« Malheureusement, beaucoup d’Eglises vivent sans véritable projet. Elles atteignent une taille et un point de développement qui correspond à ce que souhaite l’équipe de responsables et à la taille des locaux qu’elle occupe. » André Pownall fait partie de cette génération de pasteurs qui, dans le monde francophone, a vu se développer la réflexion autour de la croissance de l’Eglise. Professeur de théologie pratique à l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne en banlieue parisienne pendant ces 15 dernières années, ce jeune retraité a développé la notion de « projet d’Eglise ». « Comme implanteur d’Eglise à Romainville, j’ai été un pasteur sans projet explicite, explique-t-il. Ce n’est qu’en menant à bien un doctorat que j’ai commencé à développer cette notion à partir de l’apport théorique qui nous était donné. »
Prendre le temps de la réflexion
Aujourd’hui, ce pasteur de l’Union des Eglises évangéliques libres de France considère qu’il est important pour une Eglise de prendre le temps de réfléchir à un projet pour savoir où elle souhaite aller et pour fédérer ses membres autour d’une démarche commune. « La volonté de Dieu pour la plupart de nos Eglises est d’avoir un projet de développement, parce que Jésus envoie ses proches faire de toutes les nations de disciples. Une communauté ne peut pas se contenter de faire du ‘sur place’. Elle est appelée à participer au projet missionnaire de Dieu. »
Distinguer deux temps
En quoi consiste un tel projet ? André Pownall distingue deux temps dans la réflexion autour d’un projet d’Eglise. Il y a tout d’abord l’analyse de terrain ou, comme il aime le dire, l’« exégèse » de la communauté. Il s’agit pour une équipe constituée de responsables et de membres de l’Eglise de prendre du temps pour faire le point sur l’histoire de la communauté, son identité, sa spiritualité, sa manière de fonctionner, l’image qu’elle projette au dehors. Il s’agit aussi par un processus de consultation de découvrir les besoins et les aspirations des membres. Ce travail d’exégèse se fait non seulement à l’intérieur de la communauté, mais il doit aussi prendre en compte la réalité de l’Eglise autour d’elle afin d’adapter le ministère de la communauté à son environnement.
Après l’analyse, vient le temps de l’élaboration du projet lui-même. « L’Eglise élabore son projet en fonction de sa compréhension de l’Ecriture et de sa perception d’elle-même, et de son contexte. Elle y affirme l’identité qu’elle voudrait assumer et y souligne les valeurs auxquelles elle est particulièrement attachée. Elle y définit la mission à laquelle elle est appelée et les principaux objectifs qu’elle cherche à atteindre. »
Etre en bénédiction pour les membres et la région
« C’est une opération qui n’est pas toujours facile, concède André Pownall. Cela prend du temps, mais un projet bien construit est une bénédiction pour une communauté locale. Il lui permet de se développer au-delà de ce que l’on aurait pu imaginer. » A ce propos, le jeune retraité de l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne aime souligner ce qu’un de ses collègues de la région de Valence a vécu avec son Eglise. Grâce au travail consenti autour d’un projet d’Eglise, l’Eglise libre de la région a pu développer de nombreux ministères en son sein et implanter une nouvelle communauté de l’autre côté du Rhône.
Serge Carrel
André Pownall donnera deux contributions lors de la Journée de formation des responsables de la FREE le samedi 26 avril à Chavornay. Cette journée est ouverte à toutes les personnes qui ont des responsabilités dans l’Eglise.