Pari gagné pour le projet « Les écoles unies pour déminer l’Ukraine ». Grâce à la mobilisation des élèves d’une trentaine d’établissements du Grand Chasseral, de Bienne, jusqu’à Berne, associés à la Fondation Digger, 650’000 francs ont pu être réunis. Un montant qui permettra de fabriquer une machine de déminage DIGGER D-250 et de l’expédier en Ukraine en début d’année prochaine.
Ce projet est né dans le Jura bernois, face à l’arrivée massive d’élèves réfugiés. « L’idée, c’était de montrer à ces jeunes Ukrainiens que nous ne faisons pas que les accueillir : nous nous intéressons à leur pays et nous agissons pour lui », explique Frédéric Guerne, membre de l’Église réformée de Courtelary, fondateur de la Fondation Digger, à Tavannes, et engagé également au sein de la Fondation Gobat pour la paix.
Une mobilisation créative dans toute la région
Ventes de pâtisseries, chansons, films, expositions, portes à portes, les élèves avaient le champ libre pour récolter de l’argent et diriger la population vers la plateforme de financement participatif : « Nous ne voulions pas simplement demander de l’argent aux élèves. Nous leur avons dit : faites preuve d’imagination. Même si ça ne rapporte pas beaucoup, parlez-en autour de vous », relate le directeur chrétien.
Frédéric Guerne, qui a démarré son entreprise à 27 ans, « avec une bande de copains dans la remise d’une ferme » se dit profondément touché. « Voir ces jeunes s’engager, ça me rappelle nos débuts. Une goutte d’eau dans la mer, mais une goutte qui a du sens. »
Cet élan collectif a permis de mobiliser largement la région et de donner une visibilité inédite au projet. Mais malgré l’engagement des élèves et la créativité déployée sur le terrain, l’objectif financier restait encore loin d’être atteint.
Deux semaines avant la fin du délai fixé au 6 décembre dernier, Frédéric Guerne cherchait un plan B. « Nous avions seulement 60’000 francs. Nous réfléchissions à transformer le projet, peut-être en finançant un équipement additionnel pour une machine déjà en opération. En dessous de 650’000 francs, nous ne pouvions pas lancer une machine complète », confie-t-il.
Un projet sauvé in extremis
Puis un donateur privé, touché par cette action, a ajouté 500’000 francs in extremis. Avec les 60’000 francs récoltés par les élèves et 100’000 francs apportés par la fondation, le seuil des 660’000 francs a été franchi. « Cela correspond au montant nécessaire pour fournir cette machine », explique l’ingénieur chrétien.
La machine DIGGER D-250 n’est pas encore construite ; elle sera envoyée au début de l’année prochaine, au nom de la jeunesse de la région. Cette machine blindée et télécommandée conçue à Tavannes sera capable de neutraliser mines antipersonnel et antichar tout en protégeant ses opérateurs. Elle pourra traiter entre 300 et 1’800 m² par heure, ce qui va quasiment totalement sécuriser et multiplier la vitesse du contrôle final manuel qui sera fait ensuite.
Un tiers du pays contaminé
L’Ukraine est aujourd’hui le pays le plus miné au monde. Environ 174’000 km² de terres et 14’000 km² de plans d’eau sont potentiellement contaminés, soit près d’un tiers du territoire.
La Banque mondiale estime le coût du déminage humanitaire à 37 milliards de dollars. Plus de 3’500 démineurs sont à l’œuvre, mais il en faudrait près de 10’000. « Les besoins n’ont jamais été aussi grands, alors que les financements institutionnels sont à la baisse », observe Frédéric Guerne.
Pour en savoir plus sur le projet: « Les écoles unies pour déminer l’Ukraine »