L’implantation d’Eglises après la chrétienté selon Stuart Murray

jeudi 13 mars 2014

En octobre dernier, Stuart Murray, pasteur baptiste anglais et implanteur d'Eglise, était l'invité de la pastorale mennonite romande dans le Jura bernois. Il a développé différentes perspectives qu'Elisabeth Baecher a relayées dans le journal des mennonites suisses Perspective. Voici le troisième volet de cette série (1). A noter que Stuart Murray sera l'invité de la fête de la FREE le 2 novembre prochain à Yverdon-les-Bains.

L'implantation d'Eglises a été une conséquence naturelle et nécessaire de la mission chrétienne. Partout où l'Evangile a été proclamé, où les gens ont répondu à Jésus-Christ, des Eglises ont été implantées. Car l'Evangile doit être incarné dans la culture et le contexte de chaque région.
Dans la chrétienté, la tension entre l'Evangile et la culture avait largement disparu, puisque les Eglises étaient partout. Mais alors que la chrétienté est en train de mourir, nous sommes confrontés à de nouveaux défis. Comment pouvons-nous raconter et vivre l'histoire de Jésus dans une culture en mutation ? Comment l'Evangile rencontre-t-il cette culture ? De quels types d'Eglises avons-nous besoin ?

Pourquoi implanter des Eglises ?
Il existe de nombreuses raisons :
- remplacer les Eglises qui ont fermé, laissant certaines régions sous-équipées ;
- remplacer les Eglises inefficaces qui ne sont pas engagées dans la mission ;
- déménager et redistribuer les chrétiens de façon plus stratégique dans la société ;
- libérer de l'espace dans des lieux de culte trop pleins ;
- offrir de nouvelles possibilités de service et de leadership ;
- fournir un éventail plus large de styles d'Eglises ;
- permettre que des Eglises ciblées et spécialisées voient le jour...

Quels types d'Eglises ?
L'implantation d'Eglises continue à représenter une réponse essentielle aux défis missionnaires d'aujourd'hui. Elle offre énormément d'avantages dans une culture diversifiée et en évolution rapide. Elle fournit aussi aux dénominations des occasions d'expérimenter de nouvelles formes de mission et d'Eglise. Elle offre un cadre dans lequel on peut prendre des risques, tout en gardant un soutien pastoral suivi.
Mais seules certaines formes d'implantation seront utiles :
- celles qui reflètent profondément le contexte culturel dans lequel elles se trouvent ;
- celles qui sont attentives aux critiques des personnes pour qui les formes habituelles de l'Eglise ne fonctionnent pas ;
- celles qui tentent d'incarner l'Evangile dans des groupes de personnes que les Eglises existantes n'atteignent pas...

Du XVIe siècle...
Une pratique qui distinguait les anabaptistes du XVIe siècle des réformateurs – et qui exaspérait les réformateurs – était l'implantation d'Eglises. Alors que les réformateurs se concentraient sur la réforme des Eglises établies, les anabaptistes étaient convaincus que la Réforme était insuffisante et qu'il était crucial d'établir de nouvelles Eglises.
Ils en ont implanté des centaines en Europe. Certaines étaient communautaires, avaient une bourse commune et soutenaient les missionnaires qui voyageaient dans toute l'Europe pour en implanter de nouvelles. D'autres étaient charismatiques, animées par des visions et pratiquaient un culte plus exubérant. D'autres Eglises encore étaient plus sobres, consacrées à la lecture de la Bible et à l'étude biblique.
Une caractéristique de ces nouvelles Eglises était alors d'être illégales, et donc d'être soumises à la persécution et menacées de fermeture. Ceux qui implantaient des Eglises risquaient particulièrement l'arrestation, l'emprisonnement, la torture et l'exécution.

... à nos jours
Nous qui souscrivons aux valeurs de la tradition née de ce mouvement, comment pouvons-nous évaluer les initiatives d'implantations d'Eglises contemporaines ?
Voici quelques questions que Stuart Murray suggère de poser à ceux qui implantent des Eglises contemporaines :
• Pour votre implantation d'Eglise, comment comprenez-vous la nature et le but de l'Eglise ?
• Quels principes allez-vous intégrer en rapport avec les ministères, la responsabilité et la discipline de l'Eglise ?
• Comment permettrez-vous à l'Esprit Saint de s'exprimer ?
• Comment la nouvelle Eglise peut-elle se développer sans mettre en péril la vie même de sa communauté ? La croissance numérique est-elle toujours un signe de santé ?
• De quelle manière cette nouvelle Eglise sera-t-elle une « bonne nouvelle pour les pauvres » ?
• Quels sont les avantages et les inconvénients de posséder un bâtiment ?
• Comment les questions de paix et de justice pourraient-elles être intégrées dans la fondation de la nouvelle Eglise, plutôt que d'être greffées à un stade ultérieur ?

Pour durer
Y a-t-il des façons de démarrer de nouvelles communautés qui permettront aux Eglises de maintenir sur une longue période une stratégie d'implantation, sans épuiser leur personnel et les finances, comme c'est le cas habituellement dans le modèle Eglise mère/Eglise fille ?
Les anabaptistes ont reconnu les gens ayant des ministères itinérants et les ont libérés, individuellement et en équipe, pour évangéliser et implanter des Eglises. La vie simple et le partage économique ont le potentiel de libérer les ressources nécessaires.
En Grande-Bretagne, le projet Urban Expression (2) illustre une telle démarche d'implantations d'Eglises à travers de petites équipes autofinancées.
Elisabeth Baecher, rédactrice responsable du mensuel mennonite Perspective (3)

Notes
1 D'après les conférences et les notes de Stuart Murray. Orateur de la retraite de la Pastorale mennonite romande à Tramelan, du 17 au 19 octobre 2013, il a publié l'an dernier Radicalement chrétien ! Eléments essentiels de la démarche anabaptiste, Coll. Perspectives anabaptistes, Charols, Excelsis, La Talwogne, 2013, 200 p. Prix : 26.-
Pour découvrir les autres contributions autour de Stuart Murray et de la postchrétienté, cliquer ici.
2 Voir le site de ce mouvement.
3 Lafree.ch remercie Perspective, le journal des Eglises mennonites suisses, de l'autorisation de publier cette contribution.

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