"La Croix du Christ : un message pour aujourd’hui !" par Philippe Decorvet

Philippe Decorvet mardi 16 avril 2019

La Croix du Christ, c’est l’événement que nous rappelons à Vendredi saint. Pour le pasteur Philippe Decorvet, la Croix est au coeur de l’ensemble du Nouveau Testament. Elle est aussi une réponse extraordinaire à toute quête spirituelle d’aujourd’hui, parce qu’elle révèle notre valeur, notre misère et la possibilité de changer. A lire !

Imaginez que vous voyez arriver chez vous un étranger qui n’a jamais entendu parler de Jésus-Christ ni vu de Bible. Il vient d’un pays où le christianisme est inconnu ou interdit. Pourtant, c’est un homme qui veut connaître la religion qui a marqué notre pays. Vous lui donnez alors un Nouveau Testament dans sa langue, et cet homme commence à lire. Qu’est-ce qui va le frapper ?
Il lit d’abord les évangiles, et il est tout de suite étonné. Ces quatre évangiles parlent tous de Jésus-Christ, mais très peu de sa naissance et, à part une exception, pas du tout des 30 premières années de sa vie ; par contre ils sont très abondants sur la semaine de sa Passion. Un sixième des pages y est consacré dans les trois premiers évangiles et presque la moitié dans l’évangile de Jean.

La Croix au coeur du Nouveau Testament
Quand ensuite il lit les épîtres, son étonnement grandit. De nouveau il est frappé par l’importance de la Croix dans les écrits et la prédication des apôtres : « Quand je suis venu chez vous, je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié » (1Co 2. 1-2). « Les Juifs demandent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse, nous, nous prêchons Christ crucifié. » Il continue sa lecture, de l’épître aux Corinthiens, passe à celle des Galates, et que lit-il ? « Loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6.14). Ça le frappe d’autant plus qu’il remarque bien que l’apôtre Paul parle aussi de beaucoup d’autres choses : du mariage, de l’argent, des relations humaines, et même des impôts ! Mais toujours à partir de la Croix. Peut-être se dit-il : c’est là la pensée de Paul, d’un apôtre qui a été particulièrement frappé par l’événement de la crucifixion. Intrigué, il poursuit sa lecture, et que lit-il quand il arrive aux épîtres de Pierre ? « Ce n’est pas par des choses périssables – argent ou or – que vous avez été rachetés de la manière de vivre héritée de vos pères, mais par le sang de Christ » (1P 1. 18-19). Des épîtres de Pierre, il passe à celles de Jean et que lit-il encore ? « Nous avons connu l’amour en ce qu’il a donné sa vie pour nous » (1Jn 3.16)... « Et cet amour consiste non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’Il nous a aimés et envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés » (1Jn 4.10). De plus en plus intrigué par cette insistance sur la Croix de Jésus, cet homme arrive à l’Apocalypse. Il n’y comprend peut-être pas grand-chose, mais il est une chose en tout cas qui le frappe, c’est que Jésus y est nommé plus de 20 fois « l’agneau immolé ».
Ainsi, en refermant le Nouveau Testament qu’il lit pour la première fois, il ne peut qu’arriver à la conclusion que le centre du message de ce livre, c’est la Croix. C’est elle que décrivent les évangiles, c’est elle qu’expliquent les épîtres, c’est encore elle que glorifie l’Apocalypse.

Au coeur du message chrétien aujourd’hui ?
Intrigué et fort intéressé par ce qu’il a lu, cet homme désire en savoir davantage sur ce message de la Croix qui semble être au coeur du christianisme. Il décide alors de se rendre dans votre Eglise un dimanche matin. Trouvera-t-il aussi la centralité de la Croix dans le message, la louange, la prière et la vie de la communauté ?
C’est une question fondamentale. Comme le dit Ruben Saillens : « La Croix n’est pas l’une des doctrines de l’Evangile, elle en est le centre comme le soleil est l’âme du monde vivant. Jésus est mort pour nous, voilà toute la doctrine : nous devons mourir avec lui pour nos frères, voilà toute la morale » (1).
Et pourtant, cette prédication de la Croix, omniprésente dans le Nouveau Testament a été contestée dès le début du christianisme : « Il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la Croix », constate l’apôtre Paul ; et il ajoute : « J’en parle en pleurant » (Ph 3.18). Que dirait-il aujourd’hui ? Elle est encore contestée dans bien des milieux, ou alors tout simplement oubliée au profit d’un message que certains appellent de « wellness spirituel ». Certes, il n’est pas facile de prêcher la Croix. « O croix de la prédication de la Croix », disait le grand prédicateur Adolphe Monod.

