La République Démocratique du Congo (RDC) traverse sa 17e épidémie d’Ebola, et celle-ci risque d’être la plus meurtrière depuis 1976. Du début de l’épidémie mi-mai jusqu’au 29 août dernier, près de 6000 cas confirmés dont 2862 décès ont été rapportés en RDC, soit une létalité de 48,1%. Près de 900 patients sont en isolement tandis que 1330 personnes ont été guéries.
Le risque de propagation inquiète
Six provinces du pays sont touchées mais l’épicentre de l’épidémie demeure en Iturie, une région où la Communauté Emmanuel est implantée. « Je connais bien l’Iturie car nous y avons travaillé », relève Yvonne Dind, ancienne missionnaire à la Communauté Emmanuel* en RDC, à Nyankunde, et membre de l’Église de Villard (FREE) à Lausanne. « Un des problèmes majeurs est le fait que la population est effrayée par cette maladie. Les personnes atteintes et mises en isolement deviennent littéralement ‘invisibles’ pour leurs proches ».
Les visites physiques sont interdites ou extrêmement limitées pour éviter la contagion. De plus si le patient décède, les rites funéraires traditionnels (laver et veiller le corps) sont souvent interdits pour des raisons sanitaires, ce qui terrifie les familles. Pour la population, entrer dans ces centres médicaux équivaut parfois à une sentence de mort. Pour échapper aux autorités sanitaires, les malades se déplacent vers d’autres villages ou d’autres villes, propageant ainsi le virus. « L’épidémie se répand à une allure foudroyante ! En ce moment il y a des craintes que l’épidémie puisse se répandre jusqu’à Kinshasa, par des personnes fuyant par bateau, mais là aussi il y a de sérieux contrôles avant d’entrer dans les embarcations », souligne Yvonne Dind.
La radio au service de la prévention
Différents acteurs font des efforts de prévention et de sensibilisation pour enrayer l’épidémie comme la Radio Télé Évangile Réconciliation (RTER), à Nyankunde. Son directeur, Jean-Luc Simbilyabo, est encouragé de constater une « amélioration sensible » au centre médical évangélique de Nyankunde. Un centre où de nombreux envoyés de la FREE ont servi entre 1960 et 1990, en tant que médecins, infirmiers et menuisiers.
« Six personnes sont déjà guéries, quatre poursuivent encore leur traitement et vingt cas contact restent en observation pour vingt-et-un jours, a-t-il déclaré le 24 août à Emmanuel Ziehli, président de Medias Ébène* et ancien directeur de Radio R. Ces résultats encourageants sont aussi le fruit des multiples sensibilisations à la radio, qui ont aidé la population à mieux respecter les mesures barrières et à s’impliquer activement dans la lutte. « Même si la RDC continue de faire face à une épidémie importante, nous gardons espoir : les mesures barrières respectées par la population et l’appui spirituel de vos prières nous fortifient énormément », ajoute Jean-Luc Simbilyabo.
Medair sur le terrain
De nombreux centres d’Ebola sont organisés par l’OMS et tenus par différents acteurs : hôpitaux du gouvernement, MSF, Samaritan Purse, et des ONG comme Medair. Avant la déclaration de l’épidémie, Medair soutenait 46 établissements de santé dans la prestation de soins. Environ 1500 personnes sont prises en charge chaque jour dans ces centres de santé soutenus par Medair, soit une trentaine de personnes par établissement. L’ONG suisse maintient le fonctionnement des services de santé tout en les adaptant au contexte de l’épidémie d’Ebola.
L’organisation dispense des soins gratuits afin d’éliminer les obstacles financiers et veille à ce que les établissements puissent effectuer ces actions : identifier, isoler et orienter en toute sécurité les cas suspects d’Ebola, tout en poursuivant les soins de santé maternelle et infantile ainsi que les soins généraux, afin d’éviter une augmentation de la mortalité due à d’autres causes.
Riposte ciblée contre Ebola
De façon plus ciblée, Medair tente d’intervenir rapidement face aux nouveaux foyers (même en cas de détection d’un seul cas confirmé) et étend ses activités à d’autres zones de santé touchées par Ebola. L’ONG gère un Centre de traitement Ebola (CTE) de vingt lits à Katwa (ville de Butembo, province du Nord-Kivu) pour la prise en charge des patients. La demande en lits dépassant l’offre actuelle, des travaux sont en cours pour ajouter dix lits supplémentaires. Elle gère également une unité d’isolement de vingt-quatre lits à Sota (zone de santé de Nyankunde) pour assurer le traitement initial des patients suspectés d’Ebola. Des travaux sont en cours pour augmenter la capacité de l’unité d’isolement et garantir sa conformité.
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*Un livre relatant les 100 ans de la Communauté Emmanuel, écrit par Robert Watt, vient de paraître : « Love Mountain, 100 years of God’s faithfulness in Nyankunde » (en anglais seulement). Le parcours d’Yvonne Dind, ancienne missionnaire et actuellement membre de l’Église de Villard, à Lausanne, est documenté sur plusieurs pages.