Six heures quarante par jour, soit cent jours par an, c’est le temps moyen passé devant les écrans dans le monde, chez les 15-64 ans. Réseaux sociaux, vidéos, jeux, contenus addictifs… Le numérique s’est imposé dans nos vies avec une telle force que notre rapport au monde, aux autres et à Dieu s’en trouve bouleversé. Face à cette réalité, Gérard Hoareau, impliqué dans plusieurs associations de relation d’aide chrétienne en Europe, a réuni un groupe de chrétiens passionnés pour réfléchir à ces enjeux et proposer des réponses concrètes.
Gérard Hoareau entend de plus en plus souvent des appels à l’aide de parents désemparés : « Que devons-nous faire avec notre enfant de 12 ans qui passe 9 heures par jour rivé sur son téléphone ? » « Ce genre de situation est source de beaucoup de souffrances psychiques, émotionnelles et familiales. De nombreux adultes, également, perdent pied dans leur dépendance aux écrans », constate le père de six enfants et grand-père de dix petits-enfants.
Trois dangers majeurs
Le groupe de travail, mis en place en 2022, a identifié trois menaces principales liées à l’hyperconnexion, corroborées par de nombreuses études. La première est celle des contenus toxiques : pornographie, discours promouvant le suicide, pratiques occultes, prédation sexuelle en ligne.
La deuxième est la captation de l’attention. Chaque clic, like, achat ou commentaire est analysé par les géants du numérique pour générer des revenus considérables via le microciblage publicitaire. Grâce à ces données, ces plateformes peuvent prédire nos envies d’achats, nos destinations ou nos comportements futurs.
La troisième est notre rapport à la vérité qui se dégrade. Internet donne le même poids à chaque opinion, qu’elle soit éclairée ou totalement infondée. Chacun y va de sa version des faits, alimentant une surenchère d’informations. Résultat : les « fake news » (fausses informations) prospèrent. Le vrai et le faux se mélangent, brouillant notre capacité à discerner le réel.
Une crise spirituelle et civilisationnelle
« Bien que le numérique soit une source de progrès, de confort et d’efficacité inégalée pour l’humanité, son utilisation exige un discernement spirituel actif, une discipline que les chrétiens, plus que jamais, doivent cultiver », insiste Gérard Hoareau.
Trois niveaux de discernement sont proposés : choisir entre un bien et un mal, choisir entre un bien et un bien, choisir entre un bien et un mieux. C’est-à-dire : rejeter les contenus clairement nuisibles, choisir entre ce qui est bon et ce qui est utile, et préférer ce qui est mieux, c’est-à-dire la vie réelle avec de vraies personnes, aux ersatz numériques.
Une feuille de route pour l’Église
Concrètement, le groupe de travail a rédigé un guide de 290 pages, « Les écrans, p@rlons-en – Feuille de route vers la sobriété numérique », paru en 2025 (Editions Excelsis). Ce plan d’action veut aider les Églises et les familles à poser les bases d’une pédagogie durable : comprendre les mécanismes du numérique, former des référents, accompagner les jeunes et les adultes. Leur espoir ? Voir naître un véritable ministère à l’éducation numérique dans les communautés chrétiennes.