillir.

    Il n'y a que ceux et celles qui n'entreprennent rien qui ne font jamais d'erreur... merci pour tout ce qui est mis en place du côté de la FREE pour nous aider au coeur de cette situation bien exigeante ! Vous avez toute ma reconnaissance et ma confiance.

  • Henri Bacher mercredi, 13 mai 2020 19:46

    Pourquoi parler d'erreur? Il n'y a pas eu d'erreurs. Il y a eu des essais, fort louables. En sciences beaucoup de découvertes se sont faites à partir "d'erreurs". Je mettrais en avant l'expérimentation. Beaucoup de chercheurs scientifiques, ont fait exploser leur laboratoire à la suite d'une expérience manquée, mais ça les a conduits plus loin. Pourquoi a-t-on peur de faire des cultes expérimentaux? De faire des "erreurs"? Résultat? On arrive à une situation comme celle dictée par la pandémie et on se trouve démuni. Vis-à-vis de ces changements culturels, la seule manière d'aller plus loin, ce n'est pas de lire mes conseils, mais de lancer des expérimentations.

  • Daniel Salzmann jeudi, 14 mai 2020 19:15

    J'ai remarqué dans vos articles cet apriori : C'est sur internet, donc c'est sur la place publique, au vu et au su de tout le monde.
    Je n'en suis pas si sûr. Devant la pléthore d'offre, il y a autant de chance qu'un inconnu s'arrête sur notre prestation numérique qu'il ouvre la porte d'une de nos nombreuses chapelles.

  • Olivia vendredi, 15 mai 2020 12:13

    Bravo pour le débat
    Je ne suis pas certaine que cela soit comparable entre pousser la porte de notre église et entendre ce qui se dit et donner un accès libre aux flots d’utilisation de nos données. Une info ci dessous du commissaire à la protection des donnés du conseil de l’Europe. ABS
    https://www.rts.ch/info/sciences-tech/11216543-zoom-dans-le-tourbillon-de-la-protection-des-donnees.html

  • Henri Bacher vendredi, 15 mai 2020 18:26

    En réponse au commentaire de Daniel Salzmann.
    La place publique, c'est comme la vitrine d'une boutique qui donne sur la rue et qui est accessible, sans restriction. Ce n'est pas parce que les gens n'y entrent pas, qu'elle n'est pas publique. Par contre, l'église est ouverte à certaines heures et vous n'y entrez pas n'importe comment, même si en principe, on peut y promener son chien, en arpentant, les allées du lieu de culte, le dimanche matin. Dans le parc public, la personne, avec son chien, pourra consulter un culte online, sans avoir peur de se faire regarder de travers. C'est ça la place publique. On a le choix.

  • Henri Bacher vendredi, 15 mai 2020 18:35

    Merci Olivia pour votre commentaire. Effectivement, l'utilisation des supports online pose un sacré problème aux chrétiens. Il n'y a pas seulement ZOOM, mais tous les autres supports sont à la même enseigne. Voici un clip que j'ai enregistré à Mexico sur ce thème-là:
    https://youtu.be/oL0q3Rvvm80

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