Il y a d’abord ce qui continue à se faire : les versions BD de la Bible se multiplient en effet. La deuxième partie de la Genèse vient ainsi de sortir de presse aux éditions Delcourt avec le scénariste Michel Dufranne, alors qu’un manga « Le Messie » a paru l’an dernier en français, aux éditions BLF Europe (Bible et Littérature Francophone). Réalisé à la base par une équipe de chrétiens japonais dans une veine toute évangélique, ce manga couvre les 4 récits des Evangiles. Il est suivi d’un second volume « La métamorphose » (à paraître en octobre en français) couvrant les Actes des Apôtres ainsi que les Epîtres. A terme, 3 volumes encore devraient être traduits pour couvrir toute la Bible dans cette collection « adaptée pour partager sa foi »*.
A côté des BD confessantes, des regards plus personnels
Mais en parallèle à ces ouvrages bibliques, de nouvelles séries qui s’inspirent de thématiques chrétiennes ou de personnages des Ancien et Nouveau Testaments émergent en masse. Certains auteurs, comme Laurent Bidot (« Le linceul », 4 tomes de 2003 à 2006**) poussent loin leurs recherches historiques ; ou, comme Antoine Ozanam et Guillaume Singelin (« King David », 2008, voir encadré), respectent de près les détails du texte biblique. La série historico-fantastique « INRI », de Didier Convard, publiée depuis 2004, constitue pour sa part la suite du Triangle secret, qui mettait en scène les rites francs-maçons et d’obscures intrigues relatives à la mort de Jésus. En juillet dernier, le 4e tome de « Crossfire » de Sala et Chan est également sorti aux éditions Soleil. Au dos de l’album, un verset biblique : ‘Si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous’ (Luc 11 : 20). Le point commun de tous ces albums : aucune profession de foi chrétienne, mais l’exploitation de versets bibliques, de la figure de Jésus ou d’hommes et de femmes de la Bible, comme le roi David.
De fait, cette mise en avant de thématiques pseudo-religieuses et pseudo-spirituelles a le vent en poupe à l’aube de ce XXIè siècle. Elle s’inscrit dans le succès remporté par le roman Da Vinci Code de Dan Brown en 2003. Derrière ces albums : de solides éditeurs (Glénat, Casterman…) ont senti et avec raison qu’il y avait là un marché prometteur…
Un boulot de communication
C’est d’ailleurs bien ce qui manque à la BD chrétienne : des éditeurs qui ont de l’audace pour donner leur chance à de jeunes dessinateurs, à des projets originaux, estime Brunor, auteur de différents ouvrages de vulgarisation théologique. Rencontré à Angoulême lors du festival international de la bande dessinée, il explique : « Alain Auderset (ndlr : bédéiste de St-Imier) investit lui-même. Moi, j’ai eu du mal à trouver un premier éditeur. » Chrétien engagé, le dessinateur a cependant continué à travailler ses planches (« La question interdite » est parue aux éd. Viltis en décembre dernier) pour « rendre accessible des choses difficiles. » Et espère, par ses ouvrages, que les lecteurs vont s’intéresser comme tout à nouveau à l’histoire de Jésus.
« Je fais un boulot de communication, dit-il. Des non-croyants achètent mes BD et cela me fait plaisir. Cela leur ouvre un nouveau monde. En fait, c’est comme une passerelle que j’offre là entre eux et le Dieu de la Bible. »
Un bon moyen d’évangéliser
Mais les bédéistes de cette veine-là se comptent presque sur les doigts de la main. Vicaire à Toulouse (F), le Père Jean-Baptiste Fady, alias Coolus, explore dans ses albums comment le chrétien trouve sa place dans la société actuelle, quelles valeurs il véhicule et comment celles-ci interviennent dans sa façon de voir les choses et de vivre les évènements… Ses enquêtes sont menées par son personnage le lapin bleu. « Je fais de la BD humoristique à portée éducative », affirme-t-il. « Je rapporte des manières de vivre de chrétiens ; je dresse comme une typologie des paroissiens et, ce faisant, mets le doigt sur des exagérations pour susciter des remises en question. »
Peu d’acteurs chrétiens s’engagent sur ce marché de la BD par rapport au foisonnement qui existe, concède-t-il. Et pourtant le défi est là : qu’on apprenne à aimer Jésus et à l’intégrer dans sa vie. « Il y a en ce sens indéniablement un marché à prendre, lui fait écho la jeune illustratrice Elvine. La BD est un outil qui plaît à tout le monde et c’est un bon moyen pour faire passer un message. Au niveau chrétien, cela commence, mais il y a encore beaucoup à faire. C’est aussi un excellent outil pour évangéliser. Les ados se retrouvent par exemple beaucoup dans ce que fait Alain Auderset. Son style est très actuel, déjanté, et son dessin dynamique. On a besoin d’être bousculé : Alain a compris cela et il le fait très bien ! »
Gabrielle Desarzens
+ d’infos : www.bdchretienne.net
* La confession de foi à laquelle adhère BLF Europe – et dont Alain Stamp assure la présidence – est celle de la Fédération Évangélique de France.
** Cathédrale de Turin, Italie. Des centaines de témoins assistent au vol spectaculaire du Saint Suaire, linceul supposé du Christ mais aussi relique la plus célèbre et la plus controversée de l’histoire de la chrétienté.
A quelques siècles de là, en 1359, dans un village de Champagne, un jeune chevalier chargé d’une mission secrète et un mystérieux moine franciscain enquêtent. Le linceul exposé dans la collégiale de Lirey est-il bien celui du Christ ? Laurent Bidot nous entraîne dans une enquête autour du Linceul du Christ, entrecoupée de scènes médiévales d’une grande rigueur. Une nouveauté de la collection « La Loge Noire » à mi-chemin entre la fresque historique et le polar contemporain.