« Lorsque nous vivions près de Montréal, les gens voulaient savoir quel genre de bête curieuse est un pasteur, s’amuse Luc-Joël Berger, pasteur dans l’Eglise baptiste de Tracadie-Sheila. Mais ici, en Acadie, les gens ne savent pas ce qu’est un pasteur, et ils ne veulent pas le savoir. »
Tracadie-Sheila est une petite ville canadienne de 5000 habitants, au cœur de la Péninsule Acadienne dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, au bord du golfe du Saint-Laurent. Il y a peu d’industrie et le chômage y avoisine les 18%. Bon nombre de ses habitants vivent dans la précarité. Les protestants représentent 0,5% de la population. Autant dire que tout le monde est catholique. « Les réseaux sociaux sont déjà formés, explique Luc-Joël. Les nouvelles locales passent par la gazette de la paroisse catholique. »
L’Eglise baptiste a été fondée il y a une trentaine d’années lors d’un réveil spirituel dans la région. A cette époque, la communauté a rencontré beaucoup de difficultés et de rejet. Ainsi, elle n’a pas été autorisée à se réunir en ville et a vécu ses cultes dans la campagne avoisinante. Mais les mentalités évoluent et, il y a cinq ans, l’Eglise a pu déménager en ville.
Aujourd’hui, 50 à 60 personnes participent au culte dominical de l’Eglise baptiste. « Dans cette communauté, les gens ont à cœur de vivre le Royaume de Dieu, se réjouit Luc-Joël. Ce n’est pas accessoire dans leur vie. L’Eglise est donc dynamique. »
La musique comme langage commun
Comme les Acadiens aiment la musique et les arts, l’Eglise en a fait une sorte de « langage commun » pour entrer en contact avec la population locale. Elle possède un groupe de louange de huit personnes très motivées, ainsi qu’une troupe théâtrale. Lorsque cette dernière organise le spectacle de Noël, elle fait salle comble avec des spectateurs qui, en grande partie, ne font pas partie de la communauté. Cornelia joue du violon dans un quatuor acadien de musique classique. « Cela me permet de créer des contacts, se réjouit-elle. La musique nous ouvre des portes. »
Au début du mois d’août, une kermesse a lieu dans la ville. Elle rassemble 20’000 à 30’000 visiteurs. L’Eglise y tient son stand avec, évidemment… de la musique. Elle y propose également des jeux interactifs et invite les passants à une soirée « jeux et barbecue » qu’elle organise dans le centre communautaire de la ville.
« Un autre axe de notre action vers l’extérieur est notre collaboration avec une banque alimentaire, souligne Luc-Joël. Par le passé, nous avons distribué nous-mêmes des paniers de vivres qui étaient parfois refusés. » Ainsi, grâce à la banque alimentaire locale, l’Eglise peut exercer la solidarité sans être perçue comme envahissante. « Notre désir est de pouvoir ainsi bénir les pauvres de la région, poursuit Luc-Joël. C’est notre manière de vivre un Evangile ‘intégral’. »
L’un des défis de l’Eglise est d’apprendre à ne plus vivre en rupture avec le catholicisme et la société. « Nous devons passer au stade de la proximité, souligne Luc-Joël. Des membres de la communauté s’engagent à la Croix-Rouge, font du sport, créent des contacts. » Nous prenons garde à ne pas organiser trop d’activités d’Eglise, afin de laisser du temps à chacun pour de tels contacts.
Claude-Alain Baehler