Henri Blocher fête ses 80 ans

vendredi 18 août 2017

Le 3 septembre, le théologien évangélique français Henri Blocher fêtera ses 80 ans. Rencontre avec un homme qui a contribué à forger l’identité évangélique en francophonie et dans le monde anglo-saxon durant ces 50 dernières années.

Henri Blocher, vous aurez prochainement 80 ans. Qu'est-ce que cela vous fait d'évoquer un tel anniversaire ?
Je remercie d'abord le Seigneur de me permettre d'atteindre cet âge. A 80 ans, je ne me sens pas si expérimenté que cela. Je ne me sens pas si vieux que cela non plus ! Sur bien des questions, je me sens encore un « petit jeune » qui essaye d'aborder un sujet qui est trop difficile pour lui, et qui le fait avec l'aide de ceux qui l’ont précédé.

Lorsque vous regardez en arrière, quel a été votre apport essentiel à la réflexion théologique en milieu évangélique ?
Il me semble, mais je suis mauvais juge parce que c'est aux autres de juger ce que j'ai pu apporter… Il me semble donc que mon apport a été d’aiguiser des éléments qui se trouvent dans l'héritage évangélique (1) dont j'ai bénéficié et que je crois sains (2).

Quels sont ces éléments ?
Très jeune, j’ai pu clarifier la doctrine des choses de la fin qui m’avait été inculquée. J’ai aussi permis de clarifier ce qui concerne le châtiment éternel. Je pense qu'on s'égare lorsqu'on essaye, à cause de la sensibilité contemporaine particulièrement vive et des réactions qui sont assez naturelles, d'éviter l'enseignement biblique sur l'existence d'un châtiment éternel. Je pense que, en réagissant ainsi, on s'égare, mais en même temps les représentations les plus courantes du châtiment éternel ne sont pas justifiées par l'enseignement biblique. Elles sont importées de l'extérieur, et elles accroissent beaucoup la difficulté à recevoir cette doctrine. Donc c'est un endroit où je pense avoir clarifié les choses et fait avancer un peu la réflexion, sans m’éloigner de ce que l'on peut appeler l'orthodoxie (3).

Sur le problème du mal, il me semble avoir mis en place quelques apports qui me paraissent fondamentaux. Il n’y a pas là de restructuration fondamentale de la théologie. Je maintiens la théologie évangélique qui me vient de la Réforme et de la Bible, mais j'espère avoir aidé à une clarification de certains points (4).

N’avez-vous pas l'impression, par votre lecture des premiers chapitres de la Genèse, d’avoir fait évoluer la compréhension de ces récits en milieu évangélique ?
Ce qui m'en donnerait le sentiment, c'est qu’il y a un nombre assez considérable de personnes, souvent de jeunes théologiens qui sont maintenant connus, qui m'ont confié que la lecture de Révélation des origines (5) ou de sa traduction anglaise a été assez décisive, alors qu'ils étaient étudiants et que leur théologie commençait à s’élaborer. Apparemment, cela a été pour eux libérateur et donc je me réjouis si ce livre a pu jouer ce rôle.

Y a-t-il d'autres éléments où vous vous dites que, sur la durée, vous avez permis au mouvement évangélique francophone et aussi anglophone d'évoluer et de quitter certains travers qui étaient les siens ?
De nouveau, je ne voudrais pas me glorifier de choses qui ne sont peut-être pas du tout de mon fait. Il y a des évolutions dont je suis heureux et auxquelles j'ai peut-être contribué. Une des plus importantes, c'est l'union des évangéliques. Pour moi spécialement en France. Il me semble que la situation où nous sommes est particulièrement favorable. La création du Conseil national des évangéliques de France en 2009 (CNEF) a été un événement marquant pour toute l'histoire religieuse de l’hexagone. A mon sens, cette situation est plus favorable que celle que l'on voit dans d’autres pays. Or, il est sûr que j’ai depuis un certain nombre de décennies tenté de mouvoir les choses dans ce sens. Je suis très heureux que certains aspects du ministère que j’ai eu ait favorisé cette réconciliation des évangéliques qui a eu lieu dans la première décennie du XXIe siècle, aboutissant à la création de ce CNEF en 2009. Ce rassemblement me réjouit par la manière dont il fonctionne et dont la collaboration se réalise.