La réponse à notre quête spirituelle actuelle !
S’il est un message actuel et qui réponde à la quête de tant de nos contemporains, c’est bien celui-là. Combien d’hommes et de femmes aujourd’hui sont en recherche d’identité ! Combien souffrent de se sentir incompétents, inutiles et sans valeur, ou alors perdus dans un monde trop grand et trop impersonnel, véritables grains de sable dans une société anonyme ! Qui suis-je ? Quelle est ma valeur ? se demandent-ils. Or la première révélation que nous donne la Croix, c’est justement le sens de notre valeur. « Vous avez été rachetés... par le sang précieux de Christ » (1P 1.19) Tu n’es pas ce grain de sable perdu dans l’univers, tu es unique et tu as tellement de valeur aux yeux de Jésus-Christ qu’il a été d’accord de donner sa vie pour toi. A la question : quelle est ma valeur ? La Croix répond : celle du sang du Fils de Dieu ! Est-il une valeur plus grande que celle-là !
Mais il ne s’agit pas seulement de ma propre valeur, mais de la valeur de toute vie humaine. Y a-t-il une catégorie d’hommes ou de femmes dont Dieu dise : « Pour eux, ce n’est pas la peine d’envoyer mon Fils » ? Y a-t-il des personnes pour lesquelles Jésus dise : « Vous êtes trop insignifiants pour que je monte sur la croix pour vous » ? Non, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque... » (Jn 3,16).

La fin du racisme, du mépris et de l’exclusion !

Personne n’est exclu de ce quiconque. Rien plus que la Croix ne démontre la valeur de la personne humaine. De toute personne humaine. Quelle qu’elle soit. Cela a des conséquences énormes, non seulement dans la manière dont je me vois personnellement, mais aussi dans la manière dont je regarde les autres. C’est la fin du racisme, du mépris, de l’exclusion : la Croix donne à tout être humain sa dignité et lui permet de vivre debout.
Mais le message de la Croix est aussi d’une criante actualité dans notre société hyperindividualiste, narcissique et humaniste, qui exalte l’homme et le met au centre de l’univers. La Croix nous révèle notre valeur, certes, mais elle nous révèle aussi, et en même temps, notre petitesse, nos échecs et notre péché. Elle nous montre que nous avons besoin de pardon et que ni nos efforts ni nos bonnes oeuvres, ni même notre pratique religieuse ne peuvent nous changer. Seule la Croix où « Jésus a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 P 2.24) peut le faire. La Croix nous révèle aussi la gravité du péché et de la chute. Celle-ci n’est pas une simple anicroche dans notre relation avec Dieu, elle est vraiment une rupture entraînant la mort. La Croix nous conduit dans la repentance et l’humilité. Notre société moderne et humaniste, veut bien du message que nous avons une valeur inestimable, mais elle aime moins entendre que nous sommes pécheurs et qu’il nous faut nous repentir. Qui parle encore de péché et de repentance ? Et pourtant n’est-ce pas un message indispensable aujourd’hui ? Plus encore qu’hier peut-être ! Ce n’est pas en exhaltant l’orgueil humain qu’on arrive à la paix et à l’unité, mais bien au pied de la Croix. C’est là qu’on devient des frères et des soeurs.

Plus sous le poids de la culpabilité
Enfin le message de la Croix est un message libérateur. Nous ne sommes plus sous le poids d’un fardeau de culpabilité, fausse ou vraie, ni sous la vrille d’un remords persistant qui nous tourmente. Nous sommes pardonnés, lavés, purifiés : « Le sang de Jésus nous purifie de tout péché » (1Jn 1.7). Notre « dette » est payée, quelque grande qu’elle puisse être. Nous pouvons repartir dans la vie avec un coeur net et une conscience neuve. Combien de nos contemporains aimeraient pouvoir repartir, recommencer, faire table rase d’un passé qui les poursuit. Et la Croix vient leur dire : « Les choses anciennes sont passées, voici toutes choses sont devenues nouvelles » (2Co 5.17).
On accuse parfois ceux qui prêchent la Croix de culpabiliser les gens. Mais c’est le contraire qui est vrai. Il n’y a rien de plus libérateur que ce message, car que signifie-t-il ? L’homme, quel qu’il soit, peut changer. L’être humain le plus bas tombé, le criminel le plus endurci, l’épave de la société que tous rejettent peut recevoir une vie nouvelle. Il y a donc de l’espérance. Qui que l’on soit, quoi que l’on ait pu faire, on peut toujours repartir à zéro, comme dit un cantique. D’où non seulement une joie et une espérance formidable, mais un dynamisme extraordinaire.

La Croix : le message du « gospel » éternel
Ce qu’il y a de désespérant par contre, c’est de croire que si l’on est colérique ou alcoolique ou violent ou quoi que ce soit d’autre, c’est que l’on est né comme ça, avec des gènes de colère ou de violence ; on n’y peut donc rien, c’est notre héritage. En enseignant cela, on ne déculpabilise pas, on déresponsabilise et l’on entraîne dans la désespérance – ou la révolte – car alors on ne peut pas changer. On a été, si l’on peut dire, « formaté » ainsi.
La Croix, en nous révélant à la fois notre valeur, notre misère et la possibilité de changer, est vraiment ce message de l’Evangile éternel (Ap 14.6) dont le monde, aujourd’hui comme hier, a le plus grand besoin.
Philippe Decorvet, pasteur réformé en retraite, en poste à l’Eglise évangélique de Ste-Croix (FREE)

Note
1) Ruben Saillens, La Croix de Jésus-Christ et l’évangélisation, Ed. Groupes Missionnaires.

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