Des cœurs tournés vers l’extérieur

Compassion-Coeur tourné vers l'essentiel
17 juillet 2026

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Ethique, Eglise et mission_2026-27_pavé
Pour Jésus, la justice est une affaire de coeur avant d’être une affaire de doctrine : c'est ce que nous rappelle ce message donné par le pasteur Cédric Chanson lors de la Pastorale de février dernier à Lonay. Et la thématique « Des cœurs tournés vers l’extérieur » a aussi été travaillée lors de la Journée FREE du 7 mars à Vaumarcus. [Cet article est paru d'abord dans l'édition de mars-avril du journal VIVRE]

Tony est évangéliste et conférencier. Lors d’un voyage, il n’arrive pas à dormir à cause du décalage horaire. À deux heures du matin, il a faim. Il trouve un bar ouvert et commande un sandwich. Il se rend alors compte que ce bar est fréquenté par des prostituées. L’une d’elles, Agnès, annonce à ses amies que le lendemain, c’est son anniversaire. Les autres lui répondent, sarcastiques : « Et pis quoi ? Tu veux qu’on te fasse un gâteau ?… »
La nuit suivante, Tony apporte un gâteau d’anniversaire et propose de prier pour Agnès. Elle est évidemment surprise et profondément touchée. Le barman demande alors à Tony de quelle Église il est membre. «J’appartiens à une Église qui prépare des fêtes d’anniversaire pour des prostituées à trois heures du matin. » Et le tenancier de répondre : « Ça n’existe pas, une Église comme ça ! Si elle existait, je m’y serais joint. »

Pourquoi mange-t-il avec des pécheurs?

Ce témoignage éclaire d’une lumière actuelle un épisode de la vie de Jésus, relaté dans Matthieu 9.10-13 : «Comme Jésus était à table dans la maison, beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs vinrent se mettre à table avec lui et avec ses disciples. Les pharisiens virent cela et dirent à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? » Mais Jésus, qui avait entendu, leur dit : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : Je désire la bonté, et non les sacrifices. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, [à changer d’attitude].’ »

À table !

Jésus est à table. Encore ! (voir Mat.11.19) Assis à la mauvaise place, avec les mauvaises personnes. Quand on connaît un peu Jésus, la scène ne nous surprend plus beaucoup. Mais honnêtement, c’est surprenant, voire dérangeant ! En tout cas, ceux qui prenaient la Bible au sérieux à l’époque ont été surpris et dérangés. La séparation d’avec les « impurs » était profondément inscrite dans les mentalités, mais aussi dans une lecture sérieuse de la Bible. Par exemple, Psaume 1.1 : « Heureux l’homme qui (…) ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et ne s’assied pas en compagnie des moqueurs ». Ou Psaume 26.4-5 : « Je ne m’assieds pas avec les hommes faux, (…) Je déteste l’assemblée de ceux qui font le mal, je ne m’assieds pas avec les méchants. »

Se séparer du mal, pas du monde

On se souvient aussi de la grande difficulté que Pierre a eue à comprendre qu’il était appelé à entrer dans la maison de Corneille (voir Actes 10). Et 2 Corinthiens 6.14-17 ne semble pas en cohérence avec un Jésus attablé dans la maison d’un collecteur d’impôts : « Ne formez pas un attelage disparate avec des incroyants. En effet, quelle relation y a-t-il entre la justice et le mal ? (…) Quel accord y a-t-il entre Christ et le diable ? Ou quelle part le croyant a-t-il avec l’incroyant ? (…) C’est pourquoi, sortez du milieu d’eux et séparez-vous, dit le Seigneur. » Jusqu’à aujourd’hui, il nous faut admettre que cette question de la séparation d’avec les pécheurs n’est pas simple. Et pourtant, Jésus se présente comme le médecin venu pour les malades. Il n’est pas séparé du monde. Au contraire. Il est à table avec le monde. Il mange avec eux, avec elles.

