Reto et Barbara Lampert en mission intégrale au Tchad

Reto et Barbara Lampert en mission intégrale au Tchad
11 septembre 2012

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Reto et Barbara Lampert coordonnent le développement du Centre évangélique culturel et de formations polytechniques Al Tatawwur, à Bitkine, au Tchad. En donnant les moyens à des jeunes de suivre des formations et de sortir de la précarité, ils créent de l'espoir… et pratiquent la mission intégrale !

« L’Afrique nous aide à concilier le spirituel et le matériel, explique Reto Lampert, missionnaire au Tchad. Parce que, là-bas, le spirituel est partout. Et si, dans nos discussions avec des Africains, nous ne sommes pas sensibles aux questions spirituelles, alors nous sommes perçus comme des marginaux. » Actuellement en congé en Suisse, Reto et Barbara Lampert, membres de l’Eglise évangélique la Fraternelle à Nyon (FREE), coordonnent depuis 2009 un projet de développement humanitaire à Bitkine, une ville d’environ 18’000 habitants au centre du Tchad.
Plus précisément, ils proposent des formations techniques à des jeunes dans plusieurs domaines: fabrication et réparation d’outils agricoles, menuiserie, maçonnerie, serrurerie, soudure, couture, tricot, électricité et maroquinerie. Dès cet automne, un cours d’informatique sera introduit. Et, de manière ponctuelle, des cours de transformation de fruits ou d’utilisation d’un four solaire complètent le programme. Toutes ces activités sont rassemblées sous une enseigne et dans un lieu: le Centre évangélique culturel et de formations polytechniques Al Tatawwur (1).
Le Tchad est très pauvre, même si la situation s’améliore légèrement grâce à l’exploitation du pétrole. Beaucoup de Tchadiens vivent à la limite de la survie en cultivant un lopin de terre. Ainsi, le Centre Al Tatawwur donne à des jeunes des formations qui leur permettent de développer des activités complémentaires, d’améliorer leur situation, de faire des projets, d’espérer…

Missionnaires… un statut respecté
Le Centre Al Tatawwur est géré conjointement par une Eglise locale rattachée aux Assemblées évangéliques au Tchad (AET), et par la Mission évangélique du Tchad (MET). Quant au Service missionnaire évangélique (SME) de la FREE, il est engagé, en partenariat avec la MET, surtout dans la construction des locaux de ce centre de formation.
Lors d’un premier séjour de trois ans et demi à Mongo, également dans la partie sahélienne du Tchad, Reto et Barbara Lampert avaient travaillé en tant que collaborateurs de l’ONG chrétienne Food for the Hungry. Dans leur séjour actuel, ils apprécient de travailler directement pour l’Eglise locale qui conduit le projet. Dans une région où chaque habitant pratique ouvertement une religion – animisme, islam ou christianisme – et où les Occidentaux sont vus comme « de bons chrétiens », un missionnaire est considéré avec respect. Quant à l’Eglise locale, elle apporte une caution de sérieux et de durabilité au projet. Barbara rappelle que les œuvres ecclésiastiques sont respectées au Tchad: « Par exemple, les écoles catholiques pour la qualité de l’enseignement qu’elles dispensent. Beaucoup de membres des autorités tchadiennes, notamment des musulmans, ont passé par ces écoles. Nous aussi, nous devons être connus pour notre rigueur et notre professionnalisme. »
« Nous ne cachons pas notre statut de missionnaires, précise Reto. Cela ne nous a pas empêchés de recevoir des visites d’imams de brousse qui s’intéressaient à notre travail. Mais nous sommes très attentifs à travailler dans le respect des autres et de leurs convictions. » Les cours théoriques abordent des thèmes éthiques. L’un d’entre eux concerne le travail. « Durant leur formation, nos jeunes ont tendance à se décourager, déplore Reto. Nous leur montrons que Dieu ne considère pas le travail comme une malédiction. »

L’homme est un tout
En fait, nos deux expatriés se demandent si le concept de mission intégrale n’est pas une curiosité inventée par un Occident qui a perdu le sens du spirituel. « L’homme est un tout », rappellent-ils.
Reto et Barbara Lampert remplissent donc leur mandat de construction, d’organisation et de formation, conscients de la sensibilité des gens qu’ils côtoient aux questions spirituelles. Par exemple, ils offrent un soutien particulier à quelques jeunes, drogués ou malades, qui abordent sans retenue des questions liées à la foi. Reto aime aussi raconter l’histoire de cet animiste qui devait couper une branche et pensait devoir déposer un peu de son sang sur l’arbre pour se faire pardonner son geste. « Dans un cas pareil, explique-t-il, pour être constructive, la discussion doit intégrer des questions spirituelles. De tels partages, respectueux et authentiques, nous donnent de vrais amis. »

Un projet en voie d’achèvement
Durant trois ans, Reto et Barbara Lampert ont travaillé à la construction du centre et au démarrage des programmes de formation. Désormais, durant environ deux ans, ils formeront un directeur qui pourra reprendre leur travail. Celui-ci vient d’être trouvé, non sans difficultés. En effet, les personnes suffisamment formées pour un tel travail préfèrent être engagées par des ONG étrangères qui offrent des salaires sans rapport avec ceux pratiqués dans le pays. Le nouveau directeur est un pasteur de 30 ans. Il aura la possibilité de développer le volet culturel du projet Al Tatawwur: organiser des conférences et des projections de films, proposer de l’appui scolaire, monter une bibliothèque…
Lorsqu’ils sont venus pour leur deuxième séjour au Tchad, Reto et Barbara Lampert craignaient d’être motivés par l’habitude. Avec du recul, ils ne regrettent pas leur choix. Ils rencontrent beaucoup de bienveillance de la part des autorités qui leur ont dit: « Vous êtes revenus. Vous nous aimez! »
Claude-Alain Baehler

Note
1 Al Tatawwur signifie: développement, progrès pas à pas.