Quelles nouvelles pouvez-vous nous donner des Églises évangéliques vaudoises engagées dans le processus de reconnaissance avec l’État?
La Fédération Évangélique Vaudoise (FEV) a déposé sa demande en 2019. Si au départ une cinquantaine d’Églises avaient signé la déclaration liminaire, vingt-six ont finalisé la constitution de leur dossier de candidature.
La complexité des dossiers à produire, la conviction de garder ses distances avec l’État, une division à l’interne quant au processus, l’absence d’une gouvernance adaptée, un certain attentisme pour «voir ce que ça va donner», voilà autant de raisons qui expliquent le retrait du processus de certaines Églises pourtant intéressées au départ.
En raison du règlement interne de l’Armée du Salut Suisse, sa section vaudoise a dû renoncer à demander sa reconnaissance. Elle conserve toutefois un statut « d’Eglise amie » au sein de la FEV. Quelle rôle peut-elle encore jouer ?
Si l’Armée du Salut vaudoise ne peut plus participer aux délibérations du comité, dont elle ne fait plus partie en tant que membre, elle peut interpeller la Fédération et alimenter sa réflexion, comme toute Église amie. D’autre part, elle continue à participer au soutien et financement de l’aumônerie évangélique du CHUV. En outre, elle bénéficie des avantages dont la FEV bénéficie, notamment la possibilité d’utiliser les temples réformés.
En mars 2026, la Fédération des Églises anglicanes et catholique-chrétienne (FACCV) a obtenu la reconnaissance d’intérêt public à l’unanimité du Grand Conseil. Qu’est-ce que cela augure pour les évangéliques?
Ce fut une bonne surprise, même les membres de la FACCV ne s’attendaient pas à l’unanimité. Cela montre l’ouverture des instances dirigeantes. Nous espérons évidemment une issue positive pour notre candidature, tout en comprenant que certaines interrogations peuvent émerger. En effet, il est facile d’associer la FEV à certaines mouvances évangéliques radicales d’obédiences étrangères, avec lesquelles nous ne nous identifions pas. Ce qui pourrait générer des réticences chez certains élus.
Vous faites l’hypothèse que la demande de reconnaissance des évangéliques sera probablement portée devant les députés en 2028….
Nos élus sont actuellement focalisés sur les élections de 2027, ce qui fait qu’une fois nos dossiers approuvés, ceux-ci seront en attente d’être présentés au Conseil d’État, puis à la commission ad hoc du Grand Conseil. L’issue est donc liée à la composition du futur Grand Conseil.
Comment qualifiez-vous les relations de la FEV avec les autres communautés réunies au sein de la Plateforme interreligieuse vaudoise?
La Plateforme interreligieuse est composée de représentants des trois religions monothéistes. C’est un lieu de partage, d’écoute et de dialogue, dans le respect et l’ouverture. Souhaitée par l’État, la Plateforme se réunit 4 à 5 fois par an. Nos relations sont cordiales, et nous y cherchons à promouvoir le «vivre ensemble» et la paix confessionnelle. La FEV a concrétisé cette volonté en adhérant en 2024 à l’Arzillier, maison du dialogue.
En décembre dernier, des députés vaudois et des observateurs chrétiens ont réagi à la lecture d’une sourate jugée problématique, dans le cadre d’une Célébration des 750 ans de la Cathédrale de Lausanne. Vous en avez reparlé au sein de la Plateforme interreligieuse. Que vous ont dit les représentants de l’Union vaudoise des associations musulmanes?
Des questions ont été soulevées et débattues au sein de la Plateforme à la suite de la célébration. La discussion a été positive et ouverte. Cela étant, elle va rester dans le cadre de cet organe sans devenir publique.
Un mot de conclusion, sur votre engagement de président de la FEV?
Je suis heureux de pouvoir contribuer à l’avancement de ce projet ! Je pense poursuivre mon mandat jusqu’à la présentation de notre candidature, probablement en 2028. Je crois que, tout en gardant notre indépendance et notre liberté de croyance et d’action, nos Églises évangéliques ont intérêt à accepter la main que nous tend l’État, et à contribuer positivement au bien de notre société.
Propos recueillis par Sandrine Roulet