Un pape pour cinq continents : le regard d’un théologien catholique africain

1 mars 2013

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A la veille de la nomination du successeur de Benoît XVI, l’équipe des émissions religieuses de la RTS propose un état des lieux du catholicisme et du christianisme en général à travers les cinq continents. Selon le théologien congolais Bénézet Bujo, la foi chrétienne en Afrique est florissante.

Suite au retrait de l’Allemand Joseph Ratzinger à la tête de l’Eglise catholique, le prochain pape sera-t-il Asiatique ? Nord ou Sud-Américain ? Africain ? Si les noms de plusieurs papables circulent, le successeur de Benoît XVI devra être un homme « de foi, dynamique et prophétique », estime  Bénézet Bujo, ancien professeur de théologie morale et d’éthique sociale à l’Université de Fribourg. « S’il est Africain, je m’en réjouirai bien sûr, poursuit ce prêtre originaire du continent noir. Cela signifiera que l’on commence à tenir compte de la maturité du christianisme de ce continent. Mais j’accepterai tout pape qui devra tenir compte de toutes les cultures et traditions de l’Eglise et encourager les divers christianismes. »

Essor du christianisme en Afrique
Dans une période de sécularisation croissante, le continent africain connaît une augmentation du nombre de croyants, qu’ils soient protestants, catholiques ou… musulmans ! Selon des sources concordantes, plus de 46% des Africains se rattachent au christianisme contre plus de 40% à l’islam et près de12 % aux religions traditionnelles. « On n’a pas l’impression que le sécularisme constaté ici est vécu de la même façon en Afrique, explique Bénézet Bujo. Cela tient au fait que la religion africaine est toujours prise comme le soubassement de la croyance. Comme le disait un théologien africain : le mérite du christianisme n’est pas  de nous avoir apporté la conception de Dieu, puisque nos ancêtres connaissaient le Dieu unique. Mais le mérite du christianisme est de nous avoir apporté la conception de Dieu en Jésus-Christ. En cela, il a prolongé l’aspiration des Africains. »

Influence du mouvement charismatique
Sur les plus de 500 millions de chrétiens que compte aujourd’hui le continent africain, 160 millions sont catholiques et 340 millions protestants. « Il y a des piétés avec des accents différents », commente Bénézet Bujo, non sans souligner que les théologies africaines se révèlent résolument œcuméniques. Le protestantisme  a été le premier à s’ouvrir aux mouvements charismatiques, ce qui explique en partie son succès. Mais le catholicisme en Afrique a également adopté aujourd’hui ce type de piété. « Le rite zaïrois par exemple en est une illustration : on danse autour de l’autel quand on chante la louange de Dieu – ce qui est très africain. Mais à l’image de certaines ethnies qui disent que quand on danse les défunts, ceux-ci se retrouvent au milieu de nous, les fidèles dansent à la messe, pour que le Christ ressuscité devienne plus présent au milieu d’eux ! »

Le christianisme est pluriel
Si la foi chrétienne a ainsi le vent en poupe en Afrique, Bénézet Bujo n’en estime pas moins que l’un de ses défis actuels réside en son approfondissement. « Il ne faut pas que les croyants en restent à un christianisme reçu dans son enveloppe européenne, soit dans une culture occidentale. Cet emballage correspond à une  compréhension, une sensibilité qui n’est pas la leur. Comme l’a dit une fois le pape Paul VI à Kampala : ‘Soyez vos propres missionnaires !’ Comprenez : la foi doit s’incarner. Il y a un seul Dieu, un seul Jésus-Christ, mais plusieurs christianismes… dont le christianisme africain ! » 
Gabrielle Desarzens
« 1 pape – 5 continents » : une série A vue d’esprit sur RTS Espace 2 du 4 au 8 mars à 16h30. Bénézet Bujo ouvre la série lundi 4 (rts.ch/esprit) au micro de Gabrielle Desarzens.