Télescopage intéressant !
D’un côté, des chrétiens vaudois, proches de l’organisation Prière pour la Suisse (www.gebet.ch), invitent à fêter le Jeûne fédéral sur le lieu de la bataille de Grandson (https://sites.google.com/view/jf-2026-vd/accueil). Ils proposent de prier « sur les terres mêmes où les Confédérés ont prié avant l’affrontement ». Ils proposent de prier pour un retour des habitants de la Suisse vers Dieu : « Fais de notre pays un peuple qui te cherche, t’honore et te sert ».
D’un autre côté, à l’occasion du Jeûne fédéral, les vaudois ont reçu un « Message du Conseil d’État » (www.faovd.ch/actualite/1442/Le-message-du-Conseil-d-tat) qui prend acte de l’évolution de ce jour spécial : « La dimension d’actions de grâce, de pénitence et de prière accolée à ce jour s’est étiolée au fil du temps ». Il propose de lui donner un sens nouveau : « Que ce lundi du Jeûne soit placé sous le signe du temps partagé, élément essentiel de notre cohésion sociale ! »
Qui a tort ? Qui a raison ? Faut-il prier pour une Suisse « plus chrétienne » ? Faut-il prendre acte de la déchristianisation de notre pays et trouver un nouveau sens au Jeûne fédéral ?
Prier pour que les habitants de notre pays s’intéressent à Dieu fait partie du mandat missionnaire que Jésus adresse à chaque chrétien : « Faites des disciples parmi tous les peuples » (Mt 28.19). Mais cette prière ne devrait pas s’inscrire dans une attitude nostalgique, dans le regret d’une « Suisse chrétienne »… qui n’a jamais vraiment existé.
Jésus nous explique que les chrétiens sont « sel de la terre » (Mt 5.13), c’est-à-dire une quantité infime qui donne du goût dans une société pas vraiment chrétienne. Jésus nous appelle, non à être nostalgiques d’un bon vieux temps fantasmé, mais à former une minorité bienfaisante et interpellante : « Votre lumière doit briller devant tous les hommes, pour qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils en attribuent la gloire à votre Père céleste » (Mt 5.16).
Le Conseil d’État vaudois, quant à lui, nous invite à la lucidité : reconnaître que la population de notre pays est très largement déchristianisée, que le Jeûne fédéral a perdu son sens initial, que nous sommes dans l’ère post-chrétienne. Il nous propose de remplacer la repentance et la prière par le partage et le temps libéré. Il cite le bénévolat – y compris celui pratiqué dans les Églises – comme un apport indispensable à la cohésion sociale.
Mais, quelles forces incitent au bénévolat, au don de soi et au temps partagé ? Des valeurs, des idéaux, de la spiritualité et, surtout, Dieu lui-même. Voilà le moteur de l’altruisme ! Et c’est peut-être à nous de le dire à celles et ceux qui n’ont pas assez conscience de la dimension spirituelle de l’être humain.
« Votre lumière doit briller devant tous les hommes, pour qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils en attribuent la gloire à votre Père céleste ».