Comment protéger ses enfants de la pornographie?

PreventionPorno
30 octobre 2026

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Parler de sexualité avant qu’Internet ne le fasse à leur place : voilà le défi des parents aujourd’hui. Face à une exposition toujours plus précoce des enfants à la pornographie, Jessica Volery, coach parental, familial et en éducation sexuelle, encourage les parents à être intentionnels dans l’accompagnement de leurs enfants. [Cet article est paru d'abord dans l'édition mai-juin 2026 du journal VIVRE]

Quels dégâts cause la pornographie chez un enfant/ado qui y est exposé ?

Rappelons d’abord que la pornographie a pour but une surexcitation sexuelle en vue de la masturbation. Lorsque la première exposition a lieu au cours du développement de l’enfant, c’est comme si un câblage interne disjoncte ! Cette image qui s’impose se répercute sur les trois dimensions de son être : dans sa tête, il sait que c’est mal ; dans son cœur, il ressent le dégoût ; et dans son corps, une sensation plutôt agréable.

Puisque tête-cœur-corps ne sont pas alignés, l’enfant/ado ne comprend pas ce qui lui arrive. Si ce sujet a déjà été abordé avec ses parents, il sera en confiance pour partager ses ressentis. Par contre, s’il se retrouve seul avec son incompréhension, il retournera voir du porno pour comprendre. Et peu à peu, il se déconnectera du sentiment de culpabilité et gardera seulement le plaisir, en se donnant de bonnes raisons. Il finira par tomber dans l’addiction.

La pornographie est comme une agression sexuelle, un viol de l’imaginaire. Nous sommes des êtres de désir et de plaisir — Dieu nous a créés ainsi — mais ce support pervertit la beauté de la sexualité. Le porno crée de la dopamine, qui apporte un sentiment de bien-être ou de réconfort momentané. Le dégât, c’est que le jeune va se contenter de ce moindre effort pour éprouver du plaisir et perdra la capacité d’entrer en relation avec un vis-à-vis en chair et en os. Et ce qui est mauvais pour un enfant ou un ado ne devient pas bon passé 18 ans !

Pourquoi ces images sont nocives pour son développement ?

Le sexe sans amour trompe les jeunes et influence leur rapport à l’être humain. Ces images sont nocives car elles transmettent de fausses informations et de fausses croyances comme « la femme n’est qu’un objet » ou « la femme aime qu’on lui fasse mal ». Le cerveau ne fait pas la différence entre ce qu’il voit sur un écran et la réalité. Ces images anesthésient les émotions, créent une accoutumance et un état dépressif car il faut des images toujours plus dures et violentes pour atteindre le plaisir.

Cela influence négativement les désirs, l’imagination et l’action. Comme la pornographie accentue la notion de performance sexuelle, les relations dans la vraie vie seront plus compliquées, avec pour conséquences une mauvaise image de soi et des complexes. Ce n’est pas du tout le cadre que Dieu a imaginé pour la sexualité.

Comment parler de sexualité avec son enfant de manière adaptée ?

C’est le rôle des parents d’être les éducateurs de leurs enfants, il est trop risqué de laisser ce rôle à Internet ! Dieu nous demande de leur transmettre ses enseignements (Deut 6.5-9). Dans une société hypersexualisée, les occasions sont nombreuses et des formations* pour équiper les parents existent. N’attendons pas les questions de l’enfant mais soyons intentionnels et créons une culture familiale où l’on aborde la sexualité comme on aborde la politesse.

Il s’agit en premier lieu de parler de « la belle sexualité », un cadeau donné par Dieu aux humains, en expliquant pourquoi il l’a créée et comment la vivre. Ensuite seulement, on peut parler de « la moins belle sexualité ». Restons surtout à l’écoute, disponibles, intéressons-nous à ce que vit notre enfant et à ce qu’il regarde sur son téléphone. Soyons des adultes solides : nos enfants doivent savoir que nous les accueillerons sans jugement s’ils tombent.

Vers quel âge commencer ? Avec quels mots?

On peut utiliser les vrais mots pour nommer les parties intimes dès 3 ans. Et commencer avec de petites questions : sais-tu comment on fait un bébé ? Comment tu es arrivé dans le ventre de maman ? Il existe de bons livres pour enfants avec des dessins.

