À l’approche des votations fédérales du 14 juin 2026, plusieurs organisations et partis chrétiens suisses ont pris position sur les deux objets soumis au peuple : la modification de la loi fédérale sur le service civil et l’initiative populaire de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) ». Si certains acteurs chrétiens convergent dans leur opposition à ces projets, d’autres y voient au contraire une réponse nécessaire aux défis auxquels la Suisse est confrontée.
Réforme du service civil
Concernant la réforme du service civil, le Parti évangélique suisse (PEV) et le réseau chrétien ChristNet recommandent de voter non. Selon eux, les nouvelles restrictions prévues rendraient l’accès au service civil beaucoup plus difficile et entraîneraient une diminution importante du nombre de civilistes. Les conséquences seraient particulièrement sensibles dans les domaines de la santé, du social, de l’éducation spécialisée ou encore de la protection de l’environnement, où les civilistes apportent aujourd’hui une contribution significative.
ChristNet estime en outre que la réforme ne répond pas à un besoin réel de l’armée. L’organisation rappelle que les effectifs militaires demeurent supérieurs au minimum fixé par la loi et considère que le durcissement des conditions d’accès au service civil risque surtout de pousser davantage de jeunes vers l’inaptitude médicale plutôt que vers le service militaire.
L’Union démocratique fédérale (UDF) défend pour sa part la révision de la loi. Le parti considère qu’il est nécessaire de garantir durablement les effectifs de l’armée et de la protection civile. Pour ses représentants, la réforme vise également à renforcer l’équité entre les personnes astreintes au service et à éviter que le service civil ne soit perçu comme une solution plus confortable que le service militaire.
Initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! »
L’UDF soutient l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! ». Le parti estime que la croissance démographique actuelle exerce une pression excessive sur le logement, les infrastructures et l’environnement. Selon lui, un plafonnement de la population permettrait de mieux préserver la qualité de vie et de reprendre le contrôle de l’immigration.
À l’inverse, le PEV, ChristNet ainsi que l’Entraide protestante suisse (EPER) appellent à rejeter l’initiative. Tous trois reconnaissent l’existence de défis liés à la croissance démographique, à la pression sur le logement ou aux infrastructures, mais estiment que l’initiative ne propose pas de réponses adéquates.
Le PEV souligne notamment les risques économiques d’une limitation drastique de l’immigration. Dans un contexte de vieillissement de la population, la Suisse dépend largement de la main-d’œuvre étrangère dans les soins, l’agriculture, le tourisme ou encore la construction. Selon le parti évangélique, une réduction importante de l’immigration pourrait accentuer les pénuries de personnel et fragiliser le financement de l’AVS.
Une Suisse humaine
ChristNet craint également une remise en cause des accords de Schengen et Dublin, avec des conséquences paradoxales sur l’asile et l’économie : « Il faut s’attendre dès lors à une forte augmentation des demandes d’asile, accompagnée d’un exode des citoyens de l’UE ». L’organisation met en avant une réflexion fondée sur l’éthique chrétienne et exprime ses inquiétudes face à d’éventuelles restrictions du regroupement familial ou à la diminution des perspectives offertes aux personnes admises à titre provisoire.
L’EPER adopte une critique encore plus directe. L’œuvre d’entraide protestante affirme qu’une Suisse humaine se construit dans le respect, la solidarité et la défense de la dignité de chaque personne, indépendamment de son origine ou de sa situation. Selon elle, l’initiative de l’UDC menace ces valeurs et attise la xénophobie en fragilisant la protection des personnes qui fuient les guerres et les persécutions. L’EPER appelle ainsi les citoyens à voter non afin de préserver une Suisse ouverte et solidaire.