[1] La rencontre avec Dieu étanche ma soif
« Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même celui qui n’a pas d’argent ! Venez, achetez et mangez ! Venez, achetez du vin et du lait sans argent, sans rien payer ! Pourquoi dépensez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas ? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi vraiment et vous mangerez ce qui est bon, vous savourerez des plats succulents. Tendez l’oreille et venez à moi, écoutez donc et vous vivrez ! Je conclurai avec vous une alliance éternelle pour vous assurer les grâces promises à David » (Ésaïe 55.1-3).
À tous les assoiffés du monde, assoiffés de justice, d’amour, de paix, de miséricorde, d’harmonie, de consolation, de pardon et de guérison, Dieu dit : « Venez ! » L’être humain possède un « vide qui a la forme de Dieu »(1) qu’il cherche à combler comme il peut : distractions, travail, réseaux (pas toujours) sociaux, loisirs, biens matériels… Or ces réponses ne sont que des mirages. Jésus a repris à son compte l’invitation de Dieu : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7.37).
Dans le brouhaha des discours de notre société il nous faut tendre l’oreille pour entendre les paroles de Dieu, afin de pouvoir y répondre. Les religions présentent un dieu qui édicte des règles morales ou exige des rites pour lui plaire. Seul le Dieu de la Bible nous dit : « Venez à moi », afin de construire une relation personnelle.
Par cette invitation, nous découvrons que nous sommes aimés de Dieu, invités à vivre un compagnonnage avec lui, dans une alliance d’amour et de liberté. La première saison est l’émerveillement d’une rencontre qui étanche notre soif.
[2] Visiter nos zones d’ombre
« Que le méchant abandonne sa voie, et l’homme injuste ses pensées ! Qu’il retourne à l’Éternel : il aura compassion de lui. Qu’il retourne à notre Dieu, car il pardonne abondamment » (Ésaïe 55.7).
Surprise. Après l’émerveillement de la rencontre avec Dieu, nous découvrons qu’il reste des zones d’ombre en nous : des histoires de familles pénibles, des moments douloureux, des passions et des traits de caractère peu agréables – faiblesses, peurs, jalousies, rejets douloureux, déceptions, trahisons. Notre vie avec Dieu est contaminée par ces ombres. Et cela nous attriste.
Nous pourrions en être découragés si nous oublions la seconde partie du verset : « Que le méchant… retourne à notre Dieu, car il pardonne abondamment ». Le pardon de Dieu est abondant et nous permet d’apprivoiser nos ombres. Il serait vain de chercher à être vertueux par nos forces. Par contre, nous pouvons apprivoiser nos ombres et leur ôter leur aspect destructeur : « Si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de tout mal » (1Jn 1.9).
Apprivoiser nos ombres nous permet de les laisser aller. Elles sont liées à notre ego qui ne contribue pas vraiment à notre épanouissement. Nous pouvons renoncer à nos ombres et au bénéfice qu’elles semblent nous donner, afin de laisser Dieu nous transformer à son image. C’est ce que la Bible appelle : accepter de perdre sa vie.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul. Mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12.24). La mort de l’ego donne une nouvelle vision du monde, celle de l’amour divin qui restaure ce qui a été fracturé et blessé en nous, afin de nous envelopper dans la bienveillance divine.
[3] Mes pensées ne sont pas vos pensées
« Vos pensées ne sont pas mes pensées et mes voies ne sont pas vos voies, déclare l’Éternel. Le ciel est bien plus haut que la terre. De même, mes voies sont bien au-dessus de vos voies, et mes pensées bien au-dessus de vos pensées. » (Ésaïe 55.8-9).
