Quel regard portez-vous sur l’influence croissante de la politique dans les grandes compétitions internationales ?
Le sport n’évolue pas dans un monde déconnecté des réalités géopolitiques. On le voit notamment à travers certaines tensions diplomatiques qui peuvent influencer les grandes compétitions internationales. La FIFA possède une influence considérable, au point d’avoir un poids supérieur au PIB de certaines nations. Mais il est important de constater que, malgré cette puissance, ce n’est pas la FIFA qui établit les règles. D’une certaine manière, chaque nation reste souveraine.
Pour ma part, j’avais choisi de boycotter la Coupe du monde au Qatar en 2022, car ce pays ne respecte pas les chrétiens. Le Qatar n’est pas non plus exempt de liens avec le djihadisme, selon plusieurs enquêtes. Je pense qu’il est important d’avoir une réflexion cohérente sur ces sujets.
Accompagnez-vous actuellement des joueurs de l’équipe de France de football?
Il n’existe pas de service d’aumônerie officiellement rattaché à l’équipe de France. Ce sont les joueurs eux-mêmes qui choisissent de faire appel à un accompagnateur spirituel lorsqu’ils en ressentent le besoin. Ils ont donc la possibilité de me solliciter, mais je reste tenu par une clause de confidentialité.
Comment accompagnez-vous les sportifs ?
D’abord, il y a beaucoup d’écoute active pour permettre aux sportifs de vider leur sac. Ils portent beaucoup de choses : la concurrence, la pression, les blessures, les attentes. Ensuite, il y a la prière, selon les besoins de chacun. Certains demandent aussi des études bibliques pour mieux interpréter les textes et apprendre à les appliquer dans leur quotidien. Le terrain de sport n’est pas déconnecté de la vie spirituelle.
Quels sont les passages bibliques qui reviennent souvent dans vos échanges ?
Les sportifs de haut niveau ont souvent tendance à instrumentaliser la Parole à leur avantage. Certains parlent de David et Goliath en disant : « Dieu est avec moi et je vais vaincre mon adversaire. » Mais le texte n’a rien à voir avec un affrontement sportif. Goliath représente la rébellion contre Dieu. Et David est une préfiguration de Jésus, venu vaincre le péché.
Il y a aussi Philippiens 4.13 : « Je puis tout par Christ qui me fortifie. » Beaucoup l’utilisent comme une promesse de réussite, alors que le contexte parle du contentement en Dieu, dans les bons moments comme dans les épreuves. Je leur apprends donc à mieux interpréter les textes.
Les sportifs peuvent-ils prier pour gagner ?
Ils le peuvent, mais je pense que l’essentiel est de prier pour arriver à donner le meilleur de soi-même et accepter que l’autre ait été meilleur ce jour-là. Être chrétien ne signifie pas être invincible. Cela signifie développer le caractère du Christ, apprendre l’humilité, le respect de l’adversaire et l’amour du prochain. On peut vouloir gagner sans vouloir écraser les autres.
Quels sont les grands défis pour les sportifs dans une compétition de haut niveau ?
Rester intègre. Ne pas tomber dans les vices et les travers du monde du sport, comme la tricherie par exemple. Il faut aussi apprendre à rester humble dans la victoire. Dans l’euphorie, on peut perdre ses repères : excès d’alcool, rencontres faciles… A l’inverse, certains se recroquevillent sur eux-mêmes et ne donnent plus signe de vie lorsqu’ils traversent une défaite. En cherchant Dieu, on peut éviter certains pièges. Certains se tournent également vers l’occultisme, qui est malheureusement assez présent dans ce milieu*.
*voir : « Ce n’était pas mental » – Documentaire sur les dessous de l’occultisme dans le sport, réalisé par Joël Thibault
Avez-vous des témoignages de sportifs ayant vécu quelque chose de fort dans leur foi ?
Je pense notamment au footballeur néerlandais Jurriën Timber. Sélectionné pour la coupe du monde 2026, il a subi une blessure qui l’a privé de cet objectif majeur. Pourtant, il a témoigné que sa relation avec Dieu restait plus importante que sa carrière sportive. Dieu ne nous épargne pas les épreuves, mais il nous aide à les traverser.
Je pense aussi au témoignage de l’ancien footballeur français Aurélien Collin. Arrivé au sommet de sa carrière, il a réalisé que le succès ne comblait pas le vide intérieur qu’il ressentait. C’est alors qu’il a donné sa vie à Christ.
De quelle manière les athlètes chrétiens peuvent-ils témoigner de leur foi ?
La victoire peut être une plateforme pour rendre gloire à Dieu, car notre société s’intéresse davantage aux gagnants. Pourtant, les perdants ont parfois encore plus à nous apprendre, notamment par la manière dont ils traversent l’échec, se relèvent et découvrent que leur identité ne se trouve pas dans leurs performances, mais en Christ.