Neuchâtel: Pour se retrouver et échanger avec d’autres personnes endeuillées

Groupe de parole autour du deuil

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Perdre un être cher est l'épreuve la plus éprouvante d'une vie. Pouvoir échanger avec des personnes traversant le même bouleversement apporte un réel réconfort. Dès le 9 mai, à Neuchâtel, un groupe de parole autour du deuil est proposé sur trois samedis soir, par des chrétiens de la FREE concernés par le deuil.

« Certaines personnes endeuillées portent depuis vingt ans un fardeau qu’elles n’ont pas pu déposer », constate Esther Grangier, initiatrice du groupe de paroles autour du deuil, qui débutera le 9 mai à Neuchâtel et se poursuivra deux samedis en juin. Cette ancienne présidente de chorale à l’Église La Rochette (NE) a été confrontée au brutal décès de son mari en octobre dernier.

Lorsqu’elle apprend que Serge Carrel, pasteur à l’Église de La Pélisserie (GE) et formateur au sein du FREE College, a perdu son épouse à la même période, elle lui écrit un mot de condoléances. Après une rencontre et des échanges, ils se rendent compte combien il est bienfaisant de partager avec une personne dans le même processus de deuil. « Seules les personnes qui l’ont vécu de l’intérieur peuvent comprendre à quel point tout est remis en question », étaye Esther Grangier.

Liberté et confidentialité

Pasteure à l’Eglise (FREE) La Fraternelle et psychothérapeute, Myriam Matthey co-animera ces soirées en apportant son soutien et son expertise. Lors de la première rencontre, les participantes et participants pourront partager en toute liberté et confidentialité leur vécu de deuil. Le 13 juin, le sujet abordé sera « Apprivoiser la perte et la solitude » et le 27 juin, il sera question « d’un autre rapport au monde, à autrui et de réinventer sa vie ».

« Nous avons prévu à chaque fois un thème de départ, mais la discussion peut évoluer où l’on veut. Nous serons dans ‘l’ici et maintenant' », précise Esther Grangier. Dans la mesure du possible, les organisateurs conseillent de participer aux trois rencontres, même si chaque soirée est indépendante. Le groupe de parole est ouvert à toute personne en situation de deuil, qu’elle soit croyante ou non. Plusieurs personnes sont déjà inscrites (voir flyer en PDF).

Mettre de la lumière dans la nuit

Lancer un groupe de parole, Esther Grangier y pensait depuis un moment. « C’est ma façon de réagir aux épreuves de la vie. Par le passé, j’avais aussi monté un groupe de parole à la suite d’un diagnostic de sclérose en plaques », partage cette chrétienne de 62 ans. Il y a six mois, son mari et le père de ses quatre enfants adultes, atteint d’une maladie entraînant des souffrances constantes, s’est ôté la vie. Ce suicide a été dévastateur. Esther Grangier a pu expérimenter la valeur de « sa famille en Christ » – sa communauté chrétienne – et le soutien de sa famille, de ses proches et amis.

Toutefois, elle a eu besoin de chercher des espaces de dialogue avec d’autres personnes endeuillées. Elle souligne: « On peut se retrouver dans une solitude extrême, car le suicide fait peur aux gens, ils se sentent mal à l’aise avec vous. C’est la double peine! Dans un groupe de parole, on parle le même langage, on ose dire ce que l’on ressent entre endeuillés, sans peur du jugement. C’est comme mettre de la lumière dans la nuit », illustre-t-elle.

Consolation et espérance

Ce qui a aussi aidé Esther Grangier à ne pas sombrer, c’est d’avoir planifié un séjour à la Maison de prière de St-Loup, où elle a été entourée par des accompagnants formés en relation d’aide chrétienne. Elle a pris le temps de lire, de se retrouver avec elle-même, avec Dieu, et avancer pour intégrer un peu plus, dans sa vie, cette nouvelle dimension de la perte. Plusieurs mois après, la soixantenaire continue à apprivoiser la solitude et le vide, un jour après l’autre, une heure après l’autre. Les moments de larmes alternent avec des moments plus calmes.

Quelle différence fait sa foi chrétienne? « La consolation et l’espérance », répond-elle, « autant pour celui qui reste qu’envers celui qui est parti ». Esther Grangier affirme avoir expérimenté la puissance de la prière: « Après le drame, je me suis sentie portée par les prières. J’étais debout à faire des choses, alors qu’intérieurement, je me sentais en boule dans mon canapé ».

Pour prolonger les échanges

A la Salle Safran, un local dont dispose l’Église de La Rochette au 12, rue de la Gare, les rencontres débuteront par un accueil-café et se termineront librement autour d’un verre, histoire que les participantes et participants puissent prolonger les échanges: « Nous avons l’espoir que des affinités se créent entre eux », confie Esther Grangier, en partageant cette observation tirée de son expérience: « Dans un groupe de parole à La Sarraz, j’ai vu deux femmes dont les mères se sont suicidées échanger leurs coordonnées pour garder contact ».

Les organisateurs ne savent pas encore quel écho rencontrera ce groupe de parole autour du deuil, mais ils espèrent qu’à terme, ces rendez-vous d’écoute et de partage se prolongent et s’inscrivent dans la durée.