«James Packer: un pilier de l’Eglise globale» par Antje Carrel

Antje Carrel jeudi 23 juillet 2020

Vendredi dernier, peu après midi, le théologien évangélique James Innell Packer est décédé à 93 ans dans sa chambre d’hôpital donnant sur Regent College, l’établissement universitaire où il a enseigné la théologie systématique, puritaine et anglicane pendant une quarantaine d’années. Le monde évangélique perd l’un de ses géants. Un géant qui affirmait à tous ceux qui voulaient l’entendre : la théologie, c’est de la doxologie. La théologie, c’est de la louange !

Frêle dans ses dernières années mais toujours agenouillé devant son banc habituel de l’église anglicane de St John’s Vancouver… c’était là, tous les dimanches matin, que l’on pouvait trouver Jim Packer, en prière, 10 minutes avant le début du culte qui commençait à 8 heures tapantes. Cet homme humble et dévoué au Christ a œuvré toute sa vie pour l’établissement du Royaume de Dieu sur cette terre comme enseignant. Jim Packer avait l’habitude de dire à ses étudiants que, quoi qu’il fasse, il le faisait en tant qu’enseignant. Que ce soit lorsqu’il donnait un cours, une conférence ou alors qu’il écrivait un livre, avant tout son rôle était d’enseigner. En affirmant l’importance de la théologie comme spiritualité, l’importance de la centralité de la Bible et du catéchisme pour enfants comme pour adultes, Jim prenait à cœur son rôle d’enseignant pour que l’Eglise grandisse dans sa connaissance et son amour de Dieu.

Conversion à l’université

Jim vient d’un milieu anglais modeste. Il reçoit une bourse pour étudier au Collège de Corpus Christi de l’Université d’Oxford, où il fera de brillantes études en littératures classiques, c’est-à-dire en grec et en latin. Venant d’une famille anglicane sociologique, il se convertit à la foi chrétienne après deux semaines à l’université, lors d’une soirée d’évangélisation organisée par l’église anglicane de St Aldate’s. Jim avoue que sa personnalité a toujours été emprunte de cynisme, malgré son profond désir d’être réaliste. Lors de son cheminement de conversion en tant que jeune homme, le livre biblique de l’Ecclésiaste est d’une grande aide pour lui. L’Ecclésiaste continuera à le marquer tout au long de sa vie, alors que l’auteur est un « post-cynique », qui a fait face au cynisme et n’y succombe jamais, mais continue à placer son espoir en Dieu.

Spiritualité puritaine

Lors de ses années en tant qu’étudiant, Packer est responsable de la petite bibliothèque nouvellement créée par les GBU. C’est dans ce cadre-là qu’il redécouvre des figures de la spiritualité puritaine telles que John Owen, Richard Baxter, Richard Greenham et William Perkins. Avec assiduité, il se lance dans l’étude des puritains des XVIe et XVIIe siècles à la source de mouvements de renouvellement de la foi dans un contexte anglophone, devenu mou et endormi (1). Il écrira même une thèse de doctorat sur Richard Baxter. Lorsqu’on demande à Jim pourquoi notre société du XXIe siècle a besoin des puritains, il répond avec assurance en un mot : « Maturité ». Selon lui, la maturité est une combinaison de sagesse, de bienveillance, de résilience ainsi que de créativité. Il déclare que les puritains démontrent de la maturité, mais nous non ! Nous sommes des « nains spirituels » comparés à eux. Tout comme les puritains, Packer s’est considéré comme un « médecin des âmes », qui devait enseigner la manière d’appliquer la vérité du Christ dans notre vie quotidienne, la manière de vivre à la suite du Christ en devenant saint comme Dieu est saint. Selon Packer, nous tous qui sommes les serviteurs de Jésus-Christ, nous nous devons de promouvoir et de sauvegarder la santé et l’humanité au sein du peuple de Dieu, et nous avons besoin de la spiritualité afin de faire cela. Jim, ici, renvoie à une définition de la spiritualité comme quête de la foi chrétienne où il s’agit de rechercher, d’atteindre et de cultiver une communion avec Dieu, qui comprend non seulement le culte public et le culte personnel, mais aussi leurs fruits dans la vie quotidienne.

La centralité de la Bible

Un des renouvellements que les puritains encouragèrent dans le contexte de l’Eglise anglaise et nord-américaine fut l’affirmation de la centralité de la Bible comme la révélation divine suprême. Tout comme les puritains, Jim œuvra sa vie durant à montrer l’autorité de la Bible. Il se réfère notamment au Psaume 119 comme à l’un des plus impressionnants témoignages bibliques de l’autorité de la Parole de Dieu. Les 176 versets, hormis un, parlent explicitement ou implicitement de ce que le psalmiste appelle la parole de Dieu, ses décrets, ses prescriptions, ses promesses, ses instructions et ses commandements, qui tous révèlent la volonté de Dieu pour l’humanité.

