La deuxième édition de « Ta Rencontre », une journée destinée aux célibataires chrétiens de 20 à 65 ans, aura lieu ce samedi à Avenches. Lancée par Nicole, 41 ans, membre de l’Église @Home, avec le soutien de Christian Kuhn, l’initiative a rencontré un succès inattendu. Après 69 inscriptions lors de la première édition en 2025, 122 personnes se sont inscrites cette année. Les femmes sont toutefois majoritaires, particulièrement parmi les 47-65 ans, raison pour laquelle l’organisatrice accepte encore les inscriptions d’hommes dans cette tranche d’âge.
Un concept pensé pour multiplier les rencontres
Le concept de la journée repose sur des rencontres organisées : chaque participant-e échange avec toutes les personnes du sexe opposé ayant jusqu’à dix ans de plus ou de moins que lui ou elle. En fin de journée, chacun-e indique les sept personnes qu’il ou elle souhaiterait revoir. Si l’intérêt est partagé, l’organisatrice transmet les coordonnées. Deux couples se sont formés après l’édition 2025. « C’est mon moteur ! », se réjouit Nicole.
Pour la quarantenaire, cette journée répond à un vide. « Il n’y a quasiment rien pour les célibataires chrétiens en Suisse romande », explique-t-elle. Après plusieurs années passées dans des groupes WhatsApp de célibataires, elle a ressenti le besoin de créer autre chose. « J’ai contacté 400 Églises pour attirer des personnes de différents horizons, qui ne se connaissent pas encore. Dans les groupes WhatsApp, on finit par se connaître. Le renouveau est peut-être moins fréquent que dans une journée comme ‘Ta rencontre’. »
Quelle place pour les célibataires dans l’Église ?
Nicole souhaiterait que les Églises soient partie prenante pour organiser des rencontres et mieux relayer celles qui existent déjà. « Il y a beaucoup de femmes, de plus de 50 ans, qui sont seules, divorcées ou veuves. Ce serait super que les Églises mettent en place quelque chose pour elles et qu’elles encouragent également les hommes à s’inscrire à ces rencontres. De plus, beaucoup de célibataires ont le sentiment de ne pas trouver leur place dans les Églises, très centrées sur le couple et la famille », déplore-t-elle. Un constat que Lisa Zbinden partage. Formée en sociologie et en études genre, la jeune femme intervient dans les milieux chrétiens sur les questions de genre et de sexualité.
Le 7 mars dernier, elle organisait à Lausanne une journée intitulée « Le célibat, parlons-en vraiment » qui a réuni 130 personnes. L’idée lui est venue après la question surprenante d’une nouvelle convertie : « Est-ce qu’on peut suivre Jésus en étant célibataire ? »
Un manque de réflexion théologique sur le célibat
Selon Lisa Zbinden, la théologie du célibat n’est pas assez « robuste » dans les Églises. Elle rappelle pourtant que le Nouveau Testament élargit la notion de famille à la famille spirituelle. « Le dernier commandement de Jésus n’était pas de se marier et d’avoir des enfants, mais d’aller dans le monde et de faire des disciples. » Elle cite aussi l’apôtre Paul, célibataire, qui écrivait : « Je voudrais bien que tout le monde soit comme moi. » Pour Lisa Zbinden, cela montre qu’ « il existe une beauté du célibat, un cœur non partagé entièrement consacré à Dieu ».
Ne pas minimiser la souffrance des célibataires
Toutefois, elle refuse toute idéalisation. « Le célibat peut être très coûteux pour certaines personnes et il ne faut pas minimiser cette souffrance. » Elle souligne que beaucoup vivent une profonde frustration parfois accompagnée de honte. « Dans les Églises, on parle souvent du mariage ou de la sexualité, mais très peu de ce que signifie être un corps sexué tout en étant célibataire. » Elle insiste cependant sur le fait que le mariage n’est pas la solution absolue à la solitude. « Je connais des personnes mariées qui vivent une immense solitude. On peut vivre une vie riche relationnellement sans être marié. »
Des codes relationnels en pleine évolution
Ces tensions s’inscrivent dans un contexte où les relations amoureuses sont en pleine mutation. « On a énormément déconstruit les codes relationnels ces dernières années, après le mouvement MeToo. D’un côté, certaines femmes s’attendent à ce que les hommes soient entreprenants et de l’autre, beaucoup d’hommes ont peur d’être lourds ou maladroits. On ne sait plus sur quel pied danser. C’est bien que nous puissions dialoguer sur les attentes : qu’est-ce qu’on attend en tant que femme ? Et en tant qu’homme ? D’où la nécessité de proposer davantage de journées ou de formations sur le célibat. »
Enfin, elle constate une évolution plus large dans la société. Après deux décennies dominées par les applications de rencontres, elle observe « une lassitude de l’hyperconsommation amoureuse et sexuelle » et un retour des événements en présentiel. « Les gens ont besoin de rencontres plus spontanées. »
