Proche-Orient: une journée de réflexion, avec des intervenants engagés pour la réconciliation

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Quelle paix au Proche-Orient ? Quel impact pour nos Églises ? C'est à une journée de réflexion sur ces questions que nous convient Jean-Jacques Meylan, ancien pasteur FREE et auteur de livres sur Israël/Palestine et Jane Maire, longtemps impliquée pour la traduction de la Bible avec Wycliff Suisse. Rendez-vous le 20 juin au Centre paroissial réformé de l'Entre-deux-lacs, à Cressier (NE).

Le conflit israélo-palestinien a fait couler beaucoup de larmes et engendré de profondes blessures parmi les deux peuples. Malgré tout, de bonnes volontés tant côté israélien que palestinien cherchent à oeuvrer pour la paix et la réconciliation. Et les chrétiens suisses – attachés à cette terre qui a vu naître le Christ et qui a reçu ses enseignements – quelle pierre peuvent-ils apporter à l’édifice?

Une journée de réflexion sur ce sujet sensible est proposée le 20 juin prochain au Centre paroissial réformé de l’Entre-deux-Lacs à Cressier. L’entrée est libre (contribution bienvenue), les boissons sont offertes, le pique-nique est à apporter avec soi. L’organisation est portée par Jean-Jacques Meylan, pasteur FREE retraité et co-auteur du Dossier VIVRE 31 « Israël-Palestine : quelle coexistence ? Un point de vue évangélique inédit » (2010) ainsi que par Jane Maire, qui a travaillé en Côte d’Ivoire et en Suisse avec l’organisation Wycliffe Switzerland . Nous l’avons contactée au sujet de cette journée.

Jane Maire, comment est née l’idée de cette journée de réflexion sur la situation au Moyen-Orient?

Je désirais que les membres de ma paroisse sachent qu’au Proche-Orient, des gens désirent vivre autrement que retranchés dans leur camp. Que ces chrétiens suisses découvrent par exemple l’organisation Musalaha, qui amène des personnes dans un processus de réconciliation. J’ai sollicité auprès du Conseil de paroisse une demi-journée pour aborder ce sujet. Leur réponse: nous sommes très intéressés par ce sujet mais nous n’avons pas le temps de l’organiser. Peux-tu le faire?

J’ai alors contacté Jean-Jacques Meylan, que j’ai connu par le biais de la FREE, pour m’aider à réaliser ce projet. Ma première idée était d’axer la rencontre sur le travail de Musalaha. De son côté, Jean-Jacques rencontrait des interlocteurs-trices désarçonnés par les répercussions du conflit israélo-palestinien sur les chrétiens de Suisse romande. On s’est rendu compte que pour en aborder les différents aspects, il nous faudrait davantage qu’un samedi matin et avons opté pour une journée de réflexion. Nous en avons aussi fait un sujet de prière.

Quel objectif et quel public visez-vous avec cette Journée?

Nous visons un large public, désireux de découvrir du nouveau sur la situation entre Palestiniens et Israéliens, notamment au niveau de la réconciliation. L’objectif de cette journée n’est pas de répondre à la question « qui a raison? » ou d’attirer la sympathie sur un peuple plutôt qu’un autre mais d’échanger dans une écoute respectueuse.

On peut agiter le mot ‘paix’ comme drapeau, mais la paix à n’importe quel prix n’est pas vraiment la paix. Nous voulons comprendre ce qui la rend vraiment possible: se parler, comprendre les blessures de l’autre etc. Nous cherchons à en saisir les enjeux. Comme dit Jean-Jacques Meylan, nous sommes en présence de deux camps coupables, traumatisés et blessés qui n’en peuvent plus! Nous voulons aussi réfléchir à ce que nous pouvons construire ici en Suisse. Cela passe d’abord par le dialogue, c’est-à-dire ni se faire la guerre, ni se murer dans le silence.

Comment avez-vous choisi les intervenants? 

Nous avons beaucoup échangé en nous soumettant mutuellement nos idées et c’est ensemble que nous avons décidé d’approcher l’une ou l’autre de ces personnes. Nous cherchions de la variété dans les interventions, de sujet, d’action. Des personnes clairement opposées à la violence pour imposer une solution, des personnes favorables à une coexistence pacifique. Nous avons toujours reçu un bon accueil à notre invitation, cependant pas toujours une réponse positive.

Le pasteur Martin Hoegger (impliqué pour l’unité des chrétiens en Suisse et en Terre sainte) et le théologien palestinien Salim Munayer (fondateur de Musalaha et de l’école biblique de Béthléem) sont connus dans le milieu chrétien romand. Pouvez-vous présenter l’association Coexistences et le journaliste Emmanuel Deonna?

