Au-delà du désordre alimentaire : devenez qui vous êtes !

17 septembre 2010

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Les absolus mènent au désespoir. C’est la grande leçon que les parents et les proches de jeunes anorexiques ou boulimiques doivent retenir, estime Geneviève André. Elle vient de traduire en français un livre sur le sujet.

La personne anorexique ou boulimique perçoit la vie de façon terrifiante, pleine de situations et d’expériences qu’elle ne parvient pas à gérer. Le contrôle alimentaire lui donne alors enfin le sentiment d’avoir prise sur le monde. Ces explications sont données par l’Anglaise Helena Wilkinson, qui a elle-même été anorexique. « Entrer en contact avec les émotions et travailler sur les douleurs du passé s’avère difficile, mais primordial pour être guérie et libérée. C’est un peu comme un dégel. La rencontre de Dieu avec la malade dans sa douleur est très puissante, et lorsque la malade se tourne vers lui et affronte ses blessures, l’aiguillon des blessures diminue », écrit-elle notamment dans un livre paru en anglais en 2001.
« Je crois qu’à chaque ligne, j’ai pleuré ! » Geneviève André a 59 ans. Mère de trois enfants dont une fille qui a souffert d’anorexie, cette membre de l’Eglise évangélique la Margelle à la Croix-sur-Lutry (FREE) vient de finir de traduire en français le livre en question*. Rencontrée dans sa maison des bords du Léman, elle témoigne avoir pu quittancer de l’intérieur ce que l’auteur décrit au fil des pages. « J’ai lu ce livre et découvert l’enfer que vivait ma fille. Cela a fait complètement sens pour moi, alors que j’étais en lutte avec Dieu, que je ne pouvais plus prier, et que je me trouvais en pleine révolte. L’exercice s’est révélé thérapeutique : plus je traduisais, plus je réussissais à lâcher prise. »

Une vérité à retrouver
Dans le chapitre consacré aux nouveaux messages à intégrer, Helena parle de la vérité que la malade doit retrouver. Une vérité au sujet de sa personne, basée sur la Parole de Dieu. Et l’auteure d’énumérer des expressions tirées de passages bibliques qui disent notamment que chacun est précieux (Es 43, 4), aimé (1Jn 4, 10), fils et fille de Dieu (2Co 6, 18), accepté (Rm 15,7), rendu(e) libre (Col 1,14) et pardonné (Col 3,13).
« En lisant ces pages et en les traduisant, j’ai pu remettre complètement ma fille dans les mains de Dieu. » Geneviève est encore dans l’émotion, mais se reprend. « Comme parent, j’ai appris trois choses fondamentales : d’abord que par nos absolus qui visent à faire plaisir à la galerie, on peut mener quelqu’un au désespoir. Et l’absolu dans ce cas-là peut être d’ordre moral, religieux, scolaire ou sportif. Les « il faut », « cela ne se fait pas », « il n’y a qu’à » sont à bannir quand ils visent à satisfaire les regards de papa, de maman, des membres de l’Eglise locale, voire de Dieu ! Deuxièmement, j’ai appris qu’il faut laisser chacun être soi-même. Dans nos milieux évangéliques, nous sommes plein de diktats qui font du mal. Nous avons des attentes folles par rapport à nos enfants que l’on voudrait voir témoigner, se montrer gentils et prévenants. Mais pour faire plaisir à qui, au final ?

L’anesthésie des sentiments
» Troisièmement, je me suis rendu compte que j’essayais d’éviter à mes enfants la souffrance et les frustrations. Je les empêchais de réagir eux-mêmes aux difficultés de la vie, ce qui peut les amener à anesthésier tout sentiment. On ne peut tout contrôler, comme parent. C’est dans la mesure où on abandonne le contrôle que Dieu peut prendre la place. Ma fille a été entre la vie et la mort. Je ne pouvais rien faire et j’ai dû capituler. Dieu s’est alors révélé et a pris soin d’elle. C’est toujours le cas. Il veille sur elle, je le crois profondément, et cela me fait du bien. »
Geneviève feuillette le livre, s’arrête sur le chapitre qui parle de la communication paralysée. « L’auteure met le doigt sur les règles tacites de nos familles… sur les sentiments qui sont devenus propriétés de tous : il y a un manque de respect de l’individualité qui me frappe. Je sais maintenant que nous devons aimer nos enfants. Les aimer malgré tout, avec espoir et confiance, jusqu’à les laisser faire ce qu’ils veulent de leur vie. C’est avouer que l’on ne détient pas la vérité, la solution à tout. Et c’est les laisser libres. »
Gabrielle Desarzens

* Helena Wilkinson, Au-delà d’une alimentation chaotique, Chailly-sur-Montreux, RDF, 2010, 192 pages, CHF 24.-