Jim considéra comme l’une de ses plus grandes contributions à l’Eglise globale sa participation comme éditeur général à la traduction de la Bible en anglais « The English Standard Version » (ESV), qui a été vendue à des millions d’exemplaires. Cette traduction est avant tout littérale et reste la plus proche possible des textes originaux, tout en faisant usage d’une langue orale et moderne, afin que la traduction soit pertinente pour toutes les générations. 

Le catéchisme pour tous les âges

Aider les chrétiens à lire la Bible tout en se soumettant à son autorité n’est pas la seule contribution que Jim a apportée à notre Eglise actuelle. L’appel clair de Jim en tant qu’enseignant révèle les mêmes préoccupations qu’ont eu avant lui les puritains qui mettaient l’accent sur la « prédication expositoire » ainsi que sur la nécessité de catéchiser les chrétiens. Le fait que Packer se soit retrouvé à Regent College, une faculté de théologie pour laïcs, n’a pas été une coïncidence. Constatant que les membres des Eglises manquaient de fondements de catéchisme, il s’est mis à enseigner des étudiants venant de toutes parts, que ce soit professionnellement ou culturellement. Les 47 livres qu’il a écrits contribuent à cette catéchisation de l’Eglise à laquelle il a œuvré toute sa vie.

Enseigner les bases de la foi chrétienne a vraiment été une priorité pour Jim. Il mit sur pied dans son Eglise locale un cours de catéchisme, qui, au travers d’une étude approfondie du Symbole des Apôtres, du Notre Père et des Dix Commandements, offre un cadre dans lequel tout chrétien peut grandir dans sa connaissance de Dieu et vivre selon la vérité du Christ révélée au quotidien.

Il n’est pas surprenant que le livre préféré de Jim Packer soit le classique de John Bunyan, « Le voyage du pèlerin » (2). Selon Jim, ce chef-d’œuvre d’imagination est un catéchisme symbolique pour la vie chrétienne. Toutes les leçons que l’auteur veut enseigner à ses lecteurs se trouvent dans cette histoire magnifiquement conçue. C’est avant tout en tant que catéchiste d’adultes que Jim se définira jusqu'à la fin de sa vie.

Un pilier à l’édifice du Corps du Christ

Cet homme humble, aimant et à l’humour anglais facile, laisse derrière lui une spiritualité puritaine qu’il a contribué à faire redécouvrir. Jim Packer est une voix qui a œuvré à montrer la centralité de l’autorité de la Bible, une voix qui appelle les chrétiens à la sainteté au quotidien en étant ancrés dans les Ecritures, l’histoire de l’Eglise et les bases de la foi chrétienne. Ainsi l’Eglise ne perd pas qu'un géant, mais elle ajoute un pilier à son édifice, un pilier sur lequel de nombreuses générations à venir pourront se tenir fermement.

Antje Carrel, ancienne étudiante au Regent College (Vancouver)

 

Notes
1 James Innell Packer, A Quest for Godliness : The Puritan Vision of the Christian Life, Wheaton, IL : Crossways, 2010, p. 36.
  • Encadré 1:

    «Connaître Dieu», le best-seller de James Packer

    L’un des livres les plus connus de James Packer est traduit en français. Il s’agit de « Connaître Dieu ». Sa rédaction a commencé sous la forme d’articles bimensuels sur la connaissance de Dieu, sur la manière de vivre avec Dieu en tant que chrétien. James Packer, en écrivant ces articles, n’a pas réalisé qu’il était en train d’écrire un livre qui sera l’un des plus importants textes évangéliques du XXe siècle. Dans ce classique de la foi, Jim affirme qu’il a tenté d’évangéliser les gens qui sont prêts à réfléchir. Selon lui, il faut les frapper, et les frapper si fort que le message entre par une oreille et ne ressorte pas par l’autre, mais reste coincé dans le cerveau.

    La première partie de « Connaître Dieu » différencie la connaissance à propos de Dieu et la connaissance personnelle de Dieu, alors que la deuxième explore les attributs les plus importants du Seigneur : l’amour de Dieu, Dieu comme Juge, la grâce de Dieu. La troisième partie se pose la question : « Qu’est-ce que toutes ces choses veulent bien dire pour un chrétien ? »

    Le style de James Packer est facile et agréable, alors que son message est percutant, plein de sagesse et d’expérience.

    James Packer, Connaître Dieu, Charols, Grâce et vérité, 2019, 336 p.

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