L’association Coexistences a une similarité avec Musahala. La différence, c’est qu’elle ne s’implique pas seulement sur le terrain au Proche-Orient; elle fait venir en Suisse des Palestiniens et des Israéliens pour les sortir de leur contexte et leur donner la liberté de se rencontrer. Martin Hoegger est d’ailleurs membre de cette association. Emmanuel Deonna est un journaliste indépendant, engagé en politique à Genève. Jean-Jacques Meylan l’a rencontré lorsqu’il était pasteur à Meyrin. Il apprécie son engagement constructif sur le terrain du difficile dialogue israélo-palestinien.

Vous avez fait appel à un modérateur. En quoi est-ce important?

Nous sommes conscients que ce sujet est délicat, aussi dans nos milieux chrétiens. Nous souhaitons vivre cette journée dans le respect de l’opinion ou de la théologie de l’autre. Pour cela, il est capital de compter sur la présence d’un modérateur: son rôle est d’être à l’écoute, de veiller aux bons échanges et si nécessaire, de « contrebalancer » un déséquilibre dans les propos des uns ou des autres.

Ernest Geiser a été aumônier au Palais fédéral, c’est une personne d’expérience et de valeurs. Nous sommes vraiment réjouis qu’il ait accepté ce rôle et nous avons déjà établi une bonne collaboration avec lui. Une autre personne que nous avions sollicitée pour ce rôle a été honnête. Elle nous a dit: « je penche plus pour un camp que pour l’autre, je ne peux pas être le modérateur de cette journée ».

Sur votre flyer (ci-dessous), vous utilisez cette belle image: un arbre avec des racines communes, des troncs emmêlés et des branches d’un côté aux couleurs israéliennes et de l’autre aux couleurs palestiniennes. Que signifie-t-elle pour vous, les organisateurs?

Cette image exprime la complexité du conflit israélo-palestinien, alors que les peuples juif et arabe ont des racines communes: selon notre compréhension biblique et historique, ils sont les descendants de deux (demi)frères qui ont, chacun pour sa part, été bénis par Dieu. Ce conflit concerne deux peuples qui ont cohabité au cours des siècles sur la même terre sous domination ottomane jusqu’à la création de l’État d’Israël.

Notre intervenant Salim Munayer en est un exemple: de confession chrétienne, il a grandi sur les mêmes bancs d’école que des juifs et des musulmans. Pour revenir à l’image, elle exprime aussi du positif: un désir de coexistence à laquelle aspire les différents peuples. Cette image se trouve aussi sur la couverture du nouveau livre de Jean-Jacques Meylan: « Israël en son mystère, le sionisme est-il la solution aux souffrances du peuple juif? », éd. UNIxtus.

Le titre de votre journée inclut cette question: « quel impact pour nos Églises? » Quelles pistes voyez-vous pour qu’elles soient partie prenante de la paix au Proche-Orient?

Nous n’avons pas voulu proposer des pistes d’action car celles-ci pourraient susciter de nouvelles divisions. Notre désir est davantage d’informer sur ce qui se vit au Proche-Orient d’une manière différente de celle des médias généralistes. Mais l’essentiel pour nous chrétiens c’est de changer notre façon de vivre. L’Église est appelée à retrouver cette unité dont Jésus-Christ parle quand il dit: « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ce n’est pas juste une belle phrase, l’amour dont il parle lui a coûté la vie! Aimer a un prix, cela implique de faire passer les autres avant soi, de mettre Jésus au centre de nos vies. Combien de fois il a répété ce message: A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. (Jean 13, 35).

L’unité n’implique pas d’être d’accord sur tout, mais d’être d’accord sur l’essentiel. Qu’est-ce qui est le plus important pour moi, promouvoir un mouvement ou faire la volonté de Jésus? Aimer en pratique peut avoir d’énormes conséquences dans nos Églises, mais également sur les gens du dehors, qui verront la différence d’avec le monde. Nous ne pouvons pas être hypocrites: vouloir que les populations du Moyen-Orient vivent la paix et la réconciliation sans les vivre nous-mêmes. Si le changement se produit en nous, il apportera le changement ailleurs, car le monde entier est connecté. Nous pouvons aussi écrire à nos politiciens. En tant que simple citoyen, nous pouvons faire davantage que ce que nous croyons!

Pour plus d’informations, consulter le flyer de la journée ici.