Une petite cinquantaine de personnes ont passé trois jours dans les locaux de l’Eglise évangélique des Amandiers (FREE) à Lavigny (VD) autour du thème : « Vieillir : quelle spiritualité ? » Du 15 au 17 septembre, Linda Oyer et Louis Schweitzer, les initiateurs de Compagnons de route et de la formation ISCAS (Initiation à la spiritualité chrétienne et à l’accompagnement spirituel), ont ouvert des pistes pour permettre aux 65 ans et plus de découvrir, l’âge avançant, une « sérénité féconde ».
Prendre conscience des écueils
Les intervenants ont d’abord déblayé le terrain en recensant les pertes auxquelles chacune et chacun doit faire face, l’âge venant. Ils ont ensuite relevé les écueils qui ont pour nom : le déni face au vieillissement, la colère face à cette dégradation inexorable, les peurs face à la précarisation de l’existence et la mort… et même la dépression !
La théologienne Linda Oyer a invité les participants à prendre conscience qu’avec l’âge chacun passait de l’action, extraordinairement valorisée dans notre société, à la passion… ou pour l’exprimer d’une autre manière : du statut de « sujet », actif et qui décide, à celui d’« objet », « vulnérable aux actions des autres, dans un état de plus en plus d’inaction et de dépendance à l’endroit d’autrui ».
Elle a rappelé que l’apôtre Paul avait connu cela, lui qui, dans sa seconde lettre aux Corinthiens, relève qu’il subit insultes, persécutions, emprisonnements… qu’il « porte en lui la mort de Jésus afin que sa vie se manifeste… » (2 Co 4.10).
Jésus : de l’action à la Passion
Il en va de même pour Jésus qui, au début de son ministère, dans les récits évangéliques, est actif… et donc « sujet » de son ministère. Plus il approche de sa Passion, et plus il devient « objet ». Il se livre aux mains des êtres humains, vulnérable, et souffre jusqu’à la mort de la croix, en devenant un « objet » entre les mains des pécheurs que nous sommes.
En passant du statut de « jeunes vieux » (65 à 75 ans), à celui de « vieux » (75 à 85 ans), puis à celui de « vieux-vieux » (85 ans et plus), beaucoup découvrent l’inaction croissante et la non-maîtrise. Dans cette tranche de vie, se rappeler que Jésus, même s’il n’a jamais été retraité ! est entré dans sa Passion, dans cette inaction… et qu’il a, ce faisant, montré la gloire de Dieu (Jean 13.31), peut ouvrir devant chacune et chacun un chemin vers la « sérénité féconde ». Ce temps où l’être humain n’est plus dans le faire, mais dans l’être. Il y a alors de quoi développer les vertus théologales (la foi-confiance, l’espérance et l’amour) ainsi que le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté… (Galates 5.23).
Éclairer une certaine sagesse universelle par la foi
De son côté, l’éthicien Louis Schweitzer a rappelé que la foi chrétienne véhiculait une « sagesse humaine » que beaucoup ont rapproché du stoïcisme, ce mouvement philosophique de l’Antiquité, dont quelques grandes figures ont pour nom Epictète (Le Manuel) ou Cicéron (De la Vieillesse). Plusieurs théologiens des premiers siècles de l’histoire de l’Eglise ont repris certains des thèmes de prédilection de ces philosophes en lien avec le vieillissement, en ajoutant l’importance de la confiance en Dieu qui prend soin de ses enfants, tout comme il prend soin des oiseaux du ciel (Matthieu 6.26). « Accepter la réalité de l’âge est le début de la sagesse. Le faire avec reconnaissance face au Dieu qui est amour permet, d’entrer dans une démarche de confiance à cause de Jésus ! » a-t-il ajouté.
Du point de vue pratique, face à la mort qui approche, Linda Oyer a invité les participants à « bien faire leurs deuils » : en reconnaissant et en réfléchissant aux pertes que l’on traverse, en « ritualisant » le consentement par le don de ses pertes au Seigneur, et en guettant les nouveaux bourgeons qui pourraient naître suite aux pertes que nous vivons. Cheminer vers la fin de sa vie devrait également favoriser le fait de faire la paix avec son passé et de trouver dans nos vies des traces de la présence mystérieuse du Seigneur.
Goûter à la prière contemplative
En guise de conclusion, Louis Schweitzer, auteur de « Les chemins de la vie spirituelle. Esquisse d’une spiritualité protestante » (1), a relevé que la retraite permettait de « dépasser une certaine superficialité dans sa vie spirituelle ». La pratique de la prière contemplative, par exemple, favorise le fait de passer du temps avec Dieu dans le silence, en murmurant un mot comme : Jésus, Abba, Seigneur… « Conscient du fait qu’avec la prière contemplative il importe de s’asseoir confortablement, mais pas trop… Le but n’étant pas la sieste ! »
Note
1 Louis Schweitzer, Les chemins de la vie spirituelle. Esquisse d’une spiritualité protestante, Cléon-d’Andran, Excelsis, 2003, 160 p.