On peut commencer à parler de la moins belle sexualité dès l’entrée à l’école. On dessine un cœur sur un papier (la belle sexualité) et on chiffonne le papier, pour expliquer comment la pornographie (le péché) l’abîme. Puis, pour montrer que le projet de Dieu demeure le même, on reprend le papier chiffonné et on le redéplie. On peut expliquer que la pornographie consiste à aller sur Internet voir des images au lieu de faire un gros câlin à notre mari/notre femme, et qu’on n’est pas d’accord avec ça.

Pour prévenir les agressions sexuelles, voilà ce que j’ai dit à mes enfants : « le sexe, c’est pour les adultes. Si des adultes veulent faire du sexe avec des enfants, ce n’est pas normal, il faut venir le dire à tes parents ! ». Et expliquer à l’enfant qu’il doit fuir s’il ressent un malaise avec une personne.

Lorsqu’un enfant reçoit son premier téléphone, que mettre en place pour le protéger des images porno ?

Prions pour sa protection mais soyons conscients qu’il y aura une première exposition. Faire entrer le téléphone dans la famille, c’est comme accueillir un animal : il faut en être responsable ! Posons-nous ces questions en amont : pourquoi équiper notre enfant d’un téléphone ? Est-ce par pression sociale ? A-t-il la maturité pour le gérer ? La confiance est de mise. Si les parents ne peuvent pas faire confiance à l’enfant, la gestion du téléphone peut devenir un poison dans la famille. Un téléphone sert d’abord à téléphoner. Il ne s’agit pas de donner à l’enfant l’accès au monde entier ! Et rappelons-nous que les enfants agissent par mimétisme : comment utilisons-nous notre propre téléphone ?

Lorsque l’enfant reçoit un téléphone, je conseille d’établir une charte signée par les deux parties, qui précise les horaires d’utilisation, le temps maximum d’écran, l’interdiction de faire « sauter » les filtres parentaux, les mesures en cas de désobéissance, etc. Une chose à savoir : si notre enfant envoie une photo de ses parties intimes à des copains, nous, les parents, pouvons être interpellés par la police !

Et si notre enfant/jeune voit du porno sur le téléphone de quelqu’un d’autre ?

Notre souci de parents est qu’il soit équipé pour y faire face, qu’il ne reste pas seul avec ses émotions. Il est prioritaire que la confiance parent-enfant soit construite et qu’il/elle nous en parle. Cette confiance se construit en cultivant le dialogue mais aussi en apprenant à nous excuser auprès de notre enfant lorsque c’est nécessaire. Et sachons-le : lorsqu’il y a un effet de groupe, à l’école ou au club de sport, il faut une grande affirmation de soi pour oser dire « je n’ai pas envie de voir ça ! ». Si notre enfant a vu des images porno, demandons-lui d’abord « comment je peux t’aider ? » et écoutons son ressenti. Expliquons que ce qu’il a vu n’est pas la réalité, que ce sont des acteurs, mal payés, souvent forcés, qui jouent ces scènes.

Si notre jeune devient accro au porno, la clé pour en sortir, c’est de l’aimer inconditionnellement et de l’accueillir comme le père dans la Parabole du fils prodigue, pour avancer ensemble. Ne changeons pas notre regard sur notre enfant. Il/elle n’est pas un pervers, c’est l’industrie pornographique le problème ! Manifestons-lui aussi de la tendresse physique en le prenant dans les bras.

Ressources livres:

Parler du porno à vos enfants avant qu’Internet ne le fasse, Anne Labouret et Christophe Butstrean,
éd. Thierry Souccar

Tout le monde en regarde (ou presque), comment le porno détruit l’amour, Thérèse Hargot, éd. Albin Michel

Autres conseils de la spécialiste:

  • Garder un droit de regard sur ce que consulte l'enfant (et les codes d'accès)
  • Définir les contenus que l'enfant n'est pas autorisé à consulter (pornographie, contenus haineux, armes, etc.)
  • Décider que le téléphone ou ordinateur s'utilise dans les pièces communes de la maison, ou dans la chambre porte ouverte
  • Ne pas fournir d'abonnement téléphonique à l'enfant avant la sortie de l'école secondaire