Silo : un directeur dépouillé de sa direction

18 novembre 2009

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« Départ forcé », « conflit interne » : la presse quotidienne a relaté cet été le malaise profond que traverse l’EMS d’Echichens, sans parvenir à élucider ce qui s’y passe. Le point sur une situation qui préoccupe nombre d’évangéliques.

« J’ai toujours aimé témoigner par les actes ». Manuel Rodriguez, 59 ans, est aujourd’hui un homme éprouvé. Rencontré dans sa maison, à Echichens au milieu des vignes, il est en congé maladie depuis mi-juin 2009. Directeur de la fondation Silo pendant 28 ans, il a traversé une année de conflit ouvert avec son Conseil de fondation sans, dit-il, en comprendre le fond. « On n’a jamais pu discuter clairement et de façon constructive. Ma femme et moi, nous nous sommes sentis accusés sur tous les plans. Difficile de lutter contre des arguments que nous estimons mensongers. »

La fondation Silo a fêté cette année son cinquantième anniversaire. Une étape marquée par l’ouverture d’une nouvelle annexe et d’une unité de psychogériatrie. Ces réalisations sont nées après plusieurs années de travaux de modernisation, qui ont notamment vu la création d’un lotissement d’appartements protégés. Ces extensions ont contribué à la réputation de qualité dont jouit tout l’EMS. Nonante-sept personnes y séjournent actuellement.

Les Rodriguez en disgrâce

Après des années de travail acharné et passionnant, le couple, parent de 5 enfants, dit être tombé comme en disgrâce auprès du Conseil de fondation, présidé à l’époque par Denise Doudin. « On a senti le vent tourner il y a cinq ans et demi », évalue Huguette Rodriguez aux côtés de son mari. « On s’est sentis pris comme dans un entonnoir : le conseil voulait nous voir prendre la porte et on a eu le sentiment d’être poussé sans rien pouvoir faire. » Manuel évoque, lui, l’image d’un rouleau compresseur et indique s’être senti écrasé.

En poste depuis juillet dernier, la présidente actuelle du conseil, Françoise Christ, parle de rupture des liens de confiance en soulignant cependant ne pas vouloir régler des comptes par presse interposée. Elle invoque les relations confidentielles qui lient l’employeur à l’employé, et déclare qu’elle se trouve actuellement dans un souci de solution concertée : « Nous avons proposé une convention de départ et cela fait plusieurs mois que nous attendons qu’elle aboutisse. C’est plus qu’invraisemblable. Il n’y a pas de diable et de saint dans cette histoire. » A la question de savoir si la fréquentation par les Rodriguez d’une église évangélique (L’Oasis à Morges) a posé problème, elle répond par la négative sans aucune hésitation.

Pierre-Yves Maillard en médiateur

« On nous a reproché d’avoir privilégié des engagements de personnes appartenant à notre communauté ecclésiale, estime néanmoins Manuel Rodriguez. On a connu des mises en garde et des attaques par rapport à notre appartenance à une église évangélique, ajoute-t-il. Or, nous n’avons jamais fait de prosélytisme ; bien au contraire, nous avons ouvert l’établissement sur les différentes communautés de la région, notamment par le biais de la création de l’Association d’aumônerie des EMS de la région morgienne. »

En désespoir de cause, le couple Rodriguez s’est adressé directement au Département vaudois de la santé et de l’action sociale. « Nos services et moi-même avons essayé pendant plus de 2 ans de jouer les médiateurs dans un conflit où nous ne disposons pas de bases légales pour trancher », explique à Lausanne le chef dudit département, Pierre-Yves Maillard. « Nous avons échoué dans cet exercice de bons offices et il revient désormais aux deux parties concernées de trouver une issue. »

Si Manuel Rodriguez n’a toujours pas donné son congé et n’a pas été licencié, le poste est d’ores et déjà mis au concours. Pour l’heure, un directeur intérim assure le suivi à 30%. « Notre responsabilité, au Conseil, est d’assurer que l’institution fonctionne », commente Françoise Christ.

Gabrielle Desarzens