Comment concilier pratique sportive et vie de foi ?

Sport de compétition
14 mai 2026

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Pavé_ Pour nous ouvrir au St-Esprit
Pratiquer un sport implique souvent entraînements intensifs, esprit de compétition, tournois les dimanches...qui peuvent sembler s'opposer à l'engagement chrétien. Interview croisée avec Stéphane Rossel, pasteur à la Climbing Church (FREE) et Sandrine Ray, ancienne sportive d’élite devenue aumônière sportive. [Cet article est d'abord paru dans le journal VIVRE, édition janvier-février 2026]

Quelles sont, selon vous, les principaux défis auxquels un chrétien peut être confronté lorsqu’il cherche à concilier exigences sportives et engagement spirituel ?

Stéphane : La gestion du temps et des priorités ! Un sportif loisir qui s’entraîne une ou deux fois par semaine n’aura pas de difficulté à concilier d’autres engagements quels qu’ils soient. Mais s’il veut performer dans son sport, il faudra qu’il apprenne à gérer son temps. C’est identique pour toute passion : musique, photo, etc.

Sandrine : C’est une question fondamentale que se posent souvent les athlètes, car ce sont deux mondes très différents. Dans le sport de performance, tout se mérite : on joue, on reçoit un maillot, une reconnaissance, seulement si on est assez bon. Rien n’est jamais acquis, et tout ce qu’on a gagné en travaillant dur peut se perdre très vite. Les réalités du Royaume sont à l’inverse. Dieu nous aime sans condition, sans que nous n’ayons rien à prouver. Nous recevons tout gratuitement : son amour, la vie éternelle, notre identité de fils et de filles de Dieu, et tout cela ne peut pas être perdu.

Il ne s’agit pas de vivre pour le sport d’abord, puis pour Dieu après, mais d’apprendre à concilier les deux. Comme Jésus l’a dit, je vis dans le monde sans être de ce monde. L’enjeu, c’est de vivre dans le milieu du sport sans en être captif, en restant libre en Christ, enraciné dans son identité, et en étant sel et lumière là où nous sommes.

Que faire quand les entraînements prennent beaucoup de place au détriment de l’Église ?

Stéphane : Si la vie chrétienne se résumait à  aller au culte», alors il y aurait un sérieux problème chez les chrétiens ! Heureusement que ce n’est pas le cas. Le film « Les chariots de feu » montre le dilemme d’Eric Liddell aux JO de 1924 qui a refusé de courir le 100m un dimanche. Sa démarche visait à rendre témoignage à Dieu devant tous. Et c’était très pertinent ! Mais en 2026, cent ans après, le témoignage pertinent serait peut-être de faire l’inverse pour susciter une réaction : « Tu es chrétien et tu viens courir avec nous un dimanche matin ? Tu n’es pas à l’Église ? » Et c’est l’occasion de dire que notre relation à Jésus-Christ va bien au-delà du culte à l’Église.

Sandrine : Je crois que, dans toutes les saisons de la vie, c’est un choix de placer Dieu au centre et de chercher comment vivre sa foi concrètement dans ce que l’on traverse. Chaque situation est une occasion d’intégrer Dieu dans sa vie quotidienne. J’observe que certains sportifs, même s’ils vont peu à l’Église, vivent une foi saine : ils se nourrissent de la Parole, écoutent des enseignements, restent en lien avec d’autres croyants et grandissent spirituellement. À l’inverse, d’autres vont à l’Église sans forcément progresser dans leur foi. Aller à l’Église ne garantit donc pas, à lui seul, une croissance spirituelle. Cela dit, j’encourage les athlètes à rester connectés à Dieu et à la communauté, car la Bible nous appelle à ne pas vivre notre foi seuls, mais à nous nourrir ensemble de la Parole, du pain de vie.

La compétition suppose ambition et rivalité, alors que la Bible appelle à l’humilité, à honorer les autres et même à les voir au-dessus de soi-même. Comment un sportif chrétien peut-il vivre ces deux réalités ?