Ce qui est important de mettre en avant à ce propos, c’est qu’il y a non seulement des évangéliques de type classique ou même conservateur, qui sont impliqués, mais aussi une frange importante de la mouvance pentecôtiste…
Oui, je pense que, si on simplifiait beaucoup les choses, on pourrait dire que ce qui a permis la création du CNEF, c'est la réconciliation entre les pentecôtistes des unions les plus sobres et solides, et les évangéliques classiques qu'on appelle non pentecôtistes. C'est cela qui est l'événement dont le CNEF est le résultat et qui marche aujourd'hui grâce en particulier à la grande qualité des leaders : le président Etienne Lhermenault, le directeur Clément Diedrichs et d'autres encore… Je remercie le Seigneur d'avoir suscité de tels hommes.

Si vous regardez dans le rétroviseur vos 50 ou 60 ans d'activités théologiques, y a-t-il des choses que vous regrettez ?
Je reconnais que j'ai assez mal géré ma dépense d'énergie. J'ai écrit beaucoup d'articles et assez peu de livres. J’en ai écrit un certain nombre, mais assez peu par rapport à ce que j'aurais pu faire. Or, je vois bien que les articles souvent sont oubliés et que probablement les gens ne les lisent pas tellement. J'ai eu beaucoup plus de renvois, d’échos et d'échanges intéressants à partir de la publication de mes livres qu'à partir de celle de mes articles, alors que j'ai fait peut-être un travail plus considérable pour la somme de tous les articles que j'ai écrit. Là on peut donc dire que je n'ai pas très bien su faire les choses comme j’aurais dû, mais je ne le regrette pas tellement.

Il y a un livre qui est attendu depuis longtemps par beaucoup, c'est celui de la thèse de doctorat d’Henri Blocher sur le baptême… Est-ce toujours à l’ordre du jour ?
Je n'ai jamais rédigé ma thèse de doctorat. Deux établissements qui sont de belles institutions – et j’en suis très honoré – m’ont conféré un doctorat, mais je n'ai pas rédigé ma thèse sur le baptême. En fait, cette thèse ne portait pas sur le baptême seul, mais sur la fonction du baptême et de la sainte scène. Je dois finir la rédaction d'un livre grand public sur le sujet de l’Eglise et des sacrements, mais ce n'est pas encore fait. J'espère finaliser ce projet prochainement.

Propos recueillis par Serge Carrel

 

Notes

1 Voir l’interview vidéo de Ciel ! Mon info avec Henri Blocher : « Le salut dans une perspective évangélique ».

2 Voir à ce propos la contribution d’Alain Nisus dans le livre-hommage à Henri Blocher à l’occasion de son 75e anniversaire : « La contribution d’Henri Blocher à la réflexion théologique », p. 11-46 in Alain Nisus (dir.) L’amour de la sagesse. Hommage à Henri Blocher, Charols, Excelsis, 2012, 406 p.

3 Henri Blocher, L’espérance chrétienne, Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2012, 160 p. Voir aussi l’émission Ciel ! Mon info sur ce sujet avec Henri Blocher.

4 Henri Blocher, Le mal et la croix. La pensée chrétienne aux prises avec le mal, Charols, Excelsis, 20122, 208 p. Voir aussi la conférence d’Henri Blocher sur ce sujet dans le cadre du RTE.

5 Henri Blocher, Révélation des origines. Le début de la Genèse, Genève, PBU, 20013, 264 p.

  • Encadré 1:

    Henri Blocher en bref

    Henri Blocher est le né le 3 septembre 1937 aux Pays-Bas. Fils du pasteur baptiste Jacques Blocher, il enseigne la théologie systématique à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine depuis 1965, dont il est le doyen honoraire. De 2003 à 2008, il a enseigné au Wheaton College, une université évangélique près de Chicago.

    Henri Blocher est membre de l’Eglise évangélique du Tabernacle à Paris. Il est marié à Henriette et il est père de trois enfants.

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