Les Pharisiens et nous

« Les pharisiens virent cela et dirent à ses disciples : ‘Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ?’ » (v.11) Les Pharisiens prenaient la Bible au sérieux. Ils ont dû sincèrement se poser la question : Qui a raison ? Les Écritures ou Jésus ? Ils connaissaient bien les Écritures et cherchaient à vivre une vie de justice et de sainteté devant Dieu. Ne les jugeons pas trop vite, car nous, chrétiens évangéliques, leur ressemblons souvent plus que nous ne le pensons. Les paroles de Jésus adressées aux Pharisiens devraient donc retenir toute notre attention, alors que nous aussi nous cherchons à prendre la Bible sérieusement et à vivre selon ce qu’elle enseigne.

Le médecin

À leur question, Jésus répond en se basant d’abord sur le bon sens : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. » (v.12) Logique. Ce bon sens devrait aussi nous amener à avoir des cœurs ouverts vers l’extérieur, et en particulier vers ceux qui ont besoin d’aide, de secours, de salut.

Ceux qui ont besoin de médecin sont « malades ». Et sur ce plan, les pharisiens ont raison, leur diagnostic est le bon. Selon Jésus, les pécheurs ne sont pas bien-portants. Ils ont besoin d’un médecin, d’un sauveur. Il ne s’agit donc pas de renoncer à appeler « pécheurs » ceux qui le sont, ou à minimiser le péché. Les pharisiens quant à eux sont effectivement « bien-portants ». Cependant leur problème est ailleurs. Ce qui les éloigne de Jésus, et donc de Dieu, c’est de ne pas reconnaitre leur propre péché, leur propre besoin du médecin. Leur justice devient une justice propre, une justice formelle, et non une justice du cœur.

La bonté et non les sacrifices

Jésus ouvre une nouvelle perspective, une nouvelle manière d’être juste. Non plus en se séparant des pécheurs, mais en s’identifiant à eux. Au verset 13, il cite Osée 6.6 pour renvoyer les pharisiens à leurs études : « Allez apprendre ce que signifie : Je désire la bonté, et non les sacrifices. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

En plaçant au centre non plus la loi, mais l’enseignement des prophètes, Jésus donne une clé de compréhension pour une interprétation correcte des Écritures en ce qui concerne les relations entre les personnes : la bonté, la compassion, la miséricorde, plutôt que les sacrifices. Aimer Dieu, mais aussi aimer son prochain comme soi-même. Pour Jésus, la justice est une affaire de cœur avant d’être une affaire de doctrine. Les sacrifices envers Dieu, l’accomplissement de rites religieux, et même l’adoration ne suffisent pas. Un cœur tourné vers Dieu doit nécessairement aussi être tourné vers les autres.

C’est un grand défi pour nous qui sommes attachés à la Bible et cherchons à mettre en pratique la Parole de Dieu. Comme les pharisiens, nous cherchons sincèrement à vivre une vie de sainteté, de pureté, d’obéissance aux commandements de Dieu en réponse à son amour et à sa grâce. Dès lors, il n’est pas étonnant que nous nous retrouvions souvent dans une position inconfortable, en tension pour trouver le chemin entre la grâce et la vérité, entre obéissance aux commandements divins et amour du prochain.

Un cœur tourné vers l’extérieur

Un chemin pour avancer et pour tourner nos cœurs vers l’extérieur est de reconnaître notre propre besoin du médecin. C’est en réalisant notre propre péché, notre besoin d’être sauvés, que nous pourrons d’une part rester proches du Christ (car si nous pensons ne pas avoir de péché, alors Jésus n’est pas venu pour nous…). Et d’autre part, nous faire proches des autres, des pécheurs qui ont le même besoin du médecin que nous.

Un cœur ouvert vers l’extérieur, selon ces paroles de Jésus, c’est de nous approcher des « mauvaises personnes », quitte à nous trouver au « mauvais endroit », mais pour la bonne raison : partager l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Témoigner de ce qu’il a guéri, et de ce qu’il est encore en train de guérir dans nos vies. Dans l’esprit de ces paroles de Paul à Timothée : « Cette parole est certaine et digne d’être acceptée sans réserve : Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver des pécheurs. Je suis moi-même le premier d’entre eux, mais il m’a été fait grâce afin que Jésus-Christ montre en moi le premier toute sa patience et que je serve ainsi d’exemple à ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle » (1 Timothée 1.15-16).