« Soyons clairs : je me voyais plus évangéliste dans la rue. Mais pendant mes études à l’institut biblique Ibeto d’Orvin puis à Emmaüs, l’amour de l’Eglise comme le désir de m’occuper de ceux qui la composent sont nés en moi. » Thierry Cuny, 46 ans, n’a rien du pasteur évangélique type : pantalon trois quart, baskets et veste de jogging, il est le nouveau pasteur de l’Eglise FREE de Lonay. Né en banlieue parisienne dans une famille ouvrière, il n’y a reçu aucune éducation religieuse. Après une scolarité ratée – selon ses propres mots – au terme de laquelle il n’a pas même obtenu de brevet, il s’est inscrit au chômage à 16 ans, puis a vécu de délinquance et de petits boulots.
Les jeunes doivent trouver leur place dans l’Eglise locale
Thierry Cuny a gardé sa gouaille parisienne. Avec laquelle il affirme aujourd’hui sans aucune hésitation que les priorités actuelles de l’Eglise doivent être la prise en charge de la jeunesse et l’évangélisation. Depuis 2 mois en poste à Lonay, il se lance d’ores et déjà le défi que les jeunes y soient dynamiques, qu’ils y trouvent leur place, et que le Royaume de Dieu s’étende dans la région. « Jésus ? Moi ça m’est tombé dessus. J’avais 24 ans. » Et cet homme plein de verve de reprendre le fil de sa vie : « Je me suis engagé pour trois ans dans les troupes de marine en France à 17 ans et demi, mais j’ai ‘explosé’ au bout d’un an et suis revenu à la case départ chez mes parents. »
Il comptabilise ensuite 6 ans de drogue. « Pour faire court, j’ai goûté à tout et c’était pratiquement tous les jours. » Et puis c’est la rencontre avec un ancien pote de boxe et de drogue, « bien habillé et tout, le choc, quoi », qui lui parle du Christ. « Il s’était converti. Et en face de lui, je ressentais un nœud immense dans le ventre. Je n’arrivais pas à le regarder dans les yeux. Il dégageait une vie changée par Dieu, une foi dans ce qu’il proclamait. J’ai tout de suite réalisé qu’on était en présence de deux royaumes, avec un éclairage aveuglant sur le mien, qui m’a bousculé. Chaviré. »
« J’ai pris un coup de jus »
S’il trouve prétexte pour abréger sa rencontre avec cet ami, Thierry est rattrapé à Paris par un groupe de jeunes qui faisait de l’évangélisation et qui l’invite à un culte. « C’était le rendez-vous que Dieu m’avait fixé. Clairement. Au deuxième appel, ce dimanche-là, j’ai pris un coup de jus, je me suis retrouvé devant. » Thierry Cuny parle, et revit chaque moment-clé de sa vie avec émotion. « J’ai intégré par la suite une communauté chrétienne qui servait Christ par l’action sociale. J’ai passé un brevet d’animateur et j’ai travaillé avec les gosses. » Se décide ensuite son départ en Afrique, où il fait une école de disciple et une école d’évangélisation avec Jeunesse en mission (JEM). Il y rencontre Fati, sa femme et la maman de leurs quatre enfants, impliquée alors dans les Fabricants de joie au Burkina Faso.
Désormais en Suisse, Thierry Cuny connaît pour la première fois un engagement de pasteur à plein temps. Venu sous nos latitudes avant tout pour se former, il continue avec sa femme africaine, musulmane de naissance, à goûter à la joie quotidienne de connaître un Dieu de proximité, qui lui et qui leur apporte une lumière et une saveur uniques dans l’existence. Qu’il entend partager : il appelle d’ailleurs chaque chrétien à se faire colporteur de ce sel et de cette lumière sur le chemin de la vie.
Gabrielle Desarzens