Science et foi doivent-elles s’opposer ?

Différentes images de l'univers

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Science et foi sont-elles destinées à s'opposer? Pour Jean-René Moret, docteur en études théologiques et physicien EPFL, actuellement secrétaire général des GBEU*, elles peuvent au contraire se nourrir mutuellement et se compléter. Perspectives. [Ce texte d'opinion est paru d'abord dans le journal 24heures du 29 août.]

Un grand cliché de notre époque est que religion et science sont irrémédiablement destinées à s’opposer. Certains ne comprennent pas que j’aie fait un parcours complet de théologie après un master en physique de l’EPFL, voire le voient comme une trahison. Pourtant, science et foi peuvent se nourrir mutuellement et se compléter. Trois axes méritent d’être abordés à ce sujet : les origines de la science moderne, ce vers quoi la science pointe au-delà d’elle-même, et ce que la science ne permet pas de faire.

La science est apparue dans l’occident chrétien

Tous les pionniers de la science moderne opéraient dans un cadre chrétien, et la plupart étaient eux-mêmes des chrétiens convaincus. Nombre d’historiens des sciences soulignent que les conditions matérielles pour l’émergence de la science ont été réunies à bien des moments de l’histoire. Cependant, elle n’est apparue qu’en occident chrétien, avant de gagner le monde. Plusieurs convictions chrétiennes l’expliquent.

L’idée d’un créateur intelligent à qui nous ressemblons suggère un ordre dans la nature, et un ordre que nous pouvons saisir. Croire en un Dieu unique permet de penser que les mêmes règles s’appliquent à des domaines et des phénomènes différents. La foi en un Dieu personnel capable de choix impliquait la nécessité d’observer et de mesurer pour déterminer quels choix il avait fait, contre le déterminisme logique des Grecs. Finalement, pour les pionniers, comprendre la création permettait d’admirer et honorer son auteur.

Des raisons philosophiques plus que scientifiques

L’idée que la science devrait se libérer d’une foi obscurantiste par nature pour progresser a premièrement pris force par des littéraires tels les encyclopédistes, non par des scientifiques. Ces idées ont si bien pris racine qu’au début du XXe siècle, les scientifiques considéraient l’univers comme éternel et immuable, pour des raisons philosophiques : l’inverse aurait semblé trop chrétien.

Entretemps, l’avance de la science a confirmé que l’hypothèse du Big Bang, d’un début absolu à notre monde, correspondait aux observations sur notre monde. De plus, notre univers a des caractéristiques apparemment arbitraires, mais indispensables à l’émergence d’une vie complexe.

Un univers pensé pour permettre la vie ou des multivers?

À ce jour, seules deux approches l’expliquent : soit l’univers a été pensé intentionnellement pour permettre une vie intelligente. Soit il existe un multivers, une quasi infinité d’univers tous différents. La plupart des univers seraient stériles, et nous observerions le nôtre uniquement parce qu’il a permis notre apparition. Ni Dieu ni cette infinité d’univers ne sont scientifiquement observables.

Les deux approches sont donc métaphysiques. Le regard théiste a pour lui de ne pas avoir été inventé pour expliquer les observations : un juif d’il y a trois mille ans aurait su vous dire que le monde était l’œuvre d’un créateur intelligent, un matérialiste d’il y a cent ans ne pensait pas qu’il y ait une infinité d’univers.

La science, compatible avec le regard chrétien

Le regard chrétien sur le monde est fructueux pour faire de la science. La science est compatible avec le regard chrétien sur l’origine du monde. Cependant la science à elle seule n’est pas équipée pour donner sens à l’existence, ni pour donner une idée de ce qu’il est juste de chercher dans notre monde, ni pour dire comment vivre des relations saines, aimer, pardonner ou consoler lors d’un deuil.

Ce n’est pas un reproche, ces choses ne sont simplement pas de son ressort. La science est volontairement aveugle quant aux questions de but, de sens, de liberté, etc. Chacun aura besoin d’une autre approche que la science pour tout l’aspect humain. J’ai pour ma part trouvé que l’approche chrétienne était fructueuse, et valait d’être partagée.

*Groupes Bibliques des Écoles et Universités: https://www.gbeu.ch/