J’apprécie souvent Martina Chyba et ses prises de positions, légères mais incisives. Voici que dans son billet « Cher Pape, athée souhaits » du 18 juin, elle nous partage plusieurs découvertes. La première, que le Pape peut avoir des prises de positions pertinentes sur l’intelligence artificielle ou la guerre en Iran. La seconde, que la création du monde et de l’humanité, marcher sur les eaux, changer l’eau en vin, bref tout ce qui est de l’ordre du miraculeux n’est « pas très crédible » et « moyennement vraisemblable ». Et donc que si chacun utilisait ses petites cellules grises, on se rendrait bien compte que les récits de la Bible et la religion en général sont de l’ordre de la fable.
Quid des grands penseurs chrétiens?
Heureusement que quelqu’un est là pour nous ouvrir les yeux. Des penseurs de premier plan comme Kepler, Pascal, Faraday, Newton, Maxwell, Dostoïevsky, Tolkien, Soljenitsyne et tant d’autres ont cru sincèrement, et donc naïvement, au message chrétien, et n’ont pas eu de bonne âme pour les dessiller. Merci Madame !
Sauf que par définition les miracles outrepassent le fonctionnement normal du monde, et sont donc invraisemblables. Par définition s’il existe un Dieu Tout-Puissant, il peut agir au-delà du fonctionnement normal du monde, qu’il a mis en place. Bref, Mme Chyba n’offre pas un argument, mais une tautologie.
Les apports pour l’humanité
Elle nous partage aussi sa conviction que le monde serait meilleur sans les religions. Discuter si « les religions » sont bonnes ou mauvaises est à peu près aussi pertinent que discuter si « l’art » est beau ou laid ; parlons alors spécifiquement de la foi chrétienne. Voici donc que le monde serait meilleur sans l’idée d’une dignité égale et intrinsèque de chaque personne humaine, née de la doctrine de la création de l’humanité à l’image de Dieu. Sans hôpitaux, inventés par les chrétiens pour le soin des pauvres. Sans universités, fondées à partir des diverses écoles chrétiennes et monastiques. Sans science moderne, dont la théologie chrétienne fut le terreau. Sans la Croix-Rouge et les conventions de Genève, initiées par le chrétien évangélique Henri Dunant et portées par le commandement de Jésus d’aimer ses ennemis. Allez prétendre que l’humanité serait très bien arrivée à ce principe sans Jésus !
L’argument de la violence, à double tranchant
Bien sûr, on peut déplorer le sang versé au nom des religions. Qu’il me soit permis de suggérer que l’Église a versé le sang quand elle a trop peu écouté son fondateur, et trop fonctionné sur des principes humains avec un vernis de langage religieux. Dans toute cette violence, comment faire la part de la religion et des tendances humaines naturelles ? Si seulement il y avait eu des sociétés explicitement fondées sur l’athéisme dont on puisse évaluer la violence ! Se rappelle-t-on la révolution culturelle chinoise, le goulag, les purges et famines staliniennes, l’asservissement de la moitié de l’Europe, et les massacres des Khmers rouges ? Peser l’hémoglobine n’est guère pertinent, mais l’argument par le sang versé est à double tranchant.
Se poser les bonnes questions
Foi et religion sont des sujets trop sérieux pour les arguments de café du commerce. Si on allait un peu plus loin ? Lire ou écouter quelques chrétiens sérieux et réfléchis pour comprendre ce qu’ils croient vraiment. Se poser quelques questions telles : Pourquoi quelque chose existe-t-il plutôt que rien ? D’où viennent les lois naturelles qui régissent notre monde ? Comment expliquer qu’elles permettent l’existence d’une vie intelligente telle que nous ? Si nous n’existons que comme véhicule pour notre génome dans une lutte pour la survie, pourquoi le meurtre ou le génocide seraient-ils mauvais ? D’où vient la moralité ? Si elle n’est que construction humaine, de quel droit juger une morale humaniste bienveillante meilleure que le trumpisme ou le nazisme ? Et si des actes sont bons ou mauvais dans l’absolu, qui fixe la norme ?
Finalement Mme Chyba nous invite à faire travailler notre cerveau sur des questions de foi et religion. Amen !
*Groupes bibliques des écoles et universités: https://www.gbeu.ch/