A chacun son Everest ! par Gabrielle Desarzens

2 novembre 2009

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L’être humain est limité. Il ne cesse pourtant d’essayer de se dépasser, de vouloir aller plus loin, plus haut... Les défis qu’il se lance le maintiennent dans une dynamique de vie. Explications avec un pasteur qui est monté au sommet de l'Everest, une mère de famille qui a vaincu sa montagne, et un professeur de théologie.

« Ne pas chercher à aller plus loin que là où j’en étais hier c’est, d’une certaine manière, choisir de mourir. » Le théologien lausannois Pierre-Yves Brandt est catégorique : la finitude en soi n’a pas de vertu. L’homme, dès son origine, a toujours voulu se dépasser et c’est tant mieux. Ainsi progresse-t-il dans sa connaissance du monde, des autres et de lui-même.
Le dépassement de soi peut se vivre au niveau physique par des prouesses sportives, mais aussi au niveau professionnel, intellectuel, voire dans la gestion de son quotidien ou dans le refus d’une situation de vie inconfortable – « Il faut que je m’en sorte ! » Il connaît parfois des victoires, mais il est aussi pétri de désillusions, de découragements, de fragilités, de deuils à faire. La dynamique de l’existence est ainsi faite : il y a un décalage entre ce qu’on aimerait atteindre et ce qu’on réussit à faire. Mais c’est cette tension même qui pousse l’être humain en avant et qui lui permet d’être créatif, de réaliser des prouesses. Tout en apprenant à mesurer les défis qu’il se lance.

Une Bible sur le toit du monde
Le visage buriné, l’œil alerte et le verbe qui fuse, le Français Philippe Martinez, 55 ans, est à la fois pasteur pentecôtiste à Die et guide de haute montagne. Un drôle d’amalgame qui a porté ses pas il y a trois ans jusqu’au haut de l’Everest, où il a déposé une Bible et célébré un culte. Et qui le pousse aujourd’hui dans une nouvelle association de protection de la nature (1). A la question de savoir ce qui lui a pris de s’engager à l’assaut de l’Everest, ce père de famille de 4 enfants répond sans sourciller : « J’aime la montagne, j’aime le silence, j’aime la lumière. Je suis allé au haut de l’Everest, parce que c’est vraiment une très belle montagne !
» Ce qui m’a le plus frappé, même si je suis monté des dizaines de fois au sommet du Mont Blanc, que j’ai fait l’Eiger, le Cervin et d’autres sommets un peu partout dans les Alpes, c’est que, du haut de l’Everest, on voit très loin, jusqu’au pic Lénine en Russie. On voit les montagnes du Pakistan et la courbure de la terre. L’arc de cercle, vous comprenez ? C’est stupéfiant. » Et ce guide d’évoquer le bleu du ciel « rendu marine, turquoise profond alors que tu es à plus de 8000 mètres d’altitude. Cela te fait une impression grave, tu es scotché ! »

Une mission à remplir
Philippe Martinez explique encore que l’Everest, c’est 60 jours d’effort à plein temps. « Tu te lèves toutes les trois heures pour aller uriner, pour voir si tu ne fais pas un œdème. Et puis il peut faire jusqu’à – 35o la nuit et + 35o le jour : ton corps prend une baffe ! J’ai fait 6400 mètres de dénivelé… Au sommet, on arrive à 4 pattes. Au retour, pendant 6 jours et 5 nuits, j’ai dormi pratiquement d’une traite, presque sans parvenir à me réveiller. J’avais épuisé mon organisme. J’ai mis un an et demi à récupérer. Les Sherpas ne font d’ailleurs l’Everest que tous les 2 ans. C’est pourquoi j’écris dans mon livre que l’homme n’a rien à faire au-dessus de 8000 mètres ! » Philippe Martinez rigole. Dans le livre et le DVD qui rendent compte du périple (2), il parle néanmoins d’une mission qu’il a senti devoir remplir.
« L’Everest est une extrémité et j’ai eu la conviction que Dieu me demandait d’aller jusqu’à cette extrémité-là, la plus haute, pour le louer ; et témoigner que ni la hauteur, ni la profondeur ne pourra séparer l’homme de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. »

Des challenges pour vivre
Et cet homme de confier de façon plus personnelle : « J’ai besoin de challenges pour vivre. La vie, je la trouve un peu fadasse. Il faut que cela bouge, que cela brasse. Eclate-toi et souviens-toi qu’il y a une humanité en face de toi : c’est comme ça que je comprends la foi. Tout ce qui est religieux et qui t’amène à nier ton prochain, éloigne-t-en ! »
Sur les bords du Léman, Sandrine Vallat Prod’hom, elle, n’a jamais flirté avec les 8000 mètres de la planète. Mais elle a relevé des défis au quotidien, et pas des moindres, pendant plus de 10 ans : son mari l’a quittée quand elle était enceinte de leur quatrième enfant. Elle a dû alors s’encourager et bien ajuster chacun de ses pas pour la survie de sa famille. Cela s’est traduit par une rigoureuse gestion financière et un suivi particulièrement attentif de sa progéniture. « Ce qui est important, ce n’est pas tant la nature de l’exploit que la direction que l’on prend », relève avec finesse cette femme de 44 ans. A la tête de sa cordée d’enfants, elle est parvenue à se réinsérer professionnellement en faisant une HEP à 40 ans… et vient de se remarier !
Bien sûr, l’introspection a été nécessaire. « J’ai voulu comprendre pourquoi cela m’arrivait à moi. J’ai reçu alors comme un éclairage violent en pleine figure qui a mis en lumière les recoins de la chambre de ma vie, de la chambre de mon mariage. C’était douloureux, mais Dieu a donné du sens à ce que je traversais et il a été présent dans les passages les plus difficiles. Je peux témoigner aujourd’hui que la foi déplace des montagnes. »
Gabrielle Desarzens

Notes
1) Le site de l’association.
2) Philippe Martinez, Le ciel pour seule limite, Paris, Presses de la Renaissance, 2007.