Berne : les Eglises nationales sont descendues dans la rue

vendredi 12 septembre 2014

La décroissance numérique des Eglises nationales bernoises, ainsi que les mesures d'économies budgétaires décidées par le gouvernement, sont la cause d'une baisse des subventions qui leur sont accordées. Cette situation a donné l'idée à quatre pasteures d'organiser une manifestation en ville de Berne, afin de dire que l’Eglise a du sens...

Quelque 800 personnes proches des Eglises réformées Berne-Jura-Soleure, ainsi que des catholiques romains et des catholiques chrétiens, ont défilé le 8 septembre à Berne, de la place de l'Orphelinat (Waisenhausplatz) à l'Hôtel de ville. Une délégation a donné aux autorités cantonales bernoises environ 4000 cartes postales. Celles-ci comprenaient le texte : « L’Eglise a un sens, parce que... », complété par des paroissiens qui donnaient ainsi leur opinion.

Quatre pasteures réformées de Haute-Argovie sont à l'origine de cette manifestation et de la campagne de sensibilisation qui l'a précédée. Elles disent ne pas vouloir s'élever contre les mesures d'économies qui touchent les Eglises subventionnées par l’Etat, mais « lancer un cri d'alarme à l'intention des autorités et de l'opinion contre le danger de vider les Eglises nationales de leur substance ». Elles affirment être « pour une Eglise vivante et active, qui s’intéresse particulièrement aux autres... qui ait pour terrain l’Evangile... qui ne complète pas seulement l’Etat, mais en soit un vis-à-vis indispensable ».

Devant l'entrée de l'Hôtel de ville, plusieurs organisateurs de l'événement ont dit que les Eglises nationales – l’Eglise réformée, l’Eglise catholique romaine et l’Eglise catholique chrétienne – sont des « colonnes portantes de notre société », des lieux d'accueil, d'engagement social, de mise en pratique de l'Evangile, de bien-être et d'amitié.

Béatrice Struchen, la présidente du Grand Conseil, a réceptionné les 4000 cartes en précisant que, parmi les autorités, personne ne juge que l’Eglise n'a pas de sens. Elle a rappelé que ce sont des impératifs budgétaires qui contraignent le gouvernement à revoir à la baisse sa contribution financière aux Eglises.

Le canton baisse nettement son engagement financier
Cette manifestation a eu lieu alors que les trois Eglises nationales bernoises se trouvent dans un contexte économique difficile. Selon les organisateurs de la manifestation, les économies budgétaires imposées par le gouvernement pourraient entraîner la suppression de 24 postes pastoraux d'ici à 2019 dans l’Eglise réformée du canton de Berne. Selon la circulaire de juin dernier, publiée par cette Eglise, « un contrôle du nombre des membres aura lieu dans toutes les paroisses en 2015 ». Le but de ce contrôle est de redéfinir l'attribution des postes pastoraux.

Dans La Vie protestante de septembre, le pasteur Gilles Bourquin rappelle que, « dans le sillage des débats au sujet des mesures d’économie cantonales, certains députés au Grand Conseil ont demandé une révision plus générale des relations entre les Eglises et l’Etat. L’enjeu est considérable étant donné que les pasteurs sont actuellement salariés directement par l’Etat bernois. »

Aux économies touchant le nombre des pasteurs s'ajoutent celles touchant le fonctionnement des paroisses. Par exemple, la ville de Berne compte douze paroisses. Celles-ci ont des immeubles qui doivent être entretenus et payent une masse salariale équivalant à 80 postes : administrateurs, sacristains, concierges, organistes, membres des services sociaux, etc. Selon le journal Der Bund, les mesures d'économies pourraient entraîner la fermeture de la moitié des temples réformés de la capitale fédérale. A Berne, le nombre des réformés a passé de 85'000 en 1990 à 55'000 en 2014.

  • Encadré 1:

    Vers la fin d'un modèle

    Le président du Conseil synodal de l’Eglise réformée bernoise, Andreas Zeller, avait appelé à une manifestation d'envergure : « Si l'on veut marquer l'opinion, il est important que la manifestation rassemble des milliers de personnes ». L'objectif était trop ambitieux, mais la mobilisation à tout de même montré que les Bernois conservent un certain attachement pour leurs Eglises nationales. Quant aux messages sur les cartes, ils soulignaient régulièrement un attachement à l'engagement social de ces Eglises.

    Cela fait écho à un vote qui a eu lieu en mai dernier à Zurich, concernant la suppression de l'impôt ecclésiastique pour les entreprises. Le peuple a nettement décidé de conserver cet impôt dont le produit est destiné exclusivement aux œuvres sociales des Eglises nationales. Il a ainsi également montré son attachement au travail social produit par ces Eglises.

    On ne peut que comprendre la volonté des gouvernements de Berne, de Zurich et d'ailleurs d'adapter les finances des Eglises nationales à leur décroissance numérique. Mais cela montre aussi que ces Eglises ne sont pas à l'abri de réajustements brutaux qui, soit dit en passant, égratignent de plus en plus leur principe de multitudinisme. De plus, les décisions prises par les gouvernements ou le souverain font que des gens qui ne mettent jamais les pieds dans une Eglise décident en fait de l'avenir de ces dernières. Le modèle des Eglises nationales a des conséquences qui doivent faire grincer des dents dans plus d'une sacristie !

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