« Maman, qui est ressuscité le jour de Pâques ? » demande un garçon de douze ans à sa maman. Étonnement, elle qui n’a jamais lu une seule page de la Bible, ni côtoyé une quelconque communauté, ni n’a même imaginé croire en l’existence d’un Être supérieur, finit par lui donner la réponse qui lui semble la plus logique, et la plus curieuse : « C’est l’Église qui est ressuscitée ! »
Elle n’en savait pas grand-chose, c’est vrai ! Car c’est bien Jésus, le Fils de Dieu, qui est revenu à la vie après sa mort sur la croix. Tout le monde devrait le savoir. En revanche, la méconnaissance de cette maman « déverrouille » une perspective et une réflexion extra-ordinaire à propos de la Résurrection.
Utilisé dans les récits du dimanche de Pâques des Évangiles, le mot grec « egeiro » est habituellement traduit par « résurrection ». Néanmoins, sa signification étymologique est beaucoup plus ample et peut nous aider à rentrer dans la perspective extra-ordinaire annoncée. Ce terme grec peut être traduit par les expressions « se relever », « se remettre debout », « se réveiller » et, bien sûr, « ressusciter ». Selon le contexte des récits, notre compréhension peut s’ouvrir à des enseignements plus riches et plus profonds.
Par exemple, en Matthieu 2.14, « Joseph se leva (egeiro) pendant la nuit, prit le petit et Marie, et ils s’en allèrent en Égypte ». Joseph se lève ; on pourrait aussi dire qu’il se réveille, car c’était la nuit, mais aussi qu’il ressuscite en préservant la vie de sa famille. Joseph n’est pas mort, mais sa famille est en danger ; le petit Jésus risque de subir le même sort que la plupart des enfants nés à cette période à Bethléhem. La décision de Joseph est une véritable résurrection dans tous les sens.
Une partie de son corps ressuscite
À Capernaüm, Jésus s’adresse au paralysé, dont une partie du corps était comme morte, en lui disant : « Lève-toi et marche » (Mt 9.5). Le mot utilisé est le même, et ses conséquences sont évidentes. L’ex-paralysé se relève, une partie de son corps ressuscite et il se réveille même spirituellement, puisque Jésus lui dit : « Tes péchés te sont pardonnés ».
À un autre moment, Jésus est dans une synagogue où se trouve un homme avec une main paralysée. Les responsables de la communauté ne sont pas intéressés au miracle que Jésus va accomplir. Ils cherchent de quoi l’accuser. « Jésus dit à l’homme qui avait la main paralysée : ‘Lève-toi, là au milieu’ » (Mc 3.3). Par ces paroles, Jésus fait lever cet homme pour le placer au centre de l’intérêt de tous. L’ordre de se lever (egeiro) va produire la guérison de la main, ainsi que la repentance des personnes présentes… sauf celle des dirigeants qui n’acceptent pas d’être ressuscités et conspirent pour faire mourir Jésus (v. 6).
Avec cette compréhension élargie de ce mot grec, l’évènement de la résurrection de Jésus ne peut pas être confiné au seul cadre de son retour à la vie. En effet, la lecture des récits de ces trois jours dans les Évangiles nous amène à observer la profonde détresse dans laquelle les premiers chrétiens sont plongés. Ils ont perdu confiance dans les paroles de Jésus et en leurs frères et sœurs. Ils n’arrivent plus à reconnaître l’accomplissement des promesses, ni à se souvenir des enseignements de Jésus.
L’arrestation de Jésus, le procès manipulé et arbitraire, sa condamnation, et sa mort sur la croix ont déboussolés ses disciples, les ont plongés dans la peur et dans le chagrin. Ils sont désormais noyés dans le doute le plus profond. Ils ont perdu toute confiance. Terrassés, égarés comme des brebis sans berger, ils ont de la peine à imaginer un avenir sans Jésus. Leurs relations se brisent, l’amitié est compromise. Ils se méfient les uns des autres. Bien qu’ils ont été témoins de la délivrance et du changement de vie de Marie de Magdala, ils n’arrivent plus à lui faire confiance lorsqu’elle annonce la résurrection de Jésus en affirmant l’avoir vu vivant !
Une Église aux soins palliatifs
Et pourtant, Jésus les avait préparés à tout cela ! Ce groupe de personnes, de la taille d’un groupe de maison, d’une petite Église, vit maintenant dans l’incrédulité, la peur et le désespoir ; sans aucune perspective. Bref, il s’agit d’une Église aux soins palliatifs. C’est pourquoi les disciples restent incrédules face au témoignage de Marie de Magdala : « Quand ils entendirent qu’il était vivant et qu’elle l’avait vu, ils ne la crurent pas ». Même réaction face aux deux autres disciples qui témoignent de Jésus ressuscité. « Après cela, il apparut sous une autre forme à deux d’entre eux qui se rendaient à la campagne. Eux aussi revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus » (Mc 16.11-13).
Cette petite communauté fragilisée a besoin de vivre l’expérience de la résurrection. Jésus s’est relevé, mais sa victoire est enterrée sous la pression du doute et de la crainte. Jésus est revenu à la vie, tandis que l’espérance pour ses disciples est morte. Jésus est vivant… et il faut que l’Église ressuscite !
Cette opération va la conduire directement au Ressuscité, car la situation est compliquée. Sur le chemin d’Emmaüs, Jésus commence par rappeler aux deux disciples découragés qu’il faut revenir à la Parole pour en apprécier sa valeur et ses enseignements : « ‘Hommes sans intelligence, dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffre ces choses et qu’il entre dans sa gloire ?’ Puis, en commençant par les écrits de Moïse et continuant par ceux de tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24.25-27).
Après une étude détaillée et approfondie, c’est autour du repas et en prière qu’il se laisse reconnaître. La prière sincère, accompagnée par l’étude de la Parole, nous met en connexion direct avec son Auteur. La résurrection de l’Église passe par l’étude de la Bible et par la prière. En visitant les craintifs qui se cachent dans la chambre haute, aux portes bien verrouillées, Jésus apporte la paix, sa paix. La peur qui avait dominé les disciples et avait fragilisé leur communion fraternelle s’évapore finalement. Jésus leur dit : « ‘Que la paix soit avec vous ! Tout comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie’. Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : ‘Recevez le Saint-Esprit !’ » (Jn 20.21-22)
Lorsque la Parole est au centre
L’Église se relève lorsque la Parole est au centre de ses célébrations. La prière est le dialogue privilégié pour entretenir la relation personnelle avec Dieu, et la communion fraternelle est arrosée de la paix du Seigneur.
C’est ainsi qu’une nouvelle résurrection est accomplie : les disciples du Christ passent de la méfiance à la communion, de la peur à la paix. Désormais, ils ne vont plus se cacher dans la chambre haute. L’Église sort, se met en mouvement pour aller rejoindre quiconque a besoin d’être réanimé par le message d’espérance et de salut en Jésus. Les chrétiens auront le courage et la hardiesse d’entreprendre des voyages impossibles, poussés par la présence et la force de l’Esprit Saint. Leur témoignage, qui est arrivé jusqu’à nous, nous encourage à vivre notre résurrection spirituelle à la suite de celle du Christ… Et Jésus souffla sur son Église !