Ces versets sont curieux… ils paraissent décalés. Après l’enthousiasme de la découverte et la reconnaissance de nos ombres, que viennent-ils faire ? Ils nous apprennent une vérité fondamentale : Dieu est… Dieu ! Or, nous sommes toujours tentés de mal le comprendre, de projeter sur lui nos désirs de toute puissance, de le manipuler, de nous en faire de fausses représentations. Dieu est toujours plus grand que tout ce que nous pouvons dire et penser de lui, de ce que nous avons compris de lui. Nous ne connaissons qu’en partie, d’une façon limitée (1Co 13.9). Tout ce que nous affirmons au sujet de Dieu, aussi exact que cela puisse être, est encore bien loin de la réalité de sa personne. Nos mots ne peuvent dire, ni contenir, la plénitude de ce Dieu transcendant.
Pourtant il nous faut parler. C’est par notre bouche que nous célébrons Dieu. La foi chrétienne est une connaissance utile et nécessaire. Pourtant cette somme de connaissance ne permet jamais de posséder Dieu, de dire la réalité ultime à son sujet. Elle n’est qu’un poteau indicateur qui montre le chemin pour aller vers Dieu. Car celui-ci n’est pas tant l’objet de notre connaissance que la cause de notre étonnement, de notre admiration, notre louange et notre confiance.
Cette connaissance partielle a des conséquences pratiques :
► Nos épreuves – maladie, divorce, veuvage, prières non exaucée… – ne nous autorisent pas à rendre Dieu responsable de nos déceptions et de nos blessures. « Pourquoi Dieu n’est-il pas intervenu ? Pourquoi a-t-il permis cet événement ? » Lorsque nous rendons Dieu responsable de nos malheurs, nous oublions que nous ne sommes pas Dieu, nous faussons notre relation avec lui.
Le récit de la tempête, vécue par l’apôtre Paul en Méditerranée, est riche d’enseignements à ce sujet (Actes 27). Paul avait eu la bonne intuition. Pourquoi est-ce que Dieu n’a pas fait comprendre cette intuition au commandant du navire ? Lorsque la tempête a éclaté, Dieu aurait pu l’arrêter en un instant ! Pourquoi les passagers ont-ils dû la subir pendant quatorze longues journées ?
► Il existe de nombreuses manières de chercher Dieu et de parler de lui : catholique, protestante, orthodoxe, adventiste, baptiste, pentecôtiste… De mon berceau évangélique qui m’a vu naître à la foi, je ne comprenais pas la pertinence des autres formes d’expression de la foi. Or, j’ai dû apprendre à accueillir cette diversité. J’ai appris que Dieu est plus grand que ma manière de le comprendre et d’en témoigner.
Cette troisième saison enracine notre foi dans une communion intime avec Dieu. Celui-ci n’est plus servi, aimé et adoré pour ce qu’il nous donne, mais pour qui il est.
[4] Vivre la fécondité de Dieu
« Oui, vous sortirez dans la joie et vous serez conduits dans la paix » (Ésaïe 55.12).
La découverte de la vraie nature de Dieu nous fait prendre conscience de notre fragilité. Libérés de nos illusions de perfection, nous vivons le pardon que Dieu nous accorde dans sa miséricorde, sans être écrasés par notre pauvreté spirituelle, ni crispés sur nos fautes.
Dieu travaille avec nos faiblesses. Nous découvrons que Dieu nous aime avec tendresse et nous transforme grâce à son amour. Aussi, nous n’avons pas besoin de prouver quoi que ce soit à nous-mêmes et aux autres : nous abandonnons certains combats, sans pour autant être des lâches. Notre confiance en Dieu est fondée dans sa souveraineté absolue. Nous ne sommes plus le produit de nos réussites ou de nos échecs. Nous devenons moins sensibles aux pressions et aux attentes. Cette saison est marquée par la paix de Dieu.
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne se laisse pas effrayer » (Jn 14.27). La paix est donnée par Dieu. Elle ne consiste pas à imposer notre point de vue. Elle n’est pas liée aux circonstances. Car nous réalisons que notre identité, notre source et nos racines sont en Dieu.
Cette saison est celle de la fécondité et de la sérénité. Elle durera éternellement. Notons que ces saisons ne sont pas nécessairement chronologiques. Nous pouvons nous trouver simultanément dans l’une et l’autre.
(1) D’après Blaise Pascal.