Du 10 au 20 janvier : Pie Tshibanda à nouveau en tournée en Suisse romande

19 décembre 2012

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Ethique, Eglise et mission_2026-27_pavé
Le « fou noir » revient en pays romand... raconter les chemins de l’exil et dérider la politique d’asile. Dès le 10 janvier, Pie Tshibanda entame une nouvelle tournée qui l’emmènera tant à Chavornay, à Delémont, à Sion qu’au Petit-Lancy.

L’artiste belgo-congolais Pie Tshibanda l’a bien compris : l’humour permet d’exprimer des messages forts. Depuis bientôt 20 ans, il raconte sur scène des petites histoires qui ont trait à la colonisation et ses drames, et parle du racisme quotidien qu’il connaît bien. Car ces histoires qu’il égrène dans son One man show, ce sont d’abord les siennes.
Ainsi celle du demandeur d’asile débarqué un matin d’hiver de 1995 à l’aéroport de Bruxelles, qui comprend dès la première fouille qu’il est seul, qu’il est noir… qu’il a perdu sa respectabilité et surtout sa présomption d’innocence.
« On n’a pas toujours choisi de quitter son pays, clame-t-il sur scène. Quand je suis arrivé en Europe, j’ai vu deux files de gens pour sortir de l’aéroport. Dans l’une des files, cela se passait bien : les personnes montraient à peine leur passeport et puis sortaient. Dans l’autre file : contrôle de papier, bousculade, fouille dans la valise, interrogatoire… Moi, je me suis dit : ‘Tiens, deux files ; ici des gens respectables, ici des gens ‘bousculables’… Alors qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis allé du côté où cela se passait bien, car je me croyais respectable. Et voilà quelqu’un qui est venu vers moi et qui m’a dit :
— Monsieur, qu’est-ce que vous faites là ?
 Je lui ai répondu :
— Vous voyez bien, je fais la file, je dois sortir…
Et lui alors m’a dit ceci :
— Monsieur, vous vous êtes regardé ?…
Et là, je me suis examiné… Et pour la première fois, j’ai  découvert que j’étais noir ! Ma couleur c’est dans votre regard que je l’ai vue. »

Un « fou noir » au pays des blancs
Longtemps psychologue dans l’entreprise Gécamines du Katanga, province de la République démocratique du Congo (RDC), Pie Tshibanda a également enseigné et écrit des romans. Son spectacle « Un fou noir au pays des blancs » est ainsi d’abord un livre. « Quand je vois des choses qui ne marchent pas très bien autour de moi, j’ai une révolte intérieure que j’ai besoin d’exprimer. Alors j’écris. Et puis je raconte. Et ça marche, parce que je rejoins les gens dans ce qu’ils vivent, et dans ce qu’ils vivent mal. Et puis, j’y mets de l’humour, car des fois, il y a des messages difficiles à avaler. »
Pie Tshibanda est emmené dans sa tournée romande par Danilo Gay de l’association ARAVOH (Association auprès des requérants d’asile de Vallorbe, oecuménique et humanitaire). « Dans ma culture, quand tu souffres, tu partages ce qui te fait mal, explique l’artiste belgo-congolais. C’est ce que je fais. En Belgique, le commissaire général aux réfugiés apatrides m’a demandé un jour de parler à ses 300 juristes. Pourquoi ? Parce qu’il voulait qu’ils réalisent que derrière les dossiers, il y a des êtres humains qui souffrent. Vous voyez, il y a une humanité à rappeler, à faire entendre. Et à partager ! »
Gabrielle Desarzens