Le mouvement œcuménique se recentre sur une mission de l’Eglise plus holistique

mercredi 01 juin 2005

La Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation du Conseil œcuménique des Eglises (COE) s’est terminée sur l’Aréopage à Athènes le 16 mai. 600 personnes ont participé à cette rencontre majeure à l’invitation de l’Eglise orthodoxe grecque. Des délégués des Eglises membres du COE, mais aussi des catholiques romains, des évangéliques et des pentecôtistes ont pris part à cette conférence baptisée « Viens, Esprit saint, guéris et réconcilie ». Le pasteur genevois Jacques Matthey est le secrétaire théologique de cette conférence. A l’issue de la manifestation, il en dresse un premier bilan.

Cette conférence a-t-elle permis au COE de parvenir à une nouvelle définition de la mission des Eglises chrétiennes aujourd’hui dans le monde ?

Nous avons plutôt renforcé une tendance qui existe et à laquelle nous avons travaillé ces dernières années. La réconciliation devient un critère pour juger de la validité d’un effort missionnaire ou d’évangélisation. Si nous témoignons de l’Evangile, nous témoignons d’un Dieu qui nous accueille et qui nous offre également la réconciliation, que nous la méritions ou non. Notre manière d’annoncer ce message et de le vivre doit donc contribuer à la réconciliation et à la paix. Il y a là un critère de validité d’un effort missionnaire.

Le lien entre réconciliation et guérison s’est aussi affiné cette semaine. Très souvent la réconciliation est comprise dans un sens collectif. On évoque un processus social ou une démarche entre Eglises. La guérison apparaît souvent comme très personnelle. En combinant ces deux termes, nous tentons de faire comprendre que la mission est l’annonce d’un Dieu présent pour la personne qui souffre et qui a besoin de Dieu, au niveau social et individuel.

 

"Athènes 2005", c’est terminé ! Qu’a apporté cette conférence à l’histoire du mouvement œcuménique ?

Cette conférence a apporté du neuf au niveau de la méthode. En fait nous avons essayé d’adapter le contenu et le contenant. Nous voulions montrer qu’il est important aujourd’hui de multiplier les communautés-espaces de guérison et de réconciliation. Nous avons donc donné une dimension spirituelle importante à l’événement : un accompagnement pastoral était proposé à ceux qui le souhaitaient, des groupes d’une dizaine de personnes se retrouvaient matin et soir pour discuter de la Bible ou de leur journée… Nous pouvions nous sentir ensemble sous le regard de Dieu et nous regarder comme frères et sœurs, plutôt que comme des gens menaçant les uns pour les autres.

La présence importante des catholiques, des pentecôtistes et des évangéliques va-t-elle donner un nouveau visage au mouvement œcuménique ?

Pour l’instant, c’est le mouvement missionnaire du Conseil œcuménique qui s’ouvre. Nous ne représentons que cette partie-là de l’ensemble du mouvement œcuménique. Depuis toujours, nous avons eu la possibilité d’inviter des représentants d’Eglises non-membres. Les catholiques, ce n’est pas nouveau. C’est toutefois la première fois qu’ils disposent du droit de vote. Il en est allé de même pour les pentecôtistes et les évangéliques. Nous faisons un pas dans la direction que le mouvement œcuménique devrait prendre ces prochaines années : offrir un espace où des chrétiens des Eglises les plus importantes de la Planète peuvent se rencontrer et débattre des questions qui les concernent. Pendant longtemps, l’unité s’est conçue comme une question entre catholiques, protestants et orthodoxes. Aujourd’hui, le centre du christianisme au niveau mondial se déplace vers le Sud. On assiste donc à la fois à un déplacement géographique, mais aussi à un déplacement culturel et spirituel. Beaucoup d’Eglises des pays du Sud sont des Eglises avec une manière d’exprimer la foi assez différente de celle des Suisses ou des Européens. Et de cela il faut tenir compte.

La participation plus active des orthodoxes et l’intégration des évangéliques et des pentecôtistes n’entraîne-t-elle pas un retour à une perception plus traditionnelle de la mission ?

Certainement. Si vous ouvrez votre communauté à une grande diversité de personnes, vous ne pouvez plus vous focaliser sur un seul sujet très pointu. A l’heure actuelle, nous devons préciser le rôle du COE et nous impliquer dans ce qu’aucune autre institution n’entreprend. Si nous avons un sens en tant qu’organisation qui travaille à l’unité des chrétiens, c’est d’essayer d’entrer en dialogue avec ceux qui le veulent bien. Nous sentons de l’intérêt de la part des communautés évangéliques et pentecôtistes, pas nécessairement pour devenir membres du COE, ni pour adopter les thèses que nous avons élaborées, mais pour débattre avec nous et être présents à nos côtés, avec des satisfactions et des frustrations… Il y a un certain nombre de points sur lesquels nous ne souhaiterions pas changer. Il en va de même pour eux. Un véritable dialogue ne signifie pas que l’on s’abandonne complètement à ce que l’autre pense, mais que l’on accepte d’être enrichis et mis au défi de relire la Bible et notre tradition pour voir si nous n’avons pas donné de l’importance à certains éléments au détriment d’autres.

A mon sens, nous ne sommes pas en train de revenir en arrière. Nous sommes plutôt en train de nous recentrer. Nous avons toujours défendu l’idée que la mission était holistique. L’action sociale œcuménique pour la justice et la libération a constitué l’un des axes forts du COE pendant longtemps. Nous ne souhaitons pas abandonner cet aspect-là, mais l’articuler avec la possibilité pour une personne, même si la libération politique n’est pas réalisée, de se sentir acceptée par Dieu et libérée des forces qui l’emprisonnent. Nous essayons donc d’élargir notre horizon, au-delà de celui auquel nous pensions il y a encore 20 ou 30 ans.

Propos recueillis par Serge Carrel

Des photos de la conférence sont disponibles sans frais sur le site : www.mission2005.org

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