Une Suisse chrétienne ? Le Réseau évangélique fait le point

lundi 26 avril 2010

A l’occasion de son assemblée générale annuelle samedi dernier, le Réseau évangélique avait mis à l’ordre du jour l’identité chrétienne de la Suisse. Une conférence de Tom Bloomer, recteur de l’Université des nations, a lancé le débat qui a été poursuivi par une table ronde. Echo d’un débat où les intervenants ont souligné que la Suisse n’était pas une nation chrétienne.

Plus de 200 personnes ont participé le samedi 24 avril à l’Eglise évangélique Lazare à Bussigny à la conférence du Réseau évangélique autour du thème : « La Suisse est-t-elle une nation chrétienne ? » Parmi les participants, des responsables d’Eglise et d’oeuvre, mais aussi de nombreux évangéliques actifs en politique.
Après l’acceptation de l’initiative anti-minarets et dans un contexte où le Parti évangélique souhaite lancer une initiative sur l’inscription des racines chrétiennes du pays dans la constitution, une telle journée constituait un test pour entrevoir ce qui « grenouille » dans la marmite évangélique à propos de l’identité chrétienne de la Suisse.

Une nation christianisée plutôt que chrétienne !
A l’unanimité, les intervenants ont mis en avant que la Suisse n’était pas une nation chrétienne. « Non ! a lâché dans sa conférence Tom Bloomer. Une nation ne peut être chrétienne, parce qu’elle ne peut se convertir comme un individu. Néanmoins la Suisse est une nation christianisée », a relevé cet Américain, naturalisé Suisse en 1993, et dont le nom de famille révèle des origines glaronaises. Pour étayer son propos, le recteur de l’Université des Nations de Jeunesse en mission a relevé plusieurs caractéristiques helvétiques qui, à son sens, reflètent l’influence de la Bible sur la culture et le système politique helvétique : la valorisation de l’individu et donc de la démocratie, le fait que la loi soit au-desssus de tous les humains, y compris des puissants, la valeur du travail, la ponctualité, l’honnêteté... Tom Bloomer a encore ajouté que la situation actuelle de la Suisse lui faisait penser à celle du peuple d’Israël qui, du temps du prophète Samuel et de ses fils, demandait un roi (1 Samuel 8). « Demander une présidence plus forte en Suisse, c’est suivre les traces de la France ou des Etats-Unis, a-t-il commenté. La Suisse est unique de par son incroyable diversité sur un territoire aussi petit, avec aussi peu de population, de par les outils démocratiques qu’elle s’est donnés, l’initiative populaire et le référendum, de par la diffusion du pouvoir à toutes sortes de niveaux de la société, de par la discipline intérieure de ses habitants, un fruit de la foi chrétienne... »

« Stop à la mythologie du passé chrétien de la Suisse ! »
Dans le débat qui a suivi cette conférence, Robin Reeve, pasteur et professeur associé à l’Institut biblique et théologique Emmaüs, a pris ses distances par rapport à Tom Bloomer. « Il faut rompre avec la mythologie du passé chrétien de la Suisse, a-t-il lancé, et s’interroger sur l’identité du Dieu qui était servi et adoré par les Waldstätten et leurs descendants. » Selon ce pasteur de l’Union des Eglises évangéliques de Réveil, ce Dieu, au vu de la manière dont les Suisses vendaient leur force physique dans nombre d’armées européennes au Moyen-Age, avait peu de choses à voir avec le Dieu de l’Evangile !
Maximilien Bernhardt, l’un des autres participants au débat, lui a rétorqué qu’il ne s’agissait pas d’idéaliser la Suisse. Mais malgré cela, le député UDF au Grand Conseil vaudois considère la Suisse comme « une terre chrétienne, une terre où la foi en Jésus-Christ est à la base des valeurs de la société ». Des valeurs qu’il essaie de décliner au travers de son mandat dans les domaines de la famille, de la lutte contre les dépendances, de la protection de la vie ou de la lutte contre l’ouverture des magasins le dimanche.

Une paix religieuse malgré le christianisme
De son côté, le sociologue Philippe Gonzales a permis de faire un pas de côté par rapport à l’identité chrétienne de la Suisse. Il a tout d’abord rappelé que cette identité, si elle était chrétienne, était plurielle parce que, depuis la Réforme du XVIe siècle, catholique, réformée... et anabaptiste ! Ce sociologue a également rappelé que la paix religieuse s’était faite en Suisse sans le christianisme plutôt qu’avec lui. Pour lui, il est ainsi surprenant de voir les évangéliques s’intéresser aujourd’hui à l’identité chrétienne de la Suisse, alors que ce sont des milieux qui revendiquent la liberté de conscience et qui ont souhaité s’affranchir de tout lien avec l’Etat.
Philippe Gonzales a aussi rappelé l’importance dans notre société démocratique de la distinction entre vérité et opinion. Les vérités, religieuses notamment, relèvent des Eglises, mais la société véhicule des opinions qui sont le fruit d’un consensus entre divers acteurs de la société. Pour lui, il est tout à fait impossible aujourd’hui d’appliquer des vérités bibliques dans l’espace public. Il s’agit plutôt de contribuer à élaborer des opinions qui, l’espace d’un temps, contribueront à forger des lois et à mener une politique.

Des actes concrets plutôt qu’une lutte pour le pouvoir !
Les différentes positions par rapport à l’identité chrétienne de la Suisse se sont retrouvées dans un plaidoyer pour que les évangéliques suisses soient avant tout connus pour leur compassion et leur disposition à servir la population de ce pays. Tom Bloomer a ainsi rappelé que les réveillés du XIXe siècle étaient connus pour avoir fondé des hôpitaux, des orphelinats et nombre d’associations qui ont lutté pour un mieux-être de tous. Robin Reeve, de son côté, a renvoyé au livre de Gregory Boyd, « The Myth of a Christian Nation. How The Quest for Political Power is Destroying the Church » (Le Mythe d’une nation chrétienne. Comment la recherche du pouvoir politique détruit l’Eglise) et souligné combien il était fécond de poser des actes concrets pour le bien de la société, plutôt que de vouloir s’inscrire dans une lutte pour le pouvoir au nom de nos racines chrétiennes.

Serge Carrel

  • Encadré 1:

    Christian Kuhn et Michael Mutzner élus
    Lors de son assemblée générale du 24 avril, le Réseau évangélique a élu Christian Kuhn comme secrétaire général et Michael Mutzner comme secrétaire général adjoint. Ils rejoignent à la direction du Réseau évangélique Norbert Valley, président et pasteur dans l’Eglise évangélique Arc-en-ciel à Gland (FREE). L’élection de ce tandem intervient suite au départ de Jean-Paul Zürcher, l’un des artisans de la fusion entre l’Alliance évangélique et la FREOE en 2006.

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