Stéphane : Elles ne sont pas du tout incompatibles. On peut être compétitif, chercher à être meilleur que son adversaire, tout en le respectant et en l’honorant. Il y a nombre de sportifs rivaux qui sont de grands amis. Beaucoup de sportifs loisir se battent contre eux-mêmes, leur propre chrono, leur propre performance. Ce qui ne les empêche pas d’apprendre à se respecter, à s’aimer et à accepter leurs faiblesses. Et l’humilité est la meilleure attitude à développer pour progresser.

Jusqu’où l’esprit de compétition peut-il aller ?

Sandrine : L’esprit de compétition est bon s’il permet justement d’élever l’autre, d’aider l’autre à se dépasser et puis s’il se fait dans le respect de l’adversaire. Là où ça devient faux, comme dans la vie d’ailleurs, c’est quand la compétition amène à tricher, à blesser, à enfreindre les règles, la moralité ou l’éthique. C’est là que se situe la limite de la compétition. C’est aussi là qu’on voit toute l’importance de connaître sa valeur et son identité en Christ, et de ne plus rien avoir à prouver. Alors que lorsqu’on se sait pleinement aimé et reconnu par Dieu, on n’a plus besoin de chercher cette reconnaissance dans le regard ou les succès du monde.

Pour vous, le sport est-il un espace possible de louange ou de témoignage ? Si oui, comment cela se manifeste-t-il concrètement dans votre milieu ?

Stéphane : Oui tout à fait ! De louange si le sportif a un cœur pour louer Dieu. Et de témoignage, très clairement. Dans le milieu de l’escalade, les grimpeurs forment une sorte de communauté, avec un même langage, une même passion, rassemblant des personnes de tous milieux sociaux. C’est donc très facile de nouer des liens amicaux et de parler « vérité ». Si le grimpeur chrétien aime Jésus-Christ, la communauté va vite le savoir. Et s’il en a honte… aussi !

Sandrine : Alors oui, je pense vraiment que nous sommes corps, âme et esprit. De la même manière que nous louons Dieu avec notre voix, notre cœur ou nos pensées, nous pouvons aussi le louer avec notre corps. Dieu est un Dieu de vie, de mouvement et de créativité. Donc, si on met mouvement et créativité ensemble, le sport existe. En ce sens, le sport, je pense, a été voulu par Dieu, puisque nous sommes créés à son image. Nous sommes appelés à être témoins partout, y compris dans ce milieu. Cela peut se vivre de multiples façons : par l’amour, la présence, les actions ou les paroles. Certains athlètes témoignent en prenant soin de leurs coéquipiers, en étant présents dans les moments difficiles, d’autres en partageant plus explicitement leur foi, par exemple sur les réseaux sociaux.

Pensez-vous que le sport peut devenir une forme de religion dans notre société ?

Stéphane : Si par religion on entend : tout ce qui prend pouvoir sur une personne, qui influence sa gestion financière, ses relations, ses loisirs, son travail et toute sa vie, alors oui, le sport peut devenir une religion. Et les médias poussent à idolâtrer certains sportifs ou clubs sportifs, oui. Mais on ne peut ni éviter, ni empêcher les gens d’adorer ce ou ceux qu’ils veulent. Et heureusement !

Sandrine : Je pense que le sport est devenu une forme de religion dans notre société. On y retrouve beaucoup de codes similaires : les rassemblements, les chants, les rituels d’avant-match, autant pour les sportifs que pour les spectateurs. La question est alors de savoir comment éviter que le sport ou l’athlète ne devienne une idole. En réalité, comme pour toute chose, tout peut être idolâtré si Dieu n’est pas notre référence et notre autorité. Si Dieu n’occupe pas cette place centrale, l’être humain cherchera ailleurs à combler ce vide intérieur, et le sport peut facilement devenir ce substitut.

Propos recueillis par Anne-Charlotte Müller