Philippe Martinez: escalade et foi, la formule gagnante d’un pasteur du Vercors

23 novembre 2009

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Le visage buriné, l’œil alerte et le verbe qui fuse, le Français Philippe Martinez, 55 ans, cumule les métiers de pasteur... et de guide de haute montagne. Un drôle d’amalgame qui a porté ses pas il y a trois ans jusqu’au haut de l’Everest. Et qui le pousse aujourd’hui dans une nouvelle association de protection de la nature. Rencontre.

En mai 2006, après deux ans de préparation, Philippe Martinez a quitté son village, sa paroisse, et sa famille à Die, dans le Vercors, pour escalader la plus haute montagne du monde. Un livre plus tard* et de passage en Suisse, il revient sur cette aventure qui lui a permis de célébrer un culte et de déposer une Bible à 8848 mètres d’altitude.
« J’aime la montagne, j’aime le silence, j’aime la lumière. Je suis allé au haut de l’Everest, parce que c’est vraiment une très belle montagne », déclare d’un trait cet homme qui dit aussi aimer l’action, le sport et les défis, et qui se qualifie lui-même volontiers d’hyperactif. Lorsqu’il évoque le sommet du monde, son débit ralentit cependant et l’émotion le gagne : « Ce qui m’a le plus frappé, même si je suis monté des dizaines de fois au sommet du Mont Blanc, que j’ai fait l’Eiger, le Cervin et d’autres sommets un peu partout dans les Apes, c’est qu’on y voit très loin, jusqu’au pic Lénine en Russie. On voit les montagnes du Pakistan et la courbure de la terre. L’arc de cercle, vous comprenez ? C’est stupéfiant. » Et ce guide d’évoquer le bleu du ciel « rendu marine, turquoise profond alors que tu es à plus de 8000 mètres d’altitude. Cela te fait une impression grave, tu es scotché ! »

Une Bible sur le toit du monde
De passage en Suisse chez l’un de ses amis, il explique encore que l’Everest, c’est 60 jours d’effort à plein temps. « Tu te lèves toutes les trois heures pour aller uriner, pour voir si tu ne fais pas un œdème. Et puis il peut faire jusqu’à – 35 o  la nuit et + 35 o le jour : ton corps prend une baffe ! J’ai fait 6400 mètres de dénivelé… Au sommet, on arrive à 4 pattes. Au retour, pendant 6 jours et 5 nuits, j’ai dormi pratiquement d’une traite, presque sans parvenir à me réveiller. J’avais épuisé mon organisme. J’ai mis un an et demi à récupérer. Les Sherpas ne font d’ailleurs l’Everest que tous les 2 ans. C’est pourquoi j’écris dans mon livre que l’homme n’a rien à faire au-dessus de 8000 mètres ! » Philippe Martinez rigole. Dans les 270 pages qui rendent compte du périple, il parle néanmoins d’une mission qu’il a senti devoir remplir, soit célébrer un culte et déposer une Bible sur le toit du monde.
« L’Everest est une extrémité et j’ai eu la conviction que Dieu me demandait d’aller jusqu’à cette extrémité-là, la plus haute, pour le louer ; et témoigner que ni la hauteur, ni la profondeur ne pourra séparer l’homme de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ », explique-t-il avec assurance.

Des challenges pour vivre
Mais qu’est-ce qui pousse cet homme de plus de 50 ans à multiplier ainsi les projets d’envergure avec la foi comme bouclier ? Le dernier en date : son adhésion à la toute jeune association « Respectons la terre », qui promeut les activités qui allient la nature et l’aventure en utilisant des énergies naturelles par exemple**. « J’ai besoin de challenges pour vivre, commente Philippe Martinez. La vie, je la trouve un peu fadasse. Il faut que cela bouge, que cela brasse. Eclate-toi et souviens-toi qu’il y a une humanité en face de toi : c’est comme ça que je comprends la foi. Tout ce qui est religieux et qui t’amènes à nier ton prochain, éloigne-t-en. »
Habitant à Die dans la Drôme, il a fondé une entreprise qui allie foi chrétienne et alpinisme, « Béthanie ». Il organise des camps chrétiens en montagne, et propose même des treks… dans le Sahara. Car Philippe l’évangélique nourrit une autre passion : la fenêtre 10/40, cette zone géographique située entre le 10e et le 40e parallèle, majoritairement musulmane, dont certains chrétiens font la priorité de leurs activités.

Gabrielle Desarzens
Cet article est paru le 12 septembre dernier dans La Liberté.

* Philippe Martinez, Le ciel pour seule limite, Paris, Presses de la Renaissance, 2007.
** www.respectonslaterre.org.

Bio express
1954 : Naissance à Alger.
1975-1980 : Sous-officier au sein du groupe militaire de haute montagne.
1981-1985 : Professeur guide du Centre national d’entraînement à l’alpinisme et au ski de la police nationale (CNEAS).
1985 : Démission de la police ; engagement dans un orphelinat en Afrique.
1988 : Constitution d’une église évangélique à Die.
Philippe Martinez est marié à Brigitte. Ils ont 4 enfants.