Le vendredi 16 janvier, plus de 100 participants se sont réunis pour une conférence conjointe organisée par la HET PRO et le Réseau évangélique suisse autour d’un sujet sensible et actuel: le post-évangélisme.
Lors de la conférence, les différents intervenants ont présenté sept axes permettant de caractériser le post-évangélisme. Dans un premier article, nous avons abordé le rapport à l’autorité, à la vérité, au texte biblique et au péché. Dans ce deuxième article, nous parlerons de la place des femmes et des hommes, de l’homosexualité et des questions de genre, ainsi que du rapport des post-évangéliques au monde.
Lire « De l’évangélisme au post-évangélisme (partie 1) »
La place et le rôle des femmes et des hommes
Pour Lydia Lehmann, théologienne et co-pasteur dans une Église belge, il ne s’agit pas seulement de parler de la place des femmes comme si celle des hommes allait de soi, mais de réfléchir à celle de chaque sexe dans l’Église et la société. Pour certains évangéliques, ce sujet peut sembler secondaire, alors qu’il touche en réalité à des questions existentielles et profondes, qui concernent la moitié de la population. La manière dont les rôles et les relations entre hommes et femmes sont perçus a beaucoup évolué au cours du dernier siècle, et il existe aujourd’hui de multiples façons d’être homme ou femme.
Dans l’évangélisme traditionnel, on insiste sur des rôles différenciés pour hommes et femmes. L’homme est souvent perçu comme leader, protecteur. La femme, souvent perçue comme soutien, nourricière. Cette différenciation repose sur une lecture littérale de la Bible, par exemple sur le fait que l’homme est été créé en premier et la femme en deuxième. L’égalité entre homme et femme est affirmée en dignité, mais pas forcément en rôle. On parle souvent de complémentarité : hommes et femmes sont différents mais se complètent, chacun ayant une place spécifique.
Dans le post évangélisme, on met l’accent sur l’égalité réelle dans tous les domaines : hommes et femmes peuvent avoir les mêmes rôles et responsabilités dans l’Église et la société. Le texte biblique est interprété de manière plus contextuelle et nuancée, plutôt que littérale : ce n’est pas parce que la Bible dit qu’un homme est créé en premier que les femmes doivent être limitées dans leurs fonctions. On parle plutôt d’égalitarisme : égalité d’essence et de fonction. Les femmes sont pleinement actrices dans le Royaume de Dieu.
Pour les post-évangéliques, certains rôles ont été construits culturellement et peuvent évoluer. L’accent est mis sur la collaboration, le discernement et la co-construction des rôles, plutôt que sur des rôles assignés à l’avance.
L’homosexualité et les questions de genre
Le monde évangélique est en pleine mutation, et de nouvelles tensions apparaissent, notamment autour des questions de genre et d’homosexualité. À l’image de Jésus qui a su montrer un accueil ajusté aux réalités de son temps, Liliane Favarger, conférencière, podcasteuse et impliquée à Campus pour Christ, souligne que les chrétiens sont appelés à réfléchir à la manière d’accueillir ces personnes aujourd’hui.
Dans les années 1970, certains mouvements évangéliques ont cherché à « transformer » les personnes homosexuelles via des thérapies de conversion, guérisons ou exorcismes. Ces dernières années, ces pratiques ont été de moins en moins acceptées : l’homosexualité n’est plus vue comme une « maladie » à soigner.
Selon les post-évangéliques, la lecture des six passages bibliques traditionnellement interprétés comme contraires à l’homosexualité est contextualisée. Ils insistent sur la nécessité d’accueillir chaleureusement les personnes homosexuelles et de reconnaître leurs luttes.
Le rapport au monde
Enfin, Jean Decorvet, recteur et professeur à la HET-PRO et Jean François Mayer, historien des religions, ont abordé la relation au monde. Le post-évangélisme se caractérise par une volonté accrue de dialogue avec la culture contemporaine et par une entrée assumée dans les débats publics. Il ne rompt pas avec l’héritage évangélique, mais déplace certaines priorités en mettant davantage l’accent sur l’ouverture au monde.
Dès 1995, on observe que dans leur rapport à la culture et à la société, les post-évangéliques restent influencés par des implications doctrinales variables. Le courant n’est pas homogène : chacun se laisse interpeller par la société, ce qui peut parfois conduire à ajuster ou modifier ses convictions.
On peut analyser cette relation au monde selon trois axes :
- Orientation sociale : du retrait à l’adhésion active à la société.
- Attitude critique : de l’antagonisme à la coopération avec le monde extérieur.
- Stratégie d’action : de la passivité à la volonté de transformation.
En résumé, le post-évangélisme cherche à être présent dans le monde, à dialoguer et à agir, tout en restant connecté à l’héritage évangélique. Il se veut plus flexible face aux défis contemporains. Toutefois, l’un de ses enjeux majeurs demeure la manière d’appréhender le texte biblique et la notion de vérité, un point qui suscite débats et interrogations au sein du monde évangélique.
*D’autres articles sur le post-évangélisme suivront