Les États-Unis divisés sur la place de la religion

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Ethique, Eglise et mission_2026-27_pavé
Dans un contexte où le gouvernement étasunien outrepasse régulièrement la séparation de l’Église et de l’État, le Pew Research Center publie les résultats de son enquête nationale sur la place de la religion dans la vie publique. De profondes divisions partisanes sont constatées, bien qu’une majorité de la population souhaite que les Églises restent à l’écart de la politique.

La Maison Blanche a organisé le 17 mai dernier un rassemblement chrétien de grande envergure pour fêter les 250 ans des États-Unis en « redédiant » officiellement le pays à Dieu. Cet événement a ravivé de vifs débats sur l’influence de la religion sur la politique. Nombreux sont ceux qui condamnent ce qui semble s’apparenter à du nationalisme chrétien*. En effet, l’administration Trump mobilise régulièrement le mythe d’une nation américaine chrétienne pour séduire ses électeurs et contenter ses soutiens. Pourtant, la séparation de l’Église et de l’État est garantie par le Premier Amendement de la Constitution (1791).

La veille de cet événement, le Pew Research Center a publié les résultats de son enquête nationale représentative sur la place de la religion dans la vie publique. Ce centre de recherche non partisan étudie la vie publique étasunienne, en particulier sur les enjeux religieux. Cette nouvelle étude, menée du 6 au 12 avril 2026 auprès de 3 592 adultes, montre de profondes divisions partisanes sur l’influence de la religion.

Les principaux chiffres

Une minorité croissante de la population étasunienne (37 % contre 18 % en 2024) affirme que la religion gagne en influence dans la société. C’est un niveau record depuis le début des enquêtes en 2002. Globalement, 55 % des adultes étasuniens ont une opinion positive du rôle de la religion dans la société. Mais dans le même temps, la grande majorité de la population souhaite que les Églises restent à l’écart de la politique (66 %) et qu’elles ne soutiennent aucun candidat (79 %). Ces deux dernières positions ont peu évolué ces dernières années.

L’enquête révèle que la connaissance du terme « nationalisme chrétien » grandit (59 % contre 45 % en 2024), bien que sa définition exacte ne soit pas toujours connue. L’opinion publique sur le sujet reste globalement plus négative (31 %) que positive (10 %), même si la majorité (59 %) ne se positionne pas. Mais si le terme se popularise, le soutien aux idées qui lui sont associées reste stable et minoritaire. En effet, 13 % de la population souhaitent l’abolition de la séparation de l’Église et de l’État et seulement 5 % pensent que Dieu favorise les États-Unis par rapport aux autres pays.

Par contre, la proportion d’adultes estimant que le gouvernement devrait déclarer le christianisme comme religion officielle du pays est légèrement en hausse (17 % contre 13 % en 2024). La majorité reste opposée à cela, même s’il est important de noter que 43 % de la population estime plutôt que le gouvernement devrait promouvoir les valeurs morales chrétiennes sans pour autant faire du christianisme la religion officielle.

De profonds clivages partisans

L’étude montre de profonds clivages partisans sur ces questions. Par exemple, la majorité des Républicains voit positivement l’influence de la religion dans la société et pense qu’elle devrait avoir un plus grand rôle dans la politique. Les Démocrates, eux, sont divisés entre opinions positives et négatives sur l’influence de la religion dans la société, mais la majorité estime que l’Église et l’État devraient rester strictement séparés. Concernant le nationalisme chrétien, les Républicains ont tendance à exprimer une opinion favorable ou une ignorance sur le sujet, tandis que les Démocrates expriment majoritairement une opinion défavorable.

Du côté des groupes religieux, les protestants évangéliques blancs sont les plus susceptibles d’exprimer des opinions favorables sur l’influence de la religion et sur les idées rattachées au nationalisme chrétien. Ce n’est pas vraiment une surprise, étant donné qu’ils représentent une partie essentielle de l’électorat de Donald Trump.

Et en Suisse ?

En Suisse, il n’existe pas encore d’études sur le sujet, mais plusieurs observateurs rendent attentifs à une évolution préoccupante de l’instrumentalisation du christianisme à des fins politiques. C’est le cas notamment de l’Alliance Évangélique Suisse, qui alertait en 2025 sur les dérives du nationalisme chrétien : « Une trop grande proximité avec le pouvoir politique rend impossible pour l’Église de jouer son rôle de vigie », sensibilisait son co-secrétaire général Andi Bachmann-Roth dans un entretien avec le média Evangelical Focus.

Rien n’interdit aux chrétiens de s’engager en politique, mais il est bon de se souvenir des paroles du Christ lorsque la tentation d’un pouvoir politique sacralisé survient : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18:36).


Le nationalisme chrétien* est une idéologie politique qui postule que l’identité d’une nation doit être définie par le christianisme et que l’État doit promouvoir ou protéger cette pratique religieuse. Il prône l’union du politique et du religieux, en s’opposant souvent à une stricte séparation des Églises et de l’État.

Lire l’enquête du Pew Research Center

Interview Jean Decorvet sur le nationalisme chrétien

https://lafree.ch/wp-content/uploads/2025/08/Nationalisme-chretien-version-longue-Jean-Decorvet-5ce.pdf

Un dossier Vivre sur le nationalisme chrétien


Nous avions consacré un dossier à la thématique de « La séduction du nationalisme chrétien » dans notre numéro de mai-juin 2025 du journal Vivre de la FREE. Vous y retrouverez les articles « Comment trier le vrai du faux ? », « Le nationalisme chrétien, contrefaçon politique » et « La confession de foi qui mêle vérités et mensonges ».