Prier, c’est comme parler à un ami invisible qui nous écoute vraiment. Cela implique des moments où l’on s’exprime… et d’autres où l’on écoute. Si cette idée de converser avec quelqu’un qu’on ne voit pas peut sembler abstraite, Fabienne Brocard, impliquée à Familles de foi (un pôle des Fabricants de joie) depuis une dizaine d’années, encourage les parents à initier leurs enfants dès le plus jeune âge : « Plus j’avance en âge, plus je prends conscience des défis que les enfants affrontent à l’école. Dans une société déchristianisée, il est essentiel qu’ils apprennent à se tourner vers Dieu par eux-mêmes, et pas seulement à travers leurs parents. »
Elle insiste : certaines situations se présenteront en leur absence, et l’enfant pourra alors se confier à Jésus : « Seigneur, il vient de se passer ça, qu’en penses-tu ? »
Écouter Dieu au quotidien
Pour Fabienne, la première étape est d’aider l’enfant à comprendre que prier, ce n’est pas seulement parler, c’est aussi écouter. Elle explique : « Si tu crois que Jésus est Seigneur et Sauveur, le Saint-Esprit habite en toi. Tu peux donc l’entendre. »
Elle entraîne les enfants à cette écoute en intégrant la prière aux moments ordinaires : à table, sur le chemin de l’école, en jouant. Parfois, elle interrompt la discussion : « Tiens, que pense Jésus de cette situation ? » Puis chacun reste silencieux quelques minutes avant de partager ce qu’il a reçu. Les enfants expriment souvent leurs impressions sous forme d’images, un langage simple et naturel pour eux. Cette ouverture à l’écoute prépare le terrain pour d’autres formes de prière.
Remplir son cœur de gratitude
Une fois l’enfant familiarisé avec l’écoute, Fabienne aime l’amener vers la prière de reconnaissance. Elle invite les enfants à observer la nature, par exemple : « Pour quoi veux-tu dire merci aujourd’hui ? »
Pour que ce moment soit vivant, elle y ajoute volontiers des gestes, des chants ou des mouvements. La louange devient ainsi joyeuse et dynamique.
Oser la prière créative
De la gratitude, Fabienne glisse souvent vers une autre approche : la prière créative.
Peinture, dessin, pâte à modeler… tous les supports artistiques peuvent aider l’enfant à exprimer ce qu’il vit avec Dieu. Elle leur propose par exemple : « Imagine un endroit où tu aimerais être avec Jésus », puis les laisse créer librement. Cette spontanéité ouvre la voie à des échanges.
Lors d’un camp familial au Québec, certains parents lui ont confié que leurs enfants n’avaient plus envie de prier. L’introduction de mouvements corporels a ravivé leur intérêt, prouvant que la prière peut être vivante et variée.
Présenter ses besoins à Dieu
Fabienne aime aussi enseigner la prière de requête, où l’on confie à Dieu ses besoins et désirs. Elle se souvient d’un moment vécu en famille : ils espéraient partir en vacances mais manquaient d’argent. Ensemble, ils ont présenté leur demande à Dieu… et peu après, la famille a reçu un don financier. « Les enfants ont été touchés de voir Dieu répondre, même à un besoin non vital ». Cette expérience leur a montré que Dieu se soucie aussi des petites choses qui comptent pour eux.
Prier pour les autres
Après avoir appris à parler à Dieu pour soi-même, l’enfant peut découvrir la beauté de l’intercession. Pour rendre ce temps concret, Fabienne Brocard a souvent utilisé des outils ludiques : aimants sur le frigo, roue à flèches tournantes… Autant de moyens visuels qui stimulent l’envie de prier pour les autres. Elle veille toutefois à éviter que ces supports ou que ces moments deviennent une contrainte : la prière doit rester légère et joyeuse.
La posture des parents
Dans toutes ces approches, le rôle du parent est central. Fabienne encourage à accueillir simplement ce que l’enfant partage, même si cela semble surprenant. Plutôt que de juger, l’adulte peut demander intérieurement à Dieu : « Pourquoi mon enfant me dit-il cela ? »
Surtout, les enfants apprennent par imitation : les voir prier, entendre leurs parents parler de leur propre relation à Dieu, même en quelques phrases dans la journée, est un puissant témoignage.
Et si l’enfant refuse de prier ?
Surtout ne pas forcer, rappelle Fabienne. Mieux vaut maintenir le lien, continuer de prier pour lui et chercher à comprendre la cause. Peut-être teste-t-il la foi de ses parents ou a-t-il été déçu par une prière sans réponse visible. Dans ce cas, reconnaître qu’on n’a pas toutes les réponses, rappeler que Dieu est un bon Père, et accueillir les émotions comme le faisait David dans les Psaumes permet de préserver la relation.
Si l’enfant n’aime pas prier en groupe, lui proposer un moment seul à seul avec Dieu peut être une alternative plus adaptée.
Des outils pour cheminer
Parmi les ressources favorites de Fabienne : « Can You Hear Me ? » de Brad Jersak (seulement en anglais et allemand) pour que les enfants comprennent que Jésus est toujours avec eux, ainsi que les supports proposés par bibleenfamille.com et La Ligue pour la lecture